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Lundi 23/02/2026

Patrick Soury : « Les éleveurs d’ovins allaitants doivent réinvestir dans le conseil »

[SIA 2026] Le président de la section ovine d’Interbev estime qu’une partie de la chute de production d’agneaux est imputable au défaut d’accompagnement technique des éleveurs. Et de prôner une « révolution » qui passe aussi par la revalorisation du métier de conseiller, alors que de nouvelles menaces, commerciales et sanitaires, planent.

« En trois ans, on a perdu 800.000 agneaux » alerte Patrick Soury. Et pour président de la section ovine d’Interbev, sans dénier l’incidence des aléas climatiques, pesant sur les ressources fourragères, plus encore les impacts de la FCO en terme de mortalité et de fertilité, un troisième facteur explique la baisse des abattages d’agneaux : l’accompagnement technique des éleveurs. Ou plus exactement le défaut d’accompagnement technique. « L’ambition que l’on porte pour le renouvellement des générations, nous devons la dupliquer sur le conseil ».

Pour un « plan de progrès »

Dans le paysage agricole, toutes filières confondues, la filière ovine se distingue en effet en terme de renouvellement des générations, avec une installation pour un départ, même si les nouveaux installés démarrent leur activité avec des troupes plus petites que leurs cédants. « S’installer avec une troupe moindre, c’est plutôt positif pour pouvoir se faire la main, souligne Patrick Soury. Mais comme on les amène à avoir 50 ou 100 brebis de plus, comment on les accompagne pour améliorer leurs performances aux plans génétique, sanitaire, fourrager, humain, sans oublier le sujet des bâtiments et des coûts de production » ? Le responsable professionnel plaide pour la mise en œuvre d’un « plan de progrès » décliné dans chaque exploitation, et pas seulement chez les nouveaux installés, co-construit avec l’éleveur, intégrant les facteurs limitants de l’exploitation et balisé par des objectifs chiffrés.

Une double révolution

Le modèle est tout trouvé, c’est celui de la filière ovine laitière, où la culture du conseil est davantage ancrée. « En élevage allaitant, on est dans une sorte de ventre mou, analyse Patrick Soury. Les éleveurs paient peu mais c’est toujours trop dans la mesure où cela leur rapporte peu. Ils doivent réinvestir dans le conseil, c’est une petite révolution ». Une révolution qui en appelle une autre et consistant à mobiliser, et à rémunérer à leur juste valeur, des techniciens idoines et capables de convaincre les éleveurs d’investir dans une prestation.

Patrick Soury souhaiterait activer ce « plan de progrès » dès 2026, en bénéficiant si possible d’un soutien des pouvoirs publics, au moins pour la phase d’amorçage et en posant les premiers jalons dans les différents bassins de production avant d’essaimer plus largement, sachant que le temps de réponse des ajustements technico-économiques réclame plus temps en viande qu’en lait.

De nouvelles menaces

Patrick Soury estime cette révolution d’autant cruciale et nécessaire que des nouvelles menaces se font jour, à commencer par le projet d’accord commercial entre l’UE et l’Australie, qui pourrait voir 20.000 tec être affranchie de droits de douane, contre 5000 tec aujourd’hui. « A l’inverse de la Nouvelle-Zélande, qui honore 50% de son contingent, l’Australie exploitera la sien à 100% » prédit le responsable professionnel qui point également un risque de catégorisation flottante entre ovin et mouton, potentiellement porteuse d’un risque de déstabilisation des consommateurs.

Côté sanitaire, Patrick Soury évoque la clavelée, une maladie virale, mortelle et à éradication obligatoire, qui frappe plusieurs pays européens, dont la Grèce qui concentre près de 90% des cas selon la plateforme d’épidémiosurveillance européenne (ESA), aux côtés de la Roumanie et de la Bulgarie. Et de réclamer de « l’anticipation » de la part des pouvoirs publics, aux plan national et européen.