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Lundi 03/08/2026
Comment l’AOP Abondance tente de préserver ses prairies (et sa production) face au changement climatique
Dans le massif des Aravis (Haute-Savoie), l’alpage-école de Sulens expérimente le sursemis manuel pour tenter de pallier l’altération de la qualité, de la diversité et de la densité des espèces floristiques des alpages.
Selon le Centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique, émanation du 3ème Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3), la montagne est, avec les régions arctiques, en première ligne face au réchauffement climatique. Ce dernier se manifeste par des glaciers qui reculent, des roches qui s’effondrent ou encore une neige qui disparaît, avec des conséquences se faisant sentir sur le tourisme, la ressource en eau ou encore le pastoralisme.
L’Observatoire climatique des Alpes du Nord évoque ainsi « une nouvelle marche dans la dynamique du réchauffement » depuis 1959, atteignant +2,7°C en 2024 contre +2,5°C en 2022.
Abondance… de méfaits
Les incidences sur les prairies se manifestent par l’altération de la qualité, de la diversité et de la densité des espèces floristiques. « En montagne, les effets du changement climatique viennent s’ajouter aux difficultés auxquelles sont déjà confrontées les exploitations agricoles, souligne Morgane Duffy, ingénieure cheffe de projet à l’alpage-école de Sulens (Haute-Savoie). Le pastoralisme est mis à mal par les sécheresses entrainant un manque de ressources en eau et en herbe (qualité et quantité). On observe des changements de populations végétales : des espèces qui, avant, étaient situées à 1600 m d'altitude remontent aujourd'hui vers 1800 ou 1900 m. L'impact est aussi notable sur l'eau : en 2025, c'est la première année où nous avons dû nous faire ravitailler en eau par les pompiers sur l'alpage ».
Quatre modalités de sursemis manuel
Une fatalité à laquelle l’AOP Abondance ne se résigne pas. Elle a soutenu et obtenu le lancement d’une expérimentation sur le site de l’alpage-école de Sulens, situé à 1650 m dans le massif des Aravis et qui se trouve être le seul centre de ressources et d’innovation pour le pastoralisme en France, en plus d’être un centre de formation pour les jeunes agriculteurs. En collaboration avec la Chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc et le Conservatoire des Espaces Naturels de Haute-Savoie (Asters CEN 74), l’expérimentation « adaptation des prairies d’altitude au changement climatique », lancée en 2025, se donne trois ans pour documenter la technique de sursemis manuel, la mécanisation n’étant pas envisageable dans des pentes trop fortes et/ou à l’accès limité.
Grainage naturel afin de voir l’évolution de la prairie en conditions « naturelles », mélange brossé avec des graines récoltées localement sur une parcelle de plus basse altitude n’ayant pas subi d’intervention (fauche, fertilisation...) depuis plus de 20 ans, mélange de graines fait sur-mesure et sélectionnés pour leur résistance et leur pouvoir germinatif, mélange de graines proposé sur le marché et enfin zone témoin : telles sont les modalités déployées sur des bandes de 8 m x 40 m délimitées par GPS.
Des essais pourraient aussi être déployés sur d'autres alpages du territoire afin de vérifier la reproductibilité des résultats sur des sols et des expositions différents.
