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Mercredi 09/09/2026

Malgré la sécheresse qui frappe toutes les filières, la clémentine corse résiste

Publié par Pleinchamp

Elle a beau porter fièrement son « petit cul vert », la clémentine de Corse n'échappe pas aux tourments du moment. Comme l'ensemble de l'agriculture française, la filière insulaire scrute le ciel et guette la pluie. Pourtant, à quelques semaines du lancement de la campagne 2026, le moral est plutôt bon. Après une année 2025 en demi-teinte, les premiers signaux relevés début septembre laissent entrevoir un joli rebond.

C'est peut-être la meilleure nouvelle de cette rentrée. Après une campagne 2025 plutôt décevante — la production avait chuté d'environ 23 % sur un an, à quelque 36 000 tonnes, loin des 48 600 tonnes récoltées en 2024 —, la filière espère renouer avec des volumes plus généreux. Selon Jean-Paul Mancel, président de l'APRODEC, (Association pour la promotion et la défense de la clémentine de Corsec) cité par FreshPlaza le lundi 7 septembre, 36 000 à 37 000 tonnes pourraient être expédiées cette année, un retour aux niveaux d'il y a deux ans. Et le calibre des fruits, lui aussi, s'annonce au rendez-vous. Des perspective qui réjouit Jean-Paul Mancel. Mais reste une inconnue de taille : le goût. Il faudra encore patienter une quinzaine de jours, le temps que les clémentines grossissent, avant de lancer les premières analyses de sucre et d'acidité. La clémentine insulaire reste une capricieuse : d'une année sur l'autre, les volumes peuvent varier du simple au double. Il faut dire que la Corse cultive ses agrumes à la limite nord de leur zone de confort, là où le moindre coup de vent ou de gel peut tout faire basculer.

Une récolte en avance sur son calendrier

Cet été, la canicule aura tenu les vergers en haleine. Mais l'agrume, habitué aux fortes chaleurs, a plutôt bien encaissé. Mieux : la douceur pourrait offrir aux producteurs une longueur d'avance. Les variétés primeurs, comme la Caffin, devraient être cueillies dès la première semaine d'octobre, avec près d'une semaine d'avance sur le calendrier habituel, indique FreshPlaza. De quoi arriver plus tôt sur les étals, en même temps que d'autres origines, un atout commercial que la filière ne boude pas. La campagne, elle, s'étirera comme chaque année de fin octobre à fin décembre.

Voir aussi : [Édito] Sécheresse, récoltes en baisse, import qui guette, un milliard jugé insuffisant par la profession

L'eau, l'épée de Damoclès

Voilà le vrai sujet d'inquiétude. Si les arbres ont tenu bon face à la chaleur, c'est la ressource en eau qui fait aujourd'hui figure de menace, sur l'île comme partout ailleurs en France. Les producteurs corses vivent déjà au rythme des restrictions et, faute de pluie d'ici la fin du mois de septembre, la filière redoute de se retrouver à sec au pire moment, confie Jean-Paul Mancel Un refrain que le président de l'APRODEC connaît bien : dès 2024, il rappelait que la Corse avait « une carte à jouer avec le changement climatique »… à condition d'avoir de l'eau.

Un intrus venu d'Asie

Comme si la sécheresse ne suffisait pas, la chaleur amène aussi son lot de nouveaux ravageurs. Le dernier en date : la cigale à ailes brunes (Pochazia shantungensis), un insecte originaire d'Asie que la filière surveille de près. Ses larves se gavent de la sève des agrumes, et ses femelles pondent dans les jeunes rameaux, avec à la clé des risques pour le rendement comme pour la qualité. Le problème, c'est qu'on ne sait pas encore comment la combattre. Trouver un auxiliaire de lutte biologique adapté demande deux à trois ans, rappelle Jean-Paul Mancel dans FreshPlaza. Autant dire qu'il va falloir s'armer de patience.

Bientôt vingt ans d'IGP

Derrière ces aléas, il y a une filière solide et bien organisée. Cueillie à la main, la clémentine de Corse, c'est aujourd'hui 705 000 arbres sur 1 690 hectares, quelque 2 000 emplois et 215 producteurs, pour une moyenne de 31 700 tonnes commercialisées sous IGP. Quasi-unique clémentine française, elle est reconnue par une indication géographique protégée depuis 2007 — qui soufflera ses vingt bougies en 2027 — et certifiée Label Rouge depuis 2014. Derrière ce label, un cahier des charges intransigeant : un calibre de 46 à 68 mm, une couleur naturelle sans activateur, jusqu'à un cinquième de peau verte tolérée, pas de pépins et au moins 42 % de jus. De quoi cultiver sa différence, envers et contre la météo.