Maintenir le lien entre villes et campagne sans faire salon : une moisson d’initiatives - Pleinchamp

Maintenir le lien entre villes et campagne sans faire salon : une moisson d’initiatives

L’annulation du salon de l’Agriculture laisse place cette année à une multitude d’initiatives visant à maintenir le lien entre ville et campagne : des fermes ouvertes, un concours général décentralisé, une mise en avant de l’agriculture dans les médias ou encore un site permettant de mettre en relation agriculteurs et citoyens.

Rétablir des échanges sincères entre les citoyens et les agriculteurs : tel est le crédo du collectif « Ici la terre », qui lance ce 22 février - jour où s’était ouvert le salon de l’Agriculture en 2020 -  l’opération « Un agriculteur dans votre répertoire téléphonique ». « Toute personne qui se soucie et qui s’interroge sur des questions agricoles se doit d’avoir dans son répertoire le contact direct d’un professionnel agricole pour échanger avec lui », explique Jérôme Regnault, céréalier dans les Yvelines et co-fondateur d’« Ici la terre ». Le fonctionnement est simple : le citoyen laisse ses coordonnées sur le site https://collectif-icilaterre.fr/ et sera ensuite recontacté par un agriculteur avec qui il pourra échanger en direct. Tout agriculteur souhaitant participer à cette opération peut se faire connaître via le site ou les réseaux sociaux.

La démarche s’inscrit dans la continuité du numéro vert (0805 382 382), lancé en septembre 2019 par ce même collectif, permettant à quiconque se posant des questions sur l'agriculture de pouvoir discuter directement avec un agriculteur. Depuis le lancement, plus de 900 appels ont été réceptionnés et une petite centaine d’agriculteurs se prêtent à y répondre. Dans ce même objectif de dialogue, le collectif « Ici la terre » avait organisé lors du dernier salon de l’Agriculture un « speed dating » entre visiteurs et agriculteurs. « On a pu mesurer le fait que les gens s’attachent à une image d’Epinal d’une agriculture dont ils ont des souvenirs lointains. Pourtant, ils ont le sentiment de pouvoir intervenir et donner des leçons sur notre profession », constate Jérôme Regnault.

Maintenir le lien sans ce salon qui capte chaque année quelques 600 000 visiteurs aux portes de Paris : le défi engendre une myriade d’initiatives. Dans les médias, déjà : du 23 février au 7 mars, France Télévisions ouvre ses antennes au monde rural : documentaires, débats, portraits, reportages, fictions, divertissements... Le coup d’envoi sera donné mardi 23 février à 21h05 sur France 2 avec le documentaire « Nous paysans » – avec la voix de Guillaume Canet –, qui revient sur un siècle d’agriculture.

Sur le terrain, ensuite : du 27 février au 7 mars, la Confédération paysanne organise son « Salon à la ferme », sous forme de fermes ouvertes sur tout le territoire national. Parmi les 200 fermes qui ouvriront leurs portes, une vingtaine seront consacrées à l’accueil des politiques, où la Confédération paysanne espère recevoir des élus et des membres du gouvernement afin d'aborder des thèmes cruciaux pour l'avenir de la profession, comme l'enseignement agricole, la prochaine PAC ou les accords de libre-échange.

Même opération au Modef, qui organise une tournée de fermes ouvertes dans 22 départements avec conférences, visites d’exploitations et repas paysans « dans le but de promouvoir l’exploitation familiale », du 27 février au 23 avril.

La Coordination rurale a elle choisi de se rendre à Paris le 4 mars, pour une manifestation qui vise à dénoncer « le malaise agricole ». « L'idée, c'est de dénoncer les fermes qui ferment, pas de faire des fermes ouvertes », indique une porte-parole du syndicat, qui souhaite « parler des choses qui fâchent ».

A l'inverse, la FNSEA entend en premier lieu « valoriser les initiatives, communiquer de manière positive », via les grands médias nationaux. Le syndicat contribuera également à l'organisation du concours général agricole, maintenu dans une version éclatée dans le cadre d'une « Semaine de l'agriculture française », planifiée du 13 au 24 mai par les organisateurs du salon de l'Agriculture, en compensation. Le concours général sera organisé dans quatre villes : Châlons-en-Champagne, Tours, Angoulême et Montpellier accueilleront ainsi cette institution, qui a fêté l'an dernier ses 150 ans. Pour des raisons sanitaires, seuls les produits seront primés, il n'y aura pas les traditionnels défilés d’animaux.

Sous la bannière « Aimez la viande et ceux qui la font », des rencontres « Made in viande » (6e édition) sont organisées du 24 au 30 mai. Au programme (encore maigre) : fermes ouvertes, visite du marché aux bestiaux de Laissac (Aveyron) ou encore présentation par des bouchers de leur savoir-faire.

Des portes ouvertes jusqu'en juin

De là, les Français pourront enchaîner les 18, 19 et 20 juin avec les premières « journées nationales de l'agriculture », organisées notamment par l'association Agridemain. Une manifestation qui ambitionne d'accueillir sur trois jours 500 000 Français dans 5000 sites agricoles ou agroalimentaires en France. « Ce que nous voulons, ce sont des journées (...) de rencontres où les Français vont découvrir le cœur de la machine agricole, en allant dans les exploitations, dans les industries agroalimentaires, dans une usine de tracteurs », a déclaré lors d'une conférence de presse Gilles Maréchal, directeur de ce réseau de 300 agriculteurs-ambassadeurs.

Avant peut-être le prochain salon ? « On a commencé à le préparer mais il y a un an on avait aussi commencé à préparer celui de 2021... On espère que le vaccin couvrira la population, mais rien n'est sûr dans cette affaire, donc nous attendons », fait savoir Jean-Luc Poulain, le président du salon.