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Vendredi 19/06/2026
Recharge de nappe : l’expérience prometteuse du projet R’Garonne
Dans le cadre du Projet de territoire Garon’Amont, piloté par le Département de Haute-Garonne, l’expérimentation de la recharge de la Garonne, par un canal adjacent et un bassin d’infiltration dans la nappe, a révélé de réelles potentialités quantitatives en soutien à l’étiage, avec en prime une eau « rafraichie », favorable à la faune aquatique.
Les premières extrapolations indiquent que sur les 7 à 8 millions de mètres cubes qui pourraient être infiltrés chaque hiver, environ 2 à 3 millions de mètres cubes rejoindraient le fleuve au moment où il en a le plus besoin, tout en agissant comme un climatiseur naturel grâce à cette fraîcheur souterraine. Telles sont les premières conclusions du projet R’Garonne, mené par Réseau 31 (Syndicat mixte eau et assainissement de la Haute-Garonne).et le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dans le cadre du Projet de territoire Garon’Amont (PTGA), impliquant de nombreuses collectivités et l’Agence de l’eau Adour-Garonne.
Lancé en 2017 par le Département de Haute-Garonne, le Projet de territoire Garon’Amont explore tous les leviers possibles et imaginables (sobriété, aménagement du territoire, solutions fondées sur la nature, stockage…) pour tenter de conjurer les effets du changement climatique, susceptible de mettre en péril la qualité des milieux aquatiques et les nombreux usages de l’eau. Selon les projections climatiques, d’ici 2050, le manque de neige dans les Pyrénées et la hausse des températures pourraient priver la Garonne de son débit estival dans des proportions comprises entre -30% et -50%.
Ralentissement du cycle de l’eau
Le projet R’Garonne repose sur le canal de Saint-Martory d’une longueur de 71km, construit à la fin du XIXème et alimenté par la Garonne, aujourd’hui au service de la production d’eau potable (200.000 usagers desservis) et de l’irrigation (10.000 ha). En hiver, lorsque le fleuve est bien alimenté, une partie de l’eau est déviée via le canal vers un bassin d’infiltration. L'eau s’infiltre lentement dans le sol, reconstitue la nappe souterraine et participe à réalimenter le fleuve en été
Grâce à un réseau de piézomètres analysant les données toutes les 5 minutes, les scientifiques ont pu valider le principe du ralentissement du cycle de l'eau. « En surface, une goutte d'eau dans le lit de la Garonne met une dizaine de jours pour atteindre l'océan, explique Jean-Marie Gandolfi, ingénieur hydrogéologue et chef de projet au BRGM. En sous-sol, cette même goutte d'eau, infiltrée dans la nappe, met un an pour faire quelques kilomètres. Ce déphasage permet de stocker l'eau l'hiver pour la restituer naturellement l'été, au moment où le fleuve en a le plus besoin ». « C’est la première fois qu’on injecte autant d’eau, souligne Stéphane Binet, expert hydrogéologique à l’Agence de l’eau Adour-Garonne. La technique de recharge des nappes est connue, mais ce projet-là est particulièrement novateur de par son ampleur ».
Résultats définitifs au printemps 2027
Les résultats exhaustifs du projet expérimental seront délivrés au printemps 2027. S’ils confirment l’intérêt de la recharge maîtrisée des nappes, le Département de Haute-Garonne envisage de multiplier les sites d'infiltration le long des zones favorables du réseau. L'enjeu n'est pas seulement quantitatif. En effet, en été, la température de la Garonne peut grimper dangereusement pour les poissons et la biodiversité. L'eau stockée dans la nappe reste quant à elle entre 10°C et 15°C. La fraîcheur souterraine agit ainsi comme un climatiseur naturel.