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Jeudi 23/04/2026
Des salles de classe aux alpages, la Savoie mise sur un bac pro en alternance pour former ses agriculteurs de montagne
En Savoie, l’Établissement Public Local (EPL) Reinach forme une première promotion de Bac Pro CGEA en alternance au CFPPA. Céline Planche et Karima David accompagnent ces apprentis, âgés de 16 ans pour la plupart, déjà immergés dans les fermes savoyardes. Entre salle de classe et exploitation, cette nouvelle forme d'apprentissage sent l’herbe des alpages et l’avenir.
Au pied du château de Reinach, adossé à la montagne de l'Épine, non loin de Chambéry, le domaine de formation agricole s'ouvre sur les monts du Revard et du Nivolet encore enneigés. En contrebas, le printemps a déjà pris ses droits : dans les prairies, les Tarines et les Abondances pâturent au milieu des premières fleurs. Sur ces 42 hectares arborés, rien ne laisse deviner qu'ils abritent à la fois un lycée agricole, une exploitation d'une soixantaine de vaches laitières et un centre de formation agricole pour adultes et apprentis.
Apprendre le métier en conditions réelles
Sur le site, Karima David, professeure en physique et économie, et Céline Planche, formatrice en zootechnie, ouvrent leur salle de classe. Tableau noir, tables alignées, chaises bien rangées : un décor bien familier qui fait remonter des souvenirs. « Rassurez-vous, vous n'aurez pas de contrôle », plaisante Céline Planche, avant de présenter, avec sa collègue, la première promotion sortante d'apprentis en bac pro CGEA - conduite et gestion de l'entreprise agricole - en alternance. « L'objectif est d'avoir le même niveau d'exigence qu'un bac professionnel, mais avec un rythme entre le centre et les exploitations.» Les enseignements - zootechnie, agronomie, gestion, économie - prennent appui sur ce que les apprentis observent en exploitation. Ce rythme d'alternance leur permet de mesurer rapidement la réalité et les exigences de la profession. « C'est un métier passion, on ne compte pas ses heures. Les vaches ne se mettent pas en pause le week-end. Il faut des épaules solides pour les astreintes, poursuit Céline Planche. Au contact des maîtres d’apprentissage, ils découvrent concrètement l'organisation du travail, les contraintes de production et à respecter un cahier des charges en AOP. »
Vocations nées sous l’ombre des grands sapins
À l’entrée, les candidatures ne manquent pas. « On en a besoin, ce sont eux qui nous nourrissent, c'est pour ça que nous proposons ce bac en alternance, pour permettre à chacun de se former au métier d'agriculteur. Un bac professionnel classique demande tout de même un certain niveau dans les matières générales », explique Karima David. Et le métier attire de plus en plus : 70 % des secondes ne sont pas fils ou filles directs d’agriculteurs. « On a toujours un lien avec l'agriculture, un voisin, un oncle, un séjour en vacances. Il suffit de peu pour attraper le virus, dit-elle avec le sourire aux lèvres. Par exemple, nous avons un jeune de l’hyper-centre de Chambéry qui vit en appartement avec sa mère. Un vrai citadin ! Et pourtant, il ne se voit faire que ça », raconte-t-elle. Les filles affluent aussi. Tous convoitent ce Bac niveau 4, sésame des aides à l’installation. « A 16-17 ans, c'est trop jeune pour s'installer à son compte, là, ils prennent le temps et vont se tourner aussi vers des GAEC, on leur montre toutes les possibilités qui s'offrent à eux », précise-t-elle. Céline Planche alerte sur un point que peu connaissent, « un diplôme, c'est bien apprendre son futur métier, obtenir la reconnaissance de ses pairs, mais surtout d'obtenir des aides de financement. C'est une subvention dont on ne peut pas se permettre de passer à côté. Les temps sont durs, tout coup de pouce est bon à prendre ».
L’agriculture de montagne : entre contraintes et valorisation
En Savoie, l’agriculture de montagne s'appuie largement sur des filières sous appellation, comme le Beaufort. Derrière cette valorisation, les contraintes restent fortes : des troupeaux autour de 30 vaches laitières en zone Beaufort, loin des structures de plaine où le nombre de vaches avoisine les 110, des bâtiments limités par le dénivelé et des pratiques encadrées par des cahiers des charges stricts. « Ce qui maintient nos fermes, ce sont ces contraintes qui valorisent le terroir. Ce sont les qualités de nos produits qui ont permis de maintenir notre agriculture de montagne », souligne Céline Planche. Les AOP attirent les agriculteurs et offrent un meilleur revenu. « Le prix du lait est payé 400 € les 1 000 litres pour la fabrication du Beaufort, contre 2 centimes en surproduction hors cahier des charges », précise-t-elle. Mais cet équilibre, construit sur la valorisation des produits, reste fragile face au réchauffement climatique, qui impacte particulièrement les territoires de montagne. « Nos élèves doivent apprendre à gérer les ressources en eau, à utiliser des végétaux résilients ou encore à anticiper le stress des animaux pendant les canicules. On intègre l’agroécologie dans toutes nos matières, autant en économie qu'en zootechnie. »
L’agriculture de montagne face à ses équilibres incertains
Les alpages savoyards imposent leurs règles : des pentes qui freinent les tracteurs, un foncier rare, des étés où l’herbe jaunit avant l’heure. Les filières sous appellation structurent les exploitations dans ce décor resserré. À Reinach, l’alternance en bac pro agriculture permet aux apprentis d'appréhender ces réalités, la tête dans les alpages.


