Une partie du monde a faim…et l’on regarde ailleurs

la faim s’aggrave dans le monde, qu’elle atteint, en cette année 2021 finissante, un nouveau pic.

L’on pourra toujours trouver déplacé de détourner un propos énoncé par un ancien Président de la République au sujet du climat, propos désormais gravé dans le marbre de l’histoire, mais la situation alimentaire mondiale du moment s’y prête, mille fois hélas. Et ce n’est pas minorer la gravité des questions climatiques que de rappeler que, dans le même temps, avec sans doute des points de jonction évidents entre le climat et l’accès à l’alimentation, la faim s’aggrave dans le monde, qu’elle atteint, en cette année 2021 finissante, un nouveau pic. C’est le dur et amer constat qu’a récemment dressé le Programme Alimentaire Mondial (PAM) dans un communiqué de presse qui rappelle brutalement que l’ancien monde affiche une belle résistance.

L’ancien monde, oui, en effet. Celui qui, tout au long du siècle dernier, à intervalles réguliers, mettait au jour les crises alimentaires et les famines, souvent en raison d’obstacles se dressant devant ce que l’on nommait la « soudure », entre les récoltes et les besoins des populations situées dans des pays par définition vulnérables. Sous les feux d’une actualité toujours furtive, il s’agissait alors d’organiser l’acheminement des sacs de riz, ou de toute autre denrée en mesure de repousser le spectre de la famine. Quitte à dresser un bilan de la mondialisation, du moins sous cet angle de l’approvisionnement alimentaire du monde, autant le dire, elle se solde par un échec cuisant.

Car la mondialisation, ce fut aussi la multiplication des Etats nations, consécutive de l’éclatement du bloc soviétique, tout comme celui de la fédération de l’ex-Yougoslavie, la scission du Soudan… multiplication à laquelle ont succédé des conflits militaires, des guerres civiles, surtout au Moyen-Orient, aggravant ainsi l’insécurité alimentaire de ces régions. A y associer les évènements climatiques qualifiés désormais d’extrêmes, et, dernièrement, la pandémie de Convid-19, on a la somme des ingrédients qui ont participé de l’augmentation de l’insécurité alimentaire dans le monde.

La FAO l’a indiqué au gré de ses Rapports sur l’état de l’alimentation dans le monde. Depuis 2017, l’institution de Rome pointait déjà une recrudescence du nombre d’individus victimes de la faim, après plusieurs années de baisse, sous l’impulsion du développement économique et social de plusieurs pays, dont la Chine.

La flambée des prix des denrées agricoles dont il est beaucoup question depuis quelques mois constitue un bien mauvais signal pour ces populations, d’autant plus mauvais que, parfois, les devises s’écroulent – c’est le cas du Yémen qui voit le Riyal dévisser – renchérissant drastiquement le coût des importations de produits destinés à l’alimentation de la population. A peine plus de dix ans après la crise économique et financière, le spectre des émeutes de la faim resurgit.

Le monde a faim et l’on regarde ailleurs ?

C’est-à-dire nous convaincre qu’il faudrait moins produire, alors que, dans les pays qui viennent d’être évoqués, les besoins alimentaires dépassent les disponibilités.

- Ailleurs ? Un chantier immense est ouvert, celui de rechercher les voies d’une amélioration de la situation alimentaire mondiale. - D’abord en résolvant les conflits armés qui, dans certains cas, ont été déclenchés par les grandes puissances. Ce serait une manière de restaurer l’outil de production agricole qui fait aujourd’hui cruellement défaut. - Ensuite, en admettant que le principe de la souveraineté alimentaire s’applique partout dans le monde, induisant une autonomie de décision sans une quelconque ingérence extérieure. - Autre levier possible, la réduction, voire l’annulation de la dette des pays en développement, dont le montant et les conséquences auraient à être calculées, dans la perspective de renflouer les caisses des Etats pour qu’ils soient en mesure de financer leurs importations de denrées. - Enfin, en créant une sorte d’Organisation internationale de l’agriculture, qui soit dotée de moyens pour évaluer l’état réel des disponibilités, et notamment des stocks, afin d’organiser la distribution partagée de la nourriture dans les régions en état d’insécurité alimentaire chronique. Bien au-delà du mandat de l’actuelle Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO).

Car ce n’est pas le moindre des paradoxes de la réalité du monde, qui, à bien y regarder n’a rien de nouveau, que de constater d’un côté une abondance de grains – selon le Conseil International des Céréales, près de 2,3 milliards de tonnes en 2021, dont près de 780 millions en blé – et, de l’autre, des carences ou des pénuries alimentaires dans certaines régions du monde.

Se nourrir est pourtant un droit fondamental, qui nécessite pour chaque Etat, de manière irréfragable, de produire… au risque d’animer les esprits chagrins et de les entendre déplorer le retour du « productionnisme », terme préférable à celui de « productivisme », associé à un mode de production particulier.

Thierry POUCH