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Vendredi 10/04/2026
Des arbres pour adapter l'élevage de volaille plein air au changement climatique
Pour assurer l’accès au parcours extérieur des volailles durant l’été, l’implantation d'arbres et d’ombrage selon un schéma sécurisant pour les animaux devient une nécessité. Sans ces infrastructures, les poules et poulets restent dans le bâtiment, au risque de souffrir de la chaleur.
Début mars, le syndicat national des labels avicoles (Synalaf) de France se félicitait de la nouvelle réglementation européenne réservant les allégations sur le plein air aux seules volailles ayant accès à un élevage extérieur. Un premier pas vers la sauvegarde de ces filières vertueuses dont la France est championne d’Europe. « La France compte 20% de volailles élevées en plein air, contre seulement 5% tout au plus dans les autres pays européens », chiffre ainsi l’interprofession volaille (Anvol) sur son site. Elle y explique également la raison de ce succès par le climat tempéré de l’Hexagone. « En France, les volailles n’hésitent pas à profiter de ces espaces au grand air, ce qui n’est pas toujours le cas dans d’autres pays ».
Problème, sur ce point, les prochaines années pourraient être bien différentes, avec des températures très élevées l'été. Dans ce contexte, le changement climatique aurait un impact sur le bien-être et la production de volailles en plein air. Pour anticiper ces évolutions, la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire a organisé le 31 mars une journée dédiée à la conception de parcours extérieurs adaptés.
Des arbres partout
Lors de cette journée, Jean-Charles Vicet, expert agroforestier des parcours volailles de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, a rappelé l'importance des haies et alignements d'arbres sur les parcours pour inciter les animaux à sortir. « Il faut que les animaux puissent sortir pour autoréguler leur température. À 18h, lors des pics de chaleur dans les bâtiments, si le parcours est arboré, 70% des animaux sont à l’extérieur. Si le parcours n’est pas adapté, c'est l'inverse », assure-t-il.
À Marsac-sur-Don (Loire-Atlantique), Stéphane Lavigne est producteur d'œufs bio depuis 25 ans. Son parc extérieur a été optimisé pour que les poules exploitent l’ensemble du terrain et ne restent pas stationnées sur les 2m devant les portes. « L’important, c’est d’avoir des alignements d’arbres et d'arbustes qui soient perpendiculaires aux bâtiments. Si les alignements sont parallèles au bâtiment, ça casse la dynamique du parcours », explique-t-il.
Côté implantation, il a espacé chaque alignement de 25m à 30m et au sein de ces alignements, les arbres sont plantés tous les 5 m pour leur laisser la place de se développer. Ces distances, qui recoupent celles proposées par Jean-Charles Vicet permettent aux poules de se déplacer tout en restant à proximité d’un abri si une menace aérienne survient. « Elles peuvent avoir peur aussi bien des buses que des petits avions », constate l’éleveur. Pour le choix des essences, tous les goûts sont dans la nature. « J’ai réalisé un mélange de hauts jets et moyens jets pour diversifier les abris. Certains sont des fruitiers. Si je ne récolte pas, ce sont les poules qui en profitent », témoigne l’éleveur ligérien. Le conseiller de la Chambre d’agriculture évoque lui des complémentarités possibles avec des productions de pommes ou d’autres fruits. « J’ai vu un éleveur implanter du maïs pour créer une continuité d'abri pour les poules. Chaque projet doit correspondre aux besoins de l’éleveur et à la situation du terrain », assure-t-il.
Vents dominants et pentes
Au-delà de l’ombrage des poules, la végétation, sous forme d’alignement d’arbres ou de haies, peut également permettre d’abriter le parcours des vents dominants ou de casser le ruissellement si le terrain est en pente. « Il est par ailleurs possible d’installer une tranchée filtrante pour éviter que l’eau n’arrive autour du bâtiment et que les poules soient dans la boue », ajoute Jean-Charles Vicet. Plus récemment, d’autres types d’installations, tels que des ombrières simples ou photovoltaïques, ont commencé à apparaître dans les parcours pour créer de l’ombre.
La question des clôtures est également primordiale. La première fonction est d’empêcher les prédateurs d’entrer dans les parcours. « Il faut des clôtures avec un courant électrique important, de 7 à 10 rangs de fils, avec le premier à 7 cm du sol », décrit le conseiller. L’implantation des arbres à proximité doit être évitée au maximum pour ne pas servir d’accès aux prédateurs via leurs branches et assurer un entretien optimal de la clôture. « Je n’ai pas mis d’arbre à moins de 10m de la clôture », rapporte Stéphane Lavigne.
Un enjeu sanitaire En parallèle du changement climatique, l’élevage plein air de volaille doit faire face aux nouveaux risques sanitaires. En cas de grippe aviaire, certains départements peuvent être interdits de sortir les volailles en extérieur sur des durées plus ou moins longues. « C’est une catastrophe dans mon élevage. Mes poules attendent devant les portes pour sortir et certaines se retrouvent étouffées. Pourtant s’il n’y a pas d’alimentation ou d’abreuvoir à l’extérieur, il n’y a pas de raison que la faune sauvage s'y pose », regrette-t-il. Toujours sur le volet sanitaire, il insiste sur l'importance du piégeage. « Les rats et les souris peuvent être porteurs de bactéries, comme la salmonelle. Je fais passer un professionnel tous les mois », souligne-t-il. Il regrette que les réglementations actuelles aient limité l’efficacité des produits raticides. « L’État nous demande une qualité sanitaire, sans nous donner les moyens de l’obtenir ». |

