Labels et signes de qualité : à boire et à manger, selon deux études

L’UFC Que choisir déplore l’absence de garantie de typicité et de qualité de certaines AOP fromagères et de certains Labels rouges. Greenpeace France, WWF France et Basic dénoncent les sur-promesses de démarches alimentaires aux plans socio-économique et environnemental. Ces organisations somment l’État d’agir.

La fabrication d’un produit est faite selon un savoir-faire reconnu dans une même zone géographique. Ce lien au terroir donne ses caractéristiques au produit. Telle est la promesse d’une AOP. Un produit qui garantit une qualité supérieure de par la race, l’alimentation, le parcours extérieur et l’âge d’abattage : telle est celle d’un Label rouge. Avec la contribution de l’Inrae, l’UFC-Que Choisir a réalisé une analyse critique portant sur 8 AOP fromagères et sur 12 viandes Label rouge. « À rebours des promesses de terroir pour l’AOP et de qualité supérieure pour le Label Rouge, les résultats révèlent en réalité qu’une proportion significative des produits étudiés ne devraient pas bénéficier des labellisations officielles », tranche l’association de consommateurs, qui incrimine le système de certification. « L’INAO ne peut contraindre les professionnels à faire évoluer les cahiers des charges de leurs produits. Au sein de l’INAO, les comités chargés de l’examen des cahiers des charges comptent une écrasante majorité de professionnels au détriment des représentants de l’administration et des consommateurs ». Les organismes certificateurs en prennent aussi pour leur compte. « La quasi-totalité des contrôles pour vérifier la conformité des produits est déléguée à des organismes de contrôle très liés aux professionnels de la filière », écrit l'UFC-Que choisir.

Fromages AOP : le terroir en défaut pour le St Nectaire, le Cantal et le Munster

Selon l’UFC-Que choisir, les cahiers des charges étudiés permettent de garantir un réel lien au terroir grâce aux exigences que les professionnels ont définies pour cinq des AOP étudiées à savoir : Abondance, Camembert de Normandie, Laguiole, Picodon et Salers. « En revanche, pour les trois AOP, Saint Nectaire, Cantal et Munster, les produits d’entrée de gamme sont trop peu différents des productions fromagères industrielles et ne devraient pas logiquement pouvoir bénéficier de l’appellation.  En particulier, leurs cahiers des charges autorisent le lait pasteurisé et l’ensilage et manquent d’exigences formelles sur les races de vaches ».

Sur 8 AOP fromagères, 3 AOP ne garantissent pas des conditions de production traditionnelles et une réelle typicité (Source : UFC-Que choisir)

Viandes Label Rouge : la qualité supérieure absente pour le porc

La seconde analyse de l’UFC-Que choisir porte sur 12 viandes Label rouge de poulet (Poulet de Loué, Poulet des Landes, Poulet fermier du Gers), de porc (Porc Opale, Porc fermier de la Sarthe, Porc fermier du Sud-Ouest), de bœuf (Bœuf fermier d’Aubrac, Bœuf Charolais du Bourbonnais, Bœuf de race Parthenaise) et de veau (Veau d’Aveyron et du Ségala, Veau fermier sous la mère, Veau des Monts du Velay-Forez).

Les poulets Label Rouge montrent le plus de différence par rapport au conventionnel : accès à l’extérieur garanti dans tous les cas, nombre de jours avant abattage a minima deux fois supérieur, races à croissance lente et alimentation au grain. Le veau Label rouge est épinglé pour l’accès au parcours extérieur, relatif sur toute la durée de vie de l’animal. Pour le porc Label rouge, « la différenciation est très faible. Pour les productions qui s’en tiennent aux conditions de production minimales de la notice, le label ne se justifie pas », juge l’association.

Les poulets Label Rouge montrent le plus de différence par rapport au conventionnel (Source : UFC-Que choisir)

La durabilité, parent pauvre des labels alimentaires

De leur côté, Greenpeace France, WWF France et Basic (Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne) ont réalisé une étude pour évaluer la durabilité de onze démarches alimentaires (labels, certifications, etc.) à l’aide d’une grille d’analyse systémique, comprenant sept problématiques environnementales (impacts sur le climat, la biodiversité…) et sept problématiques socio-économiques (conditions de travail, impact sur la santé humaine…).

Résultats ? Les démarches partageant le socle de l’agriculture biologique (AB, Bio Équitable en France, Demeter, Nature & Progrès) obtiennent les bénéfices socio-économiques et environnementaux les plus forts et les plus avérés du fait de leurs impacts positifs notamment sur la santé humaine, la qualité des sols, les ressources en eau, la biodiversité, ou le bien-être animal. A l’inverse, les démarches partageant le socle de la certification environnementale (Agri Confiance, Zéro Résidus de Pesticides, HVE), ont les effets positifs les plus faibles et les moins avérés des démarches étudiées. Enfin, pour ce qui est des démarches définies par filière (Bleu-Blanc-Cœur, Label Rouge, AOP, C’est qui le Patron ?), l’étude relève que certaines démarches ont un grand nombre d’impacts positifs tant sur les critères environnementaux que socio-économiques. D’autres sont plus en retrait et demandent à être alignés sur les mieux disant. Au final, « il est alors difficile pour le consommateur de faire un choix raisonné ».

Durabilité comparée des démarches apparentées à l’AB et à la HVE (Source : UFC-Que choisir)

Les requêtes des associations 

Forts de leurs études et à l’heure où les politiques publiques s’apprêtent à renforcer le soutien financier  aux labels et démarches (Egalim et la restauration collective le 1er janvier 2022, HVE et la Pac 2023-2027), UFC Que choisir, Greenpeace France, WWF France et Basic enjoignent l’État à conditionner le soutien public aux impacts des démarches et non à leurs intentions affichées, tout en accompagnant les démarches d’amélioration. Elles demandent notamment la suspension du soutien à la HVE tant que le référentiel n’a pas été révisé, l’intégration de critères de durabilité environnementale et socio-économique dans les démarches faisant l’objet de valorisation publique. Elles demandent également une révision de la gouvernance des signes officiels (études d’impacts publiques, exigence des contrôles, etc.) en élargissant la représentation de la société civile dans l’élaboration et la gestion des labels. Elles estiment enfin que leurs études devraient nourrir le futur affichage environnemental, en cours d’expérimentation.