Après-betterave (1/5) : « Quand la diversification devient la norme » - Pleinchamp

Après-betterave (1/5) : « Quand la diversification devient la norme »

A Joze (Puy-de-Dôme), Dominique Déplat, céréalier en conventionnel, s’est essayé à la betterave rouge, à la patate douce et à la tomate de plein champ, le tout en bio. Plusieurs de ces espèces devaient perdurer dans son assolement, aux côtés de l’asperge, au titre de la diversification. Pardon, de la normalité. Et des circuits courts.

« Je ne repars pas de zéro, je repars en négatif » : c’est ainsi que Dominique Déplat, ex-betteravier dans la plaine de Limagne, évoque le virage qu’il a opéré en 2020, première campagne post-betterave. L’agriculteur en cultivait 10 ha sur un total de 100 ha, jusqu’à ce que la sucrerie de Bourdon, située à Aulnat (Puy-de-Dôme) ferme ses portes, à l’issue des arrachages de l’automne 2019. « Je repars en négatif parce que je ne connais rien de l’itinéraire technique de ces nouvelles cultures », poursuit le producteur « Et tant qu’à y être, j’ai testé le bio ».

Le confinement comme catalyseur

L’idée lui est venue pendant le confinement. Son fils Adrien, élève ingénieur agronome, qui se confine à la ferme, étudie l’impact d’une diversification de l’assolement sur les investissements induits, les charges d’exploitation, les défis techniques à relever, l’organisation du travail à mettre en place, les risques de télescopage des chantiers, les niveaux de marge pouvant être escomptés, les circuits de commercialisation à privilégier.

"J’ai baissé mes charges de 30%, équivalant à 300 €/ha"

En l’espace de quelques mois, ces deux évènements que sont la fin de la betterave et le confinement font bouger les lignes. Pas de quoi, toutefois, provoquer à ce stade un chambardement de l’assolement, qui repose aujourd’hui sur deux piliers que sont le maïs semences (21,5 ha) et l’asperge blanche (3 ha), aux côtés du blé, du maïs conso et du tournesol ou encore de prairies mises à disposition d’un éleveur voisin.

Indépendamment de ces éléments déclencheurs, le céréalier était depuis quelques années en phase de réflexion, mais celle-ci portait moins sur la réorganisation de l’assolement que sur la compression des charges, et notamment des charges de structure « J’ai renégocié mes contrats d’assurance, explique-t-il. J’ai embauché un jeune à temps partiel pour gérer l’entretien du matériel et me seconder sur l’exploitation, avec à la clé une réduction de 30% du poste. J’ai simplifié le travail du sol et économisé 20% de gazole. Au total, j’ai baissé mes charges de 30%, équivalant à 300 €/ha ».

Dominique Déplat a aussi renégocié l’emprunt réalisé pour la toiture photovoltaïque de son hangar. Un investissement dont la réflexion avait été mutualisée et optimisée à l’échelle d’un Ceta, et qui avait débouché sur la construction d’une dizaine de bâtiments dans la plaine.

La toiture photovoltaïque, la "future retraite"
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L’asperge, en pointe sur la diversification

Cette année 2020 était une année test pour ces nouvelles espèces, développées sur quelques milliers de m2. « En patate douce, je me suis laissé surprendre par le calibre et j’ai subi une attaque carabinée de taupin, explique l’agriculteur. La tomate de plein champ n’a pas trop mal marché, de même que la betterave rouge. Là-dessus, il faut que je me penche sur la transformation ».

L’agriculteur avait déjà un pied dans la production légumière avec l’asperge, présente sur l’exploitation quand il en a pris les rênes en 2005, et pour le coup parfaitement maîtrisée. L’étude réalisée par son fils a démontré l’opportunité et la pertinence d’en cultiver un ha de plus, ce qui sera réalisé en 2022 pour une entrée en pleine production deux ans plus tard. La recette commerciale de l’asperge tient en trois tiers : vente directe, grandes surfaces, revendeurs. Une sécurité qui n’a pas de prix et une formule qui pourrait être appliquée aux nouvelles productions légumières, en jouant notamment sur la corde locale.

« Projets alimentaires territoriaux, restauration collective, drive fermiers, magasins de producteurs, vente directe, nous devons miser sur l’engouement des consommateurs pour les produits locaux, estime Dominique Déplat. Outre la quête de valeur, c’est aussi l’occasion de sortir nos produits, nos pratiques et nos fermes de l’anonymisation ».

L'aspergeraie passera de 3 ha à 4 ha en 2021
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Irriguer du blé ?

Comme quoi, à 55 ans, on peut renverser la table et quitter sa zone de confort. « La betterave, c’était confortable, admet l’agriculteur. Les rendements étaient au rendez-vous et les prix suivaient. Sauf que depuis quelques années, les résultats baissaient ostensiblement, sous l’effet notamment d’épisodes de sécheresse ou de grêle. En Limagne, le changement climatique est une réalité. Des études ont montré qu'il grignotait la matière organique de nos sols, autrement dit leur fertilité. Je ne suis pas sûr qu’irriguer des blés soit une solution durable ».

"La diversification va devenir la norme"

En Limagne, la perte de la betterave a éliminé d’un coup une bonne tête d’assolement et une culture capable de valoriser l’irrigation, déployée sur 40 ha chez Dominique Déplat. D’où la diversification. « Pour des questions climatiques, agronomiques ou économiques, la diversification va devenir la norme  », conclut le producteur.

L'Earl Déplat est point-relais Agrikolis, un complément de revenu qui ne peut pas nuire à la vente directe
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Tous les articles de la série :

Après-betterave (1/5) : « Quand la diversification devient la norme »

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Après-betterave (3/5) : « C’est le début des haricots »

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