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Mardi 24/02/2026

Prédation : assouplissement des règles de gestion, en attendant la loi d’urgence agricole

Deux arrêtés entérinent, entre autres, le relèvement du plan de tir de 19% à 21% et la possibilité pour les éleveurs d’éliminer le loup pour défendre leur élevage, sans condition de protection préalable. Pour le CAF Loup, le compte n’y est pas et espère que la future loi d’urgence actera un « changement de logiciel ».

Deux arrêtés datés du 23 février et publiés mardi au Journal officiel inscrivent dans le marbre les annonces que le gouvernement avait faites il y a quelques jours, à l’occasion d’un déplacement en Haute-Marne de deux de ses représentants, à savoir Annie Genevard pour l’Agriculture et Mathieu Lefèvre pour la Transition écologique. Deux éléments motivent ces évolutions : le déclassement d’un cran du statut du loup au plan européen, acté en 2025 et ouvrant la voie à des mesures de régulations d’une part et d’autre part l’augmentation constante de la pression de prédation. Selon les premières estimations ministérielles, en 2025 dans l’Hexagone, le nombre d’attaques de loup a augmenté d’environ 10% (soit 4441 attaques) tandis que le nombre d’animaux victimes a augmenté de 15,1% (soit 12.927 bêtes, très majoritairement des ovins). Dans les territoires d’expansion du loup, où les dispositifs de protection (clôtures, chiens de protection, bergers) sont moins présents, les attaques ont augmenté de 38,4% en 2025, et le nombre de victimes de 27,3%.

Les assouplissements concédés

Ainsi, le nombre maximal de loups pouvant être éliminés chaque année passe de 19 % de la population (192 loups) à 21 % (227 loups). « Il pourra être porté à 23 % en cours d’année, selon la pression de prédation constatée et l’atteinte du plafond », précise le gouvernement, soit potentiellement 248 loups. Les éleveurs pourront maintenant opérer un tir de défense pour défendre leur élevage, que ce dernier bénéficie déjà de mesures de protection ou non. En outre, afin de simplifier le quotidien des professionnels agricoles, l’autorisation préfectorale actuelle pour opérer un tir de défense par un éleveur est remplacée par une procédure déclarative. En cas de dommages exceptionnels, les tirs de prélèvements pourront être autorisés y compris s’ils ont pour objectif de protéger des élevages qui ne bénéficient pas encore de mesures de protection. Ce sera également le cas pour l’envoi de la brigade mobile d’intervention de l’Office français de la biodiversité, et pour l’envoi des lieutenants de louveterie par le préfet de département.

"La protection des élevages reste toutefois la meilleure façon de défendre le cheptel face à une espèce protégée"

En outre, dans le cas particulier des tirs de prélèvement, qui ne sont accordables qu’à compter du 1er juillet de chaque année, une dérogation pourra être demandée pour obtenir un tel tir durant le premier semestre (hors période de naissance des louveteaux, 15 avril - 15 juin) en cas de circonstances exceptionnelles. Le gouvernement mentionne toutefois que « la protection des élevages reste toutefois la meilleure façon de défendre le cheptel face à une espèce protégée ».

Le CAF Loup sur sa faim

Pour le CAF Loup, (FNB, FNEC, FNO, FNPL, FNSEA, JA), le compte n’y est pas, jugement le rehaussement du plafond annuel de destruction « symbolique » et « sans impact sur le niveau de dégâts » et les tentatives d’alléger les accès aux tirs, le recours aux louvetiers et les conditions de protection des troupeaux « excessivement timides en raison de la rigidité de la politique de prélèvements ». Les organisations dénoncent par ailleurs le durcissement « incompréhensible » des conditions d’indemnisation pour les éleveurs en cercle 2. « Alors que le paiement des indemnités était jusqu’alors automatique, sans égard au nombre d’attaques ou aux mesures de protection installées, les ministres ont annoncé que l’éleveur de cercle 2 devra désormais justifier, au-delà de deux attaques, que des démarches sérieuses ont été engagées en matière de protection alors même que le montant des indemnités n’a jamais été à la hauteur des pertes enregistrées, et notamment en matière génétique ».

Reste à savoir si le volet prédation de la future loi d’urgence agricole, annoncée par le Premier ministre le 13 janvier dernier, trouvera grâce auprès des éleveurs.