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Lundi 08/06/2026

La meunerie française, un colosse aux pieds de farine

Publié par Pleinchamp

Soumise à une pression concurrentielle croissante, la meunerie française voit son déficit commercial se creuser au fil des ans. L’Association nationale de la meunerie française (ANMF) attend les pouvoirs publics au tournant des Conférences de la souveraineté alimentaire.

En 2024, 27% des entreprises françaises de meunerie affichaient un résultat courant avant impôts déficitaire. Ce n’est pas l’Association nationale de la meunerie française (ANMF) qui l’affirme mais la Banque de France qui s’est livrée à une analyse de la situation économique du secteur entre les années 2018 et 2024, publiée en début d’année. 2024 n’a rien d’exceptionnel ou d’accidentel puisque le taux d’entreprise déficitaires pointait à 41% en 2022 ou encore 20% en 2019. La faute au taux de marge. « Malgré l’augmentation du chiffre d’affaires sur les trois dernières années [2022, 2023, 2024], la rentabilité des entreprises de la meunerie reste faible du fait d’un niveau de charges élevé et des prix de vente qui ne suivent pas. Il en résulte un taux de marge nette qui dépasse à peine 1% sur six des sept dernières années », notait la Banque de France.

1 paquet sur 10 importé

En 2025, les meuniers français ont produit près de 4 millions de tonnes de farine à partir de de blé 100% français, plaçant l’Hexagone au deuxième plan européen, derrière l’Allemagne. Mais le premier producteur de blé tendre en Europe qu’est la France ne satisfait pas sa propre consommation intérieure de farine.

Bilan des échanges de farine (Source : ANMF)
Bilan des échanges de farine (Source : ANMF)

En 2025, les échanges commerciaux font état d’importations à hauteur de 204.000 tonnes contre 420.000 tonnes importées, dont 80% en provenance d’Allemagne et de Belgique, soit un déficit de 216.000 tonnes, équivalent à 11% de la consommation nationale, et qui tend à se creuser au fil des ans. « Une évolution qui interroge directement la capacité de la France à préserver sa compétitivité dans le marché européen, voire mondial », alerte dans un communiqué l’ANMF, qui fédère 161 entreprises représentatives de 94% de la production. « La rentabilité du secteur demeure deux fois inférieure à celle de l’ensemble des industries agroalimentaires, fragilisant durablement les capacités d’investissement de la filière ». Selon l’ANMF, le taux de résultat courant avant impôt de la meunerie s’est situé de 2018 à 2024 entre -0,8% et +2,3% du chiffres d’affaires, contre +3,7% et +4,5% dans l’industrie agro-alimentaire.

Pour Jean-François Loiseau, président de l’ANMF, « la reconquête de notre compétitivité est essentielle. Elle passe par une énergie électrique accessible, un arrêt de l’inflation réglementaire, une simplification des démarches administratives qui pèsent sur les entreprises qui souhaitent investir et se développer, et un accompagnement des entreprises qui exportent et s’engagent dans la décarbonation. Les Conférences de la souveraineté doivent être l’occasion de libérer les énergies ».

Lancées à Rungis le 8 décembre dernier par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard dans le cadre du Grand réveil alimentaire, les Conférences de la souveraineté alimentaire doivent déboucher, d’ici peu, sur l’élaboration d’un Plan national de production et de transformation à 10 ans pour 7 principales filières (ruminants et chevaux, viandes blanches, grandes cultures, viticulture, productions végétales spécialisées, fruits et légumes, pêche et aquaculture).