Téléchargez la nouvelle application Pleinchamp !
Mardi 08/09/2026

« Nos mirabelles de Lorraine ont résisté à la sécheresse… mais pas au froid printanier »

Publié par Pleinchamp

[Reportage] À Lagney (Meurthe-et-Moselle), chez Christine et Eric Floquet, l’épisode de froid printanier a davantage impacté la récolte que la sécheresse, qui a tout de même séché sur pied quelques dizaines d’arbres et perturbé la phase de maturité. Pas de quoi dissuader le fils Thomas de rejoindre prochainement le Gaec familial, en conjuguant diversification, adaptation et valorisation.

Attention, un aléa climatique peut en cacher un autre. Alors que la sécheresse 2026 n’a épargné aucun territoire et aucune filière, avec un préjudice qui va se compter en milliards d’euros pour la ferme France, le Gaec Les vergers du coteau n’a pas été plombé par la sécheresse mais saisi par un épisode de froid en pleine floraison. « C’est une catastrophe », se désole Eric Floquet, à quelques jours de remiser vibreur et bâches déroulantes et de remercier son personnel saisonnier.  « Sur un potentiel moyen de 360 tonnes, on va finir entre 80 et 90 tonnes ».

« Comme il n’y a pas beaucoup de fruits cette année, on va chercher les dernières » © R. Lecocq
« Comme il n’y a pas beaucoup de fruits cette année, on va chercher les dernières » © R. Lecocq

La faute à un épisode de froid en pleine période de floraison, qui a amputé dès le départ le potentiel de production. « Le point positif, c’est qu’on a de beaux calibres, dans toutes les parcelles ». De quoi satisfaire l’une des exigences du cahier des charge de l’IGP Mirabelles de Lorraine, qui fête ses 30 ans cette année, et qui impose un diamètre minimal de 22 mm, avec une tolérance de 10% de fruits de 20 mm.

"La mirabelle, on ne la connait pas, on la redécouvre chaque année"

Le taux de sucre était également conforme mais la couleur du « fruit d’or » a mis du temps à s’affirmer, ce qu’Eric Floquet met sur le compte de températures nocturnes trop élevées. « On a été également été surpris par la durée de conservation du fruit, beaucoup plus longue que d’habitude. La mirabelle, on ne la connait pas, on la redécouvre chaque année », s’enthousiasme le producteur de 52 ans, qui a pourtant quelques palettes sur la balance.

"D’habitude, on passe au maximum une fois, cette année, on a arrosé 4 à 5 fois à raison de 60 à 80 litres d’eau par jeune arbre"

Si le coup de froid avait d’emblée fait « queuter » la saison, la sécheresse a tout de même sévi, en occasionnant la perte d’une cinquantaine d’arbres. « Et pas forcément les plus vieux », précise Eric Floquet, dont les plus anciens spécimens datent de 1974. Quant aux nouvelles plantations, il a fallu les biberonner. « D’habitude », on passe au maximum une fois, cette année, on a arrosé 4 à 5 fois à raison de 60 à 80 litres d’eau par jeune arbre ».

Malgré la sécheresse, le calibre est là © R. Lecocq
Malgré la sécheresse, le calibre est là © R. Lecocq

A priori, tous les jeunes arbres ont résisté. « Mais il faudra attendre l’année prochaine pour en être certain car les arbres ont commencé à perdre des feuilles très tôt », nuance Eric Floquet.

Faudra-il irriguer les mirabelliers à l’avenir ?

Il faut préciser à ce stade qu’aucun verger de mirabelles n’est irrigué en Lorraine, la pratique, son encadrement ou son interdiction n’étant même pas mentionnés dans le cahier des charges. Les sols argileux des vergers IGP (30% minimum requis dans le cahier des charges) sont censés faire office de poire pour la soif. Mais pour combien de temps, dans ce climat dont on a bien compris qu’il était changeant mais dont chaque emballement nous surprend pour autant ? « Pour des questions de coût, la question de l’irrigation ne se posera pas », devise Eric Floquet, qui n’a pas plus les moyens de sécuriser sa production avec une assurance multirisques. « 70.000 euros, c’est pas possible ».

La couleur du « fruit d’or » a mis du temps à s’affirmer tandis la durée de conservation s’est étirée, surprenant le producteur averti © R. Lecocq
La couleur du « fruit d’or » a mis du temps à s’affirmer tandis la durée de conservation s’est étirée, surprenant le producteur averti © R. Lecocq

Son assurance à lui, elle passe par la diversification des espèces fruitières, avec notamment des pêchers et des abricotiers, qui s’avèrent compatibles avec le nouveau climat lorrain. Le maraichage déployé sur 1 ha est une autre source de diversification. L’exploitation d’un magasin de vente sur la commune de Lagney offre matière à valoriser les produits de l’exploitation et ceux d’autres producteurs locaux, et de faire le dos rond les années comme 2026.

Forage obligatoire pour le maraichage

En maraichage par contre, l’irrigation va devenir un passage obligé. « C’est année, on a perdu entre 40 et 50% de nos tomates et carottes notamment, tout en ayant dépensé des fortunes en arrosant avec l’eau de la concession, déclare le producteur. On va devoir faire un forage et s’équiper en matériel ». Autant d’investissements qui n’étaient pas prévus.

"On va continuer de se diversifier, à la fois pour s’adapter au climat et pour capter de la valeur"

La fin d’un (très) long processus de remembrement va donner les coudées franches au Gaec pour se projeter dans l’avenir et accueillir Thomas, le fils de 24 ans, salarié de l’exploitation depuis quelques années. L’installation est prévue pour 2027. « On va continuer de se diversifier, à la fois pour s’adapter au climat et pour capter de la valeur », prédit le futur installé, tout en espérant que 2027 offre un peu de répit. Aux « vielles » branches et aux nouvelles pousses.

La récolte a démarré le 27 juillet et va s’achever vers le 10 septembre © R. Lecocq
La récolte a démarré le 27 juillet et va s’achever vers le 10 septembre © R. Lecocq