Nouveaux débouchés (1/4) : la stévia bio édulcore les menus, pas les revenus

Dans le Sud-Ouest, le groupement d’agriculteurs Sweetvia et le transformateur Oviatis sont à l’origine d’une nouvelle filière (bio) de stévia, un édulcorant naturel, aussi puissant que rémunérateur. De 15 hectares aujourd’hui, la sole pourrait monter à 300 hectares à l’horizon 2030 en Nouvelle-Aquitaine.

Environ 10 000 euros par hectare, c’est la marge nette qu’Aurélie Barada escompte dégager de sa culture de stévia bio. « Cette marge inclut mon salaire sur la base de 20 euros de l’heure, car j’estime que mon travail ne vaut pas rien ». Il faut préciser que la jeune agricultrice, installée avec ses parents à Puymirol (Lot-et-Garonne), est de formation comptable. Ça compte. Elle n’en est pas moins aventurière. Aurélie Barada est en effet l’une des premières à s’être engagée dans la culture de stévia bio, sur 1,25 hectare, aux côtés d’une dizaine producteurs du Lot-et-Garonne, du Gers et des Pyrénées-Atlantiques, rassemblés dans l’association Sweetvia.

Si les premières plantations datent de 2017, un gros travail de recherche et développement les a précédées, à l’initiative de Philippe Boutié, qui identifie là une culture potentiellement adaptée au Sud-Ouest et qui porte le projet sous l’entité Oviatis, axée sur la transformation et la valorisation de la stévia bio.

R. Lecocq
Philippe Boutié, Président d'Oviatis, à l'origine de la filière stévia bio en France.

Une espèce semi-pérenne, deux récoltes par an

Les premiers essais agronomiques sont conduits notamment au lycée agricole de Sainte-Livrade-sur-Lot (Lot-et-Garonne). Les résultats s’avèrent probants. Originaire du Paraguay, la stévia (Stevia rebaudiana) est une plante de la famille des Asteraceae. A raison de 40 000 à 60 000 boutures par hectare et une pérennité d’au minimum cinq ans, la plante produit, en itinéraire bio, environ deux tonnes de matière sèche à l’hectare, moyennant quelques tours d’eau.

R. Lecocq
Originaire du Paraguay, la stévia est apte à s'acclimater dans le Sud-Ouest.

« Cette production équivaut à 200 kg de molécules au pouvoir sucrant 300 fois supérieur à celui du saccharose », indique Philippe Boutié. « Un hectare de stévia équivaut ainsi à la production de 60 tonnes de sucre ». Dans le Sud-Ouest, la récolte s’opère entre juillet et septembre, à raison de deux passages d’une effeuilleuse au principe similaire à celui en usage pour la récolte des haricots verts. Les feuilles doivent être séchées dans les deux heures pour préserver les molécules sucrantes que sont la Rébaudioside A et les stéviosides.

R. Lecocq
La récolte mécanique s'opère au moyen d'une effeuilleuse utilisée pour les haricots verts.

1 ha par exploitation

Outre la septoriose et un champignon du collet , ainsi que quelques ravageurs, dont les limaces grises et les vers gris, la maîtrise du désherbage est le principal écueil identifié par les producteurs, l’espèce étant très sujette à la concurrence. Si le binage mécanique fait l’affaire en hiver et en début de cycle, des passages manuels s’imposent dès lors que la culture prend du volume. On comprend ainsi la sagesse des premiers producteurs de l’association Sweetvia, limitant leur surface à environ 1 hectare par exploitation, afin de se donner toutes les garanties de réussite. L’avenir dira si les robots peuvent suppléer la main d’œuvre, Naïo Technologies étant d’ores et déjà sur les rangs.

Sur l'exploitation de 66 hectares d'Aurélie Barada, la stévia occupe une place marginale aux côtés des courges à production tardive, des pommes spéciales pour jus ou encore des céréales et de la luzerne. « Côté marge/ha, la stévia figure au deuxième rang derrière les pommes à jus », précise l'agricultrice.

Zéro calorie, zéro indice glycémique

R. Lecocq
Sous la marque Biovia, l’entreprise a d’ores et déjà deux produits à sa gamme, à savoir une poudre de stévia et des infusions pour boissons chaudes et froides.

Toute la production du groupement Sweetvia est contractualisée avec Oviatis, en charge de la transformation et de la commercialisation.  C’est à l’Agropole d’Agen (Lot-et-Garonne), une technopole créée il y a 30 ans pour favoriser l’émergence de nouveaux projets territoriaux agroalimentaires qu’Oviatis a pu réaliser son premier pilote industriel. Le projet a reçu le soutien des collectivités territoriales (département du Lot-et-Garonne, région Nouvelle Aquitaine), ainsi que de l’Etat, via le Fonds Avenir Bio.

Sous la marque Biovia, l’entreprise a d’ores et déjà deux produits à sa gamme, à savoir une poudre de stévia et des infusions pour boissons chaudes et froides. Oviatis est par ailleurs en attente d’une autorisation européenne pour commercialiser un extrait concentré de stévia obtenu par un process entièrement naturel, ouvrant la voie à son intégration dans de multiples produits alimentaires et par voie de conséquence à une montée en puissance de la production. Avec zéro calorie et zéro indice glycémique, la stévia est en effet  porteuse s’enjeux de santé publique. « A l’horizon 2030, la surface de stévia bio pourrait atteindre les 300 hectares dans le Sud-Ouest », estime Philippe Boutié. Soit à peu près autant de « stéviaculteurs ».

 

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