- Accueil
- « Avec les vagues de chaleur, on a perdu les gains de productivité des robots de traite »
Vendredi 07/08/2026
« Avec les vagues de chaleur, on a perdu les gains de productivité des robots de traite »
[Reportage] À Liffol-le Grand (Vosges), le Gaec de la Passion enregistre des pertes de 15 à 20% de la production de lait, au point d’envisager des investissements pour rafraichir l’atmosphère de la stabulation, alors même que le prix du lait se refroidit. Mais pas de pertes d’animaux à déplorer et pas de crainte en matière d’affouragement... sauf nouvelle sécheresse en 2027.
Valentin Gillet, consultant son téléphone : « 33,7 hier, ça fait -7 kilos ». -7 kilos de lait, c’est ce que le Gaec de la Passion, à Liffol-le-Grand (Vosges), a enregistré le mardi 4 août, comparativement à la performance moyenne du troupeau.
La responsable : la chaleur, ou plus exactement les vagues de chaleurs qui s’enchainent depuis la fin mai et qui n’épargnent pas le département lorrain. « Celle de fin juin a été particulièrement impactante, relate le jeune éleveur, un des quatre associés du Gaec. Ça fait plus d’un mois que les vaches accusent le coup ».
Et à supposer que la chaleur s’estompe, ce que ni les prévisions n’annoncent et ni le moment (on est encore que début août) ne laisse augurer. « Il faudra compter encore plusieurs semaines avant que les animaux retrouvent leur état normal et leur niveau de production », anticipe l’éleveur.
Selon l’INRAE, qui se réfère aux vagues de chaleurs de 2003 et 2006, de tels épisodes induisent des pertes instantanées de production de lait d’environ 5%, avec des effets rémanents qui perdurent au-delà de la période critique. Il faut ajouter les incidences sur la qualité du lait, moins riche en protéine, mais plus marqué en cellules, contribuant à la perte de valeur. Autre conséquence : la surmortalité, avec un taux documenté à +10% en bovins laitiers. « Chance, on n’a pas perdu de vache à cause de la chaleur », se console Valentin Gillet.
L’épisode va cependant peser lourd dans les comptes de l’exploitation, qui compte 380 ha et 210 vaches en zéro pâturage et sur matelas, pour un quota de 2,6 millions de litres de lait, livrés aux deux tiers chez Savencia à Illoud (Haute-Marne) et un tiers chez Triballat Rians à Neufchâteau (Vosges). « Avec les chaleurs, on a perdu les gains de productivité des robots de traite ».
Il y a un peu plus d’un an, le 1er juillet 2025, le Gaec troquait en effet la salle de traite 2X12 contre quatre robots Lely, avec à la clé un bond en productivité : 42 kilos contre 33 kilos, soit le niveau auquel est redescendu le Gaec cet été.
La stabulation, dont les associés ont fait voler les bardages, est pourtant équipée de ventilateurs avec brumisateurs. « Notre système est obsolète », diagnostique l’éleveur.
Le Gaec a d’ores-et-déjà pris la décision d’investir dans des lignes de douchage des vaches au cornadis associées à une ventilation mécanique. « Il y a en a pour 50.000 euros mais on espère diviser par deux la perte de production ».
Mais il faudra composer avec un prix du lait orienté à la baisse. « Comparativement à l’automne dernier, on se retrouve avec beaucoup moins de lait payé beaucoup moins cher », déclare l’éleveur, évoquant la descente de 490 à 410 euros, en espérant ne pas enfoncer les 400 euros.
Point positif : en ce qui concerne l’affouragement, le Gaec sort relativement épargné de la sécheresse. Le maïs, dont l’ensilage assure 70% de la ration, aux côtés de l’ensilage d’herbe, du foin et des tourteaux, a été implanté précocement et plutôt dans des terres profondes. « En année normale, on fait 30t/ha brut à l’hectare, là on va taper 20t/ha ». Tout de même. Mais les réserves vont permettre d’encaisser le choc car le Gaec fonctionne avec 6 à 12 mois de stock. « Mais il ne faudrait pas que 2027 soit la copie de 2026 », prévient Valentin Gillet.






