Nouveaux débouchés (3/4) : le tabac n’a pas tiré sa dernière cartouche

Désavouée, la culture essaime quelques paquets de résistance dans le Sud-Ouest, portée par des transformateurs au pouvoir imaginatif infini et par des producteurs au savoir-faire séculaire. La rentabilité est là mais elle est aussi fugace que la vapeur des e-cigarettes.

1637 : c’est la date qui marque la date de l’introduction de la culture du tabac en France. C’était à Clairac, dans le Lot-et-Garonne. 1637 : c’est la marque phare de tabac à rouler de Traditab, une PME créée en 2008 à Tonneins, à quelques encablures de Clairac, et qui s’évertue à préserver une espèce emblématique de la région.

« Comparée aux géants du secteur, Traditab fait figure de nain », déclare en préambule Tachrifa Maoulida, responsable marketing de l’entreprise. « Nous valorisons chaque année entre 400 et 500 tonnes que nous procurons auprès de la coopérative locale Tabac Adour Garonne. En dépit des contraintes réglementaires qui pèsent sur cette filière, de l’absence de soutien des pouvoirs publics et de la baisse de consommation de tabac, Traditab connait une croissance régulière. Nous avons démarré en 2008 avec six salariés et une production de 5 tonnes de tabac à rouler. Aujourd’hui, nous sommes près de 40 employés pour un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros ».

Traditab
Récolte de Burley (crédits photo : Traditab)

Qualité et diversité

Au plan industriel, Traditab a dû composer le déclin de la filière, dont un des derniers soubresauts fut la fermeture de l’usine de Sarlat (Dordogne) en 2019. La PME avait anticipé en nouant un partenariat avec l’entreprise CTS située en Belgique, pays où l’absence de monopole a permis l’émergence de petits fabricants.

Outre un gros investissement en qualité et en traçabilité (1,5 M €), histoire de donner des gages aux clients comme aux autorités, Traditab a misé sur l’innovation produit pour élargir son marché. Aux côtés du tabac à rouler, des cigarettes ou encore du tabac en capes destiné à la fabrication de cigares, Traditab s’est diversifiée dans la production de tabac expansé à tuber sous la marque Solelhal. « Nous avons répondu à une attente d’une clientèle en quête d’un tabac plus économique que le tabac à rouler », explique Tachrifa Maoulida. « Nous avons investi également dans les e-liquides pour vapotage en créant la marque Mostacha ».

Une vapeur du terroir avec Tevap

R. Lecocq
Jean-Michel Guibert, président-fondateur de Tevap

Avec le tabac à chicha, une autre piste travaillée par Traditab, les substituts que sont les e-liquides à vapoter constituent un nouveau débouché pour le tabac. Outre sa propre ligne de production, Tradicab approvisionne ainsi Tevap, une entreprise spécialisée sur ce segment. Sa spécificité : créer des e-liquides naturels et aromatiques à partir de plantes pour retrouver le goût du tabac.

Après deux ans de recherche, en partenariat avec l’Agropole d’Agen (Lot-et-Garonne) et son centre de ressources technologiques Agrotec, l’entreprise a mis au point un process particulier. « Le raffinage des macérats de plantes est l’un des points clé », explique Jean-Michel Guibert, président et fondateur de Tevap. « C’est cette mise au point qui a été la plus longue et la plus complexe car nous souhaitions un raffinage strictement mécanique et incomparable. Le tabac entre bien entendu dans la composition de nos macérats. Nous avons la chance d’avoir encore des petits producteurs dans la région, ce qui donne une dimension locale à nos e-liquides ». Dans le Sud-Ouest, on recense environ 250 ha de tabac et 120 producteurs, 1500 ha et 400 producteurs au plan national.

Une culture rémunératrice mais...

R. Lecocq
Bernard Raffaello, devant un lot de Virginie en cours de séchage

A Buzet-sur-Baïse (Lot-et-Garonne), Bernard Raffaello est un des fournisseurs indirects de Tevap, via la coopérative Tabac Adour Garonne et Tradicab. Il cultive bon an mal an 4 ha de tabac blond Virginie, sur une exploitation comptant 40 ha, produisant par ailleurs de la fraise, du kiwi ainsi que des semences de maïs, de blé et de soja. « Le tabac est une des cultures les plus rémunératrices de mon assolement », déclare le producteur. « Elle se situe au niveau des fraises et devant les productions de semences ».

Selon la coopérative TGA, le tabac génère une marge nette comprise entre 4000 €/ha et 5000 €/ha, mais au prix de gros investissements en temps de travail et infrastructures (serres pour le Burley, fours pour le Virginie). Et à condition de cocher toutes les cases et en quantité et en qualité.

Concernant la qualité, après 35 ans de métier, Bernard Raffaello maîtrise l’itinéraire technique, séchage compris. S’agissant des rendements, c’est plus compliqué. « Les infestations d’orobanche altèrent fortement la rentabilité du tabac sur les parcelles, déclare le producteur. 2021 sera une année test car je vais replanter sur une parcelle qui n’a pas reçu de tabac depuis dix ans. J’attends de voir si l’orobanche va ressortir ». 2021, c’est aussi l’année où Bernard Raffaello va prendre sa retraite et installer son fils, lequel est davantage attiré par la vigne, que l’exploitation a intégrée il y a quelques années à hauteur de 4,5 ha, et promise à s’agrandir. Boire ou vapoter, il va falloir choisir.

 

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