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Mercredi 08/07/2026
La tomate cerise marocaine mise aussi sur la qualité, la filière française riposte
Difficile de ne pas les voir dans les linéaires français. Reconnaissables à leur barquette estampillée du prix 0,99 € bien mis en évidence, les tomates cerises marocaines sont régulièrement pointées du doigt par nos agriculteurs, pour leur compétitivité. Mais les opérateurs marocains défendent désormais d’autres arguments que le prix. Certification, environnement, conditions sociales : la filière veut montrer qu’elle évolue. En face, la filière française mise sur l’origine et la qualité pour se différencier.
L'entreprise Azula, poids lourd marocain de la tomate cerise, est devenue une habituée des grandes surfaces françaises. Des tomates cerises disponibles toute l’année, prix attractif, volumes importants : le modèle s’est progressivement installé dans les habitudes des consommateurs. Le groupe familial, qui produit au Maroc et commercialise ses tomates dans plusieurs pays européens, représente à lui seul près d’un tiers des tomates cerises vendues en France (source : La Tribune). Cette présence s’appuie notamment sur un lien fort avec la grande distribution. « Sans elle, nous n’aurions pas autant développé le marché de la tomate cerise », explique Abir Lemseffet, directrice générale adjointe d’Azura. Mais alors que les producteurs français dénoncent régulièrement une concurrence difficile à soutenir, l’entreprise marocaine cherche aujourd’hui à déplacer le débat.
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« Nous n’utilisons aucun intrant agricole interdit en France »
Azura met désormais en avant ses engagements environnementaux et sociaux. Le groupe vient notamment d’obtenir la certification B Corp pour son activité agricole, après plusieurs années d’évaluation. « B Corp est une certification à la renommée internationale dans divers domaines, qui reconnaît les bonnes pratiques des entreprises en termes d’impact social, sociétal et environnemental, et dessine un chemin de progrès et de transformation au cœur de leur modèle d’affaires. » pouvons-nous lire sur le site du Label. Une reconnaissance particulièrement valorisante pour l'entreprise marocaine. « Nous n’utilisons aucun intrant agricole interdit en France », insiste Abir Lemseffet. Elle rappelle également que les conditions climatiques marocaines permettent de produire sous serre sans chauffage, grâce aux températures et à l’ensoleillement. Sur le volet social, souvent au cœur des critiques, Azura défend également son modèle. Alors que le salaire minimum agricole marocain est d’environ 235 euros par mois, Abir Lemseffet indique que leurs ouvriers de la tomate chez eux perçoivent plutôt entre 500 et 600 euros (source : Les Échos). La dirigeante rejette ainsi l’idée d’une opposition frontale entre les deux origines. Selon elle, les tomates françaises et marocaines peuvent coexister, avec des offres complémentaires répondant à des attentes différentes.
La « tomate souveraine » pour reconquérir du terrain
Côté français, la réponse passe d’abord par une meilleure présence en rayon. C’est l’ambition de la « tomate souveraine » : proposer une tomate cerise française, clairement identifiable, avec un format et un prix capables de rivaliser davantage avec les produits importés. La démarche ne correspond pas à un nouveau label. L’objectif est plutôt de replacer une offre française accessible sur un segment où les tomates marocaines ont fortement progressé ces dernières années. Selon Olivier Dauvers, journaliste spécialisée dans la consommation, plusieurs enseignes ont accepté de jouer le jeu : Leclerc, Carrefour, Casino etc. Par exemple, Auchan a notamment généralisé son implantation dans ses magasins, avec une barquette proposée à 1,29 euro les 250 grammes.
Le Label Rouge joue une autre carte
Autre levier pour la filière française : la différenciation par la qualité. La tomate Label Rouge, portée par l’Association interprofessionnelle des fruits et légumes du Lot-et-Garonne (AIFLG), entame sa troisième saison. Après 169 tonnes produites en 2025, l’objectif est d’atteindre 250 tonnes. Douze producteurs, principalement implantés dans le Sud-Ouest, participent aujourd’hui à cette démarche. Vendues notamment sous la marque Rougeline et en marques de distributeurs, ces tomates misent sur le goût, la traçabilité et l’origine française. Ce positionnement se traduit aussi dans le prix, attendu entre 20 et 25 % au-dessus d’une tomate standard (source : WikiAgri).
Prix, origine, qualité : la bataille continue
La concurrence entre tomates françaises et marocaines n’est donc plus seulement une question de coût de production. Si le prix reste un argument majeur dans les rayons, les deux filières cherchent aussi à convaincre sur leurs pratiques et leur valeur ajoutée. Mais est-ce que le consommateur suivra la démarche française et payera un peu plus cher ses tomates ?