Nouveaux débouchés (4/4) : le soja bio, à la croisée de la transition agricole et alimentaire

Le rééquilibrage de notre alimentation entre protéines animales et végétales offre un tremplin aux légumineuses à graines, dont le soja. Aux confins du Gers et du Lot-et-Garonne, un agriculteur, Jean Berjou, également organisme stockeur, et Le Sojami, une entreprise agroalimentaire 100% végétale, cheminent vers ce modèle vertueux. Avec en prime des relations... équilibrées.

Des relations équilibrées entre un agriculteur et un industriel au service d’une alimentation équilibrée : c’est ainsi que l’on pourrait résumer l’histoire de Jean Berjou, agriculteur bio installé à Fourcès (Gers) et Jean-James Garreau, PDG de l’entreprise agroalimentaire Le Sojami, basée à Agen (Lot-et-Garonne).

Le premier cultive 200 ha de blé, pois chiche, lentille, colza, sarrasin et soja. Il est certifié bio depuis 2009. Depuis 2016, il est également organisme stockeur, sous l’entité Bio Progress, ne collectant que des céréales et oléo-protéagineux bio. Le second a créé en 1996 une entreprise dédiée à la fabrication d’aliments végétaux, avec comme seule et unique matière première de base du soja bio.

Un industriel dépendant d’un agriculteur

R. Lecocq
Mina et Jean-James Garreau, respectivement directrice du développement et Pdg de Le Sojami

Distantes de 50 km, les deux entreprises y trouvent leur compte. « Avant que Bio Progress n’existe, je m’approvisionnais dans le Tarn, donc pas très loin, mais les coûts de transport grevaient malgré tout notre rentabilité », déclare Jean-James Garreau. « Aujourd’hui, je réalise l’ensemble de mes achats de soja bio chez Bio Progress, soit environ 250 t/an actuellement ».

Pour Bio Progress, qui dispose d’une capacité de stockage de 4000 tonnes réparties en 26 cellules, Le Sojami représente environ 20% de ses débouchés de soja à destination de l’alimentation humaine. Où l’on en déduit que l’industriel est davantage dépendant de l’agriculteur que l’inverse, un rapport de force pas si commun....

« Je n’analyse pas du tout les choses comme cela, s’empresse de préciser Jean Berjou. J’ai besoin de tout le monde, et notamment de clients qui valorisent les graines dans l’alimentation humaine. Ce débouché représente l’équivalent de 50% de ma collecte totale de graines. Il est vital pour mon entreprise car j’ai beaucoup investi dans des infrastructures de tri spécifiques ».

Un agriculteur achetant à d’autres agriculteurs

R. Lecocq
Jean Berjou, agriculteur et organisme stockeur de céréales et oléoprotéagineux bio

En tant qu’OS, Jean Berjou se retrouve aussi de l’autre côté de la barrière, vis-à-vis de la centaine d’agriculteurs qui lui livrent leur grain. « Au fil du temps, j’ai noué des liens professionnels et amicaux avec tous les producteurs », souligne le jeune agriculteur. « Cette relation tient en partie au fait que je réalise du conseil destiné à optimiser les itinéraires et la production mais aussi parce que je suis soucieux du partage de la valeur. J’ai mis en place des contrats de filière pluriannuels de façon à offrir de la visibilité à tous. C’est ainsi que je fidélise ma clientèle. Avec mes acheteurs, j’essaie d’anticiper leurs besoins pour orienter les emblavements en conséquence ».

Jusqu’à présent, la plus-value du soja bio, comparativement au conventionnel, satisfait les apporteurs de Bio Progress. Jean Berjou est relativement confiant dans le fait que le différentiel est promis à perdurer. « Je ne pense pas que le développement de la bio dans notre région fasse beaucoup bouger les prix, énonce-t-il. La bio, c’est des rendements en moins, des charges en plus, il y a un prix de raison que le consommateur doit avoir à l’esprit ».

Une lactofermentation brevetée

Le Sojami
Le Sojami compte une trentaine de spécialités sa gamme, à base de soja lactofermenté

La relation nouée avec Le Sojami donne des gages au jeune agriculteur, d’autant plus que l’entreprise agroalimentaire voit son chiffre d’affaires progresser au rythme de 8 à 10 % par an, portée par la demande en produits végétaux. Quand Jean-James Garreau a lancé son projet au mitan des années 1990, le pari n’était pas gagné. Pas grand monde ne croyait à son procédé de lactofermentation appliqué au soja, jusqu’à ce que  concours de l’Agropole d’Agen (voir encadré) ne le distingue. Fils d’éleveurs de chèvre, docteur en biologie, Jean-James Garreau rêvait depuis longtemps d’appliquer les techniques fromagères au « lait » de soja. Ce à quoi il est parvenu, en déposant un brevet sur la lactofermentation.

« J’ai sélectionné des bactéries qui aboutissent, de façon naturelle, à la production d’un caillé lactique, explique le biologiste. Le procédé se distingue de la coagulation physico-chimique, que le soja autorise du fait de sa très forte teneur en protéines. L’avantage de la lactofermentation, par rapport à la coagulation, c’est qu’elle amène, en plus des protéines, des bactéries intéressantes pour le microbiote. Nos produits, non pasteurisés, favorisent l’équilibre intestinal ».

Le Sojami dispose d’une gamme comptant une trentaine de références (spécialités à tartiner et à cuisiner, spécialités apéritives, blocs de tofu, sauces, desserts, glaces...), riches en ferments probiotiques et en protéines, sans conservateurs, sans additifs, sans gluen et riches en Oméga, distribués dans les magasins bio (sous la marque Sojami) ainsi qu’en grandes surfaces (sous la marque Sojabio). Parmi ses adaptes, un certain... Jean Berjou

 

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