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Mercredi 27/05/2026
Vague de chaleur précoce : quels impacts sur les cultures et les animaux, quelles parades ?
Selon les experts de l’INRAE, la vague de chaleur qui frappe la France en cette fin mai est potentiellement porteuse d’impacts significatifs, tant pour la productivité des cultures que le bien-être et la performance des animaux. Mais elles demeurent difficilement quantifiables à ce stade compte tenu du caractère historiquement précoce de l’évènement.
« Jusqu’à cette année, notre fenêtre d’adaptation à la canicule qui était explorée, elle allait de fin juin à début septembre, là on vient d’augmenter d’un mois et on n’a pas forcément de connaissances quant aux conséquences quantitatives et qualitatives sur les différentes productions en cours ». C’est ce qu’a déclaré mercredi 27 mai Iñaki García de Cortázar-Atauri, agronome et directeur de l'unité Agroclim de l’INRAE (Région Paca) à l’occasion d’un point presse axé sur les conséquences de la vague de chaleur qui frappe l’Hexagone depuis quelques jours.
Lundi 25 mai, l’indicateur thermique national a battu un record pour un mois de mai (24,6°C), avant d’être battu le lendemain (24,8°C), sans toutefois atteindre les 25,3°C caractérisant officiellement une « vague de chaleur ». Mais l’atteinte de 23,4°C pendant au moins 3 jours pourrait finir par aboutir, dès ce mercredi, au même résultat.
Conséquence d’un dôme de chaleur qui s’est créé sur l’Ouest de l’Europe, l’épisode historique, de par sa précocité et son intensité, se formalise pars des températures maximales dépassant les 35°C dans de nombreuses villes (Bergerac, La Roche-sur-Yon, Niort, Poitiers…), une anomalie positive de température à l’échelle nationales comprise entre +0,6°C et+2,8°C par rapport aux normales 1991-2020, des centaines de records de températures minimales et maximales, le placement, le 27 mai, de 17 départements de l’Ouest en vigilance canicule orange.
Des impacts probables sur les blés, orges, fruits et raisins
« On est face à quelque chose d’inédit, avec des températures qui dépassent ce à quoi sont habituées les plantes et à des moments où elles n’ont pas été du tout confrontées par le passé à ces températures », prévient Iñaki García de Cortázar-Atauri. Sur les cultures d’hiver, notamment le blé et l’orge, qui sont actuellement en phase de finalisation de la maturation des grains, « il peut y avoir réellement un impact sur les grains. On sait aussi que l’on va avoir des récoltes très précoces ». « Sur les espèces fruitières en début de cycle de croissance de leurs fruits, on est dans des périodes critiques concernant le rendement final mais on ne pourra pas aujourd’hui estimer de façon quantitative quelle est l’évolution mais on peut s’attendre à avoir un impact sur la taille des fruits », estime l’expert, qui évoque également un effet d’induction florale sur le cerisier, pouvant se faire ressentir l’année prochaine. Sur la vigne, actuellement en cours de floraison ou de nouaison selon les vignobles, les « températures trop élevées provoquant un arrêt du fonctionnement des plantes pour passer les fortes chaleurs et redémarrer par la suite », tout en impactant la taille des baies.
Iñaki García de Cortázar-Atauri évoque aussi le risque, dans les jours qui viennent d’un « assèchement soudain de la végétation » dû à « des transpirations trop rapides » mais « pas avec des conséquences définitives ».
Concernant les cultures de printemps, le chercheur évoque un effet « limité » sur la capacité de croissance, sous réserve que la disponibilité en eau soit suffisante. Côté sanitaire, Iñaki García de Cortázar-Atauri évoque un effet positif sur les champignons ou encore certains insectes mais aussi un effet contraire, sous l’effet de la « fragilisation » des plantes, tout en rappelant ne pas « avoir suffisamment de recul sur un évènement » de cette nature, a quoi s’ajoute la combinaison d’évènements contrastés, avec des températures récentes très basses et sous les normales.
Les éleveurs pris de vitesse
« On s’attend à avoir des conséquences importantes sur l’élevage », évoque de son côté David Renaudeau, directeur de recherche à l’UMR Pegase au centre INRAE Bretagne-Normandie, du fait que la vague de chaleur frappe particulièrement l’Ouest, où se produisent « 75% des porcs, 80% des poulets de chair, 20% des vaches laitières » de la France.
Le scientifique évoque, du fait de la précocité de l’évènement, une « relative impréparation » des éleveurs qui n’ont pas forcément eu le temps de vérifier leur système de cooling et d’alimentation en eau, adapté la conduite alimentaire des animaux, « toutes les petites adaptations qui font que l’éleveur peut s’en sortir », sachant que la première vague de chaleur est la plus sévèrement ressentie par les animaux à cycle long comme les vaches, les poules pondeuses et le porc, qui développent « réponses physiologiques » et des facultés d’adaptation en cas de récidive.
Le caractère caniculaire de l’épisode, avec des températures qui ont du mal à descendre pendant la nuit est aussi jugé « problématique » et « important ». Au niveau des effets, l’INRAE évoque « une baisse de production de viande, une baisse instantanée de 5% de production laitière, une baisse de production d’œufs ». En outre, pour toutes les espèces, « la baisse de production ne se limite pas à la durée de la vague de chaleur mais perdure » au-delà. Au final, « ces effets immédiats et rémanents causent des pertes de production relativement importantes pour les éleveurs », indique David Renaudeau, qui évoque aussi des impacts qualitatifs, avec par exemple « des œufs de plus petit calibre, un peu plus fragiles parce que le métabolisme phospho-calcique a été perturbé par la chaleur » et au final « des œufs moins valorisés, des risques de déclassement et des problématiques de perte de revenu pour l’éleveur ». Le lait est quant à lui moins riche en protéines mais plus riche en cellules, ce qui peut poser des « problèmes immédiats » de paiement du lait avec en prime des « capacités de transformation perturbées ».
Aux pertes de production s’ajoute un phénomène de surmortalité, documenté par les vagues de chaleur de 2003 et 2006, de +10% en bovins laitiers, +25% en bovins allaitants. « En 2003, les pertes de mortalité de la filière avicole se sont élevées à 45 millions d’euros », rappelle David Renaudeau, même s’il est difficile de comparer les vagues de chaleur, « un peut toutes différentes ». La surmortalité est notamment perceptible chez la vache laitière en début de lactation, chez les animaux confinés (porcs, volailles) notamment en fin de cycle de production du fait de l’incidence sur la densité, sans parler des problèmes de ventilation. Le transport à l’abattoir est également en cause. « Mais mettre une vache laitière à l’extérieur quand il fait plus de 25°C, ça se transforme généralement en catastrophe », affirme David Renaudeau.
Ce dernier évoque aussi, chez la vache laitière, des conséquences sur la descendance, au niveau des performances et du métabolisme, du fait des impacts sur le fœtus, sans oublier les effets du changement climatique sur les zoonoses et autres maladies vectorielles telles que FCO, MHE et DNC.
Quelles stratégies d’adaptation en en élevage à court terme ?
Bien régler et entretenir les systèmes de cooling, de ventilation, de distribution d’eau, éviter de faire partir à l’abattoir des animaux pendant la journée, réduire la densité animale dans les bâtiments quand c’est possible, éviter de distribuer de l’aliment aux heures les plus chaudes du fait que la consommation d’aliments est une source de production de chaleur. « Il existe aussi des stratégies qui consistent à supplémenter l’eau avec des additifs », mentionne Davis Renaudin, évoquant des retours de vétérinaires ayant écoulé « deux mois de stocks d’additifs en deux jours ».
Quelles stratégies d’adaptation en élevage à long terme ?
« Le parc de bâtiments de la ferme France est relativement vieillissant, c’est des bâtiments qui datent de 20 à 30 ans et qui ont été conçus, si on prend la production laitière, d’abord pour protéger les animaux des rigueurs de l’hiver et pas du tout pour protéger les animaux contre les problématiques estivales », indique David Renaudeau, sachant que le « bâtiment du futur » est à la croisée de multiples problématiques : ergonomie de travail, bien-être animal, gestion des déjections etc.
Parmi les facteurs d’adaptation des bâtiments figurent l’exposition au vent, la hauteur pour faciliter les pertes de chaleur, un environnement constitué d’arbres et de prairies pour bénéficier d’un effet de cooling naturel, des systèmes de refroidissement. « Tous les bâtiments construits au sud de la Loire intègrent des systèmes de cooling pour écrêter les vagues de chaleur et réduire l’impact sur les animaux ». La sélection génétique devrait également apporter sa contribution à l’adaptations, par exemples en porc, via des races rustiques, même si le caractère polygénique complique la tâche. « On doit apporter des solutions immédiatement, poursuit David Renaudin. Les systèmes existent et donc il faut fournir aux éleveurs des stratégies sur les changements de conduite animale : changement de date de vêlage, changement de système fourrager, des rotations un peu différentes. A plus long terme, il y a l’idée de se dire que ce qui est possible actuellement en termes de productions le sera peut-être moins dans certaines régions mais d’ici au milieu du XXIème siècle, il y a des régions où l’herbe poussera mieux ».
Quelles stratégies d’adaptation en grandes cultures à long terme ?
En grandes cultures, l’INRAE explore « l’eau agroécologique », l’agroforesterie, la combinaison de plusieurs cultures, la diversification, la réduction de la transpiration des plantes par l’ombrage, moyennant « plus de complexité, plus de travail dans certains cadres. Il faut trouver les bons équilibres par rapport à des conséquences sur la productivité », indique Iñaki García de Cortázar-Atauri. « Malheureusement, on n’a pas de solution unique partout, on doit travailler la question de l’adaptation par territoire, par filière, par type d’exploitation, rendre les systèmes plus résilients face à tous ces évènements à répétition. On ne sait pas quel va être le prochain évènement que l’on va vivre dans les semaines et les mois à venir mais on sait qu’il y en aura potentiellement un ».
