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Lundi 21/09/2026

Utiliser l'effet albédo contre le changement climatique

Publié par La Creuse Agricole

Depuis 2020, le Centre Interrégional d’Information et de Recherche en Production Ovine (CIIRPO) participe avec six autres fermes expérimentales au recueil de références sur l’albédo des prairies. Le 7 septembre la ferme du Mourier organisait une journée technique pour faire le point sur l’avancée des travaux.

Effet albédo, quésaco ?

Peu d’entre nous connaissent son nom mais nous avons tous expérimenté l’effet albédo. Nous avons ainsi tous déjà constaté la différence de température entre les carrosseries d’une voiture blanche et d’une voiture noire laissées en plein soleil. Pour en donner une définition un peu plus scientifique, l’effet albédo d’une surface est sa capacité à renvoyer une partie du rayonnement lumineux qu’il reçoit. Plus la surface est réfléchissante plus son albédo approche 1 (l’albédo se mesure entre 0 et 1). Ainsi, la neige a un albédo élevé comparativement à une surface noire qui absorbe plus d’énergie sous forme de chaleur. Comme pour toutes les autres surfaces, l’albédo des sols peut être mesuré et il varie de façon significative selon les cultures. Depuis plusieurs années, un projet baptisé “Albédo prairies” est conduit sur la ferme du Mourier et six autres fermes expérimentales. Son but : acquérir des références sur l’albédo des sols agricoles et étudier son incidence sur la limitation du réchauffement climatique.

Un levier pour atténuer le changement climatique

L’agriculture représente aujourd’hui 20 % des émissions de gaz à effet de serre en France. On sait déjà que les prairies permanentes stockent efficacement le carbone mais elles pourraient également atténuer le réchauffement climatique. C’est ce que démontrent les projets “Albédo prairies” (2020-2023) et maintenant ALBAATRE (2024-2027) conduits par plusieurs partenaires autour de l’Institut de l’Élevage¹. En effet, plus l’albédo est élevé (proche de 1), plus l’énergie réfléchie est importante. Le rayonnement retenu au sol, réémis sous forme de rayonnement infrarouge thermique qui sera ensuite retenu par les gaz à effet de serre est donc moins grand. Grâce à des albédomètres mesurant le rayonnement descendant et le rayonnement réfléchi (visibles et infrarouges), les partenaires d’“Albédo Prairies” ont acquis des références sur l’albédo de différentes cultures. Premier enseignement, l’albédo de la prairie (0,24 environ) est le plus élevé de tous. C’est donc elle qui atténue le mieux le réchauffement. D’autres plantes comme le sorgho ou la luzerne ont un albédo plus élevé mais sur une période plus courte. Elles sont donc particulièrement intéressantes durant l’été, période à laquelle on cherche à réduire le réchauffement. De nombreux critères peuvent influer sur le niveau d’albédo : la couleur, l’aspect du sol, la variété de la plante et bien sûr la fauche et le pâturage.

Des gains thermiques non négligeables

Les travaux ont également permis de chiffrer l’écart entre le forçage radiatif (différence entre l’énergie reçue et l’énergie renvoyée) d’une prairie et d’un sol nu qui s’élève à 8,3 W/m² par hectare et par an. Pour illustrer ce gain, passer d’une prairie à un sol nu équivaudrait à allumer 83 grille-pains. Des comparaisons d’assolement ont permis une autre estimation : augmenter de 10 % l’assolement en herbe permettrait d’économiser 150 kg eq. CO2/ha/an. Il est donc clair que réduire les périodes de sol nu et limiter la dégradation des prairies ont un impact positif pour contenir le réchauffement. Après la prairie, il s’agit désormais pour le projet ALBAATRE d’étudier l’albédo d’autres plantes fourragères (sorgho, blé, colza fourrager, triticale +pois, …) et d’autres techniques de mesures de l’albédo (satellitaire, spectromètre, caméra optique). L’objectif est également de construire de nouveaux systèmes fourragers plus résilients. Un séminaire national de restitution des travaux est prévu pour juin 2027.

1. Université Paul Sabatier CESBIO/CNRS, INRAE, Chambre d’agriculture des pays de la Loire, de Bretagne, Fermes expérimentales de Mauron, Derval, Thorigné-d’Anjou, du Pradel, du Mourier, de Jalogny, Association Francophone pour les Prairies et les Fourrages (AFPF), Ministère de l’Agriculture.