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Vendredi 16/01/2026
Et si l’ananas s’implantait dans le Sud de la France ?
Le CTIFL n’est plus qu’à quelques mois de récolter les premiers ananas métropolitains dans une station d’expérimentation du Gard. Dans un contexte de changement climatique, cette culture pourrait représenter à terme une diversification pour les maraîchers. Si la faisabilité agronomique est en bonne voie, la rentabilité économique reste un échelon non négligeable à valider.
En octobre 2024, le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) de Balandran, dans le Gard, a lancé un projet un peu fou : cultiver de l’ananas, une culture exotique, en serre ou sous abri froid, dans le Sud de la France. Un an et demi plus tard, ce qui semblait invraisemblable se mue doucement en réalité. Sur les plants bien développés, les premières inflorescences apparaissent. « Nous espérons une récolte à la fin de l'été 2026 ou durant l’automne en serre », estime Amandine Boubennec, ingénieure au CTIFL, lors de la présentation du projet à l’occasion du Sival, qui s’est tenu du 13 au 15 janvier à Angers. Un premier résultat positif donc, mais qui doit être nuancé. Le CTIFL aura mis 24 mois pour obtenir des ananas, soit un itinéraire deux fois plus long que celui réalisé dans le département de la Réunion pour cette culture.
S’adapter au climat métropolitain
La chercheuse explique que l’ambition de cultiver de l’ananas en métropole a été poussée par le comité professionnel du CTIFL. Une décision en lien avec l’enjeu d’auto-approvisionnement alimentaire, mais aussi avec « le changement climatique dont les nouvelles conditions permettraient d’introduire des espèces exotiques », détaille-t-elle. Le principal objectif était donc de vérifier la compatibilité de cette espèce végétale avec les conditions climatiques actuelles dans le Sud de la France. Premier constat, la température ne semble pas être rédhibitoire. « Au début du mois de janvier, nous avons enregistré jusqu’à -2°C sous abri froid la nuit. Nous avions quand même protégé les plants avec du P17, mais nous n’avons pas recensé de dégât. Peut-être qu’il y aurait eu plus de préjudice si les plants avaient été en fleurs ? », s’interroge-t-elle.
Le manque de lumière en hiver semble être plus problématique. En effet, en septembre 2025, les plants sous abri-froid, qui recevaient potentiellement moins de lumière que ceux sous serre, enregistraient un retard de croissance. À l'inverse, durant l’été précédent, ce sont les plants sous serre qui avaient pris du retard, sans doute du fait de l’effet « cocotte-minute » de ces structures sous lesquelles la température monte rapidement l’été.
Encore des paramètres à étudier
Dans cet essai, le CTIFL a réalisé des essais sur trois variétés, sans noter de différence particulière jusqu’à présent. La culture d’ananas a également la particularité de recourir à un traitement d’induction florale (TIF) pour assurer une arrivée à maturité homogène des fruits. Pour cette pratique, quatre modalités ont été testées : un témoin sans TIF, un traitement automnal, un traitement à venir au printemps et une modalité dite de « référence » lorsque la deuxième plus grosse feuille a atteint un poids seuil, comme cela est fait à la Réunion. Les différences entre ces modalités seront à étudier lors de la récolte.
Une culture économiquement viable ?
Une fois la validation de l’itinéraire technique finalisée, la faisabilité économique sera également étudiée. « Pour l’instant, nous avons très peu de charges », confie Amandine Boubennec. En effet, les ananas ne sont pas éclairés, très peu chauffés et la situation sanitaire saine n’a pas nécessité de traitement. Seule l’acquisition des vitroplants a représenté un coût, mais qui pourrait être réduit à l’avenir en utilisant les nombreux rejets de la culture en place. Reste à prendre en compte l’immobilisation d’un abri-froid, ou plus important, d’une serre en verre, pendant 24 mois. « On pourrait imaginer des cultures dans des abris obsolètes qui ne conviendraient plus à la culture de la tomate, par exemple », évoque la chercheuse. La transposition de la culture dans d’autres régions françaises pose également la question du coût du chauffage et de l’éclairage.
L’acclimatation, une étape cléUne fois les vitroplants d’ananas reçus, le CTIFL les a soumis à une période d'acclimatation de plusieurs mois en petits godets avec une hygrométrie et une chaleur importante pour assurer leur reprise. « Nous avons été surpris positivement, avec un taux de reprise de 99 % », indique la chercheuse. Cette étape pourrait néanmoins représenter un frein au développement de la culture, car elle représente une technicité et un matériel qui peuvent sembler complexes à mettre en œuvre par les exploitations maraîchères métropolitaines. |
