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Mardi 24/03/2026
Pistaches : l'arrêt des exportations iraniennes va-t-il faire grimper les prix en France ?
L'interruption des échanges de fruits et légumes en provenance d’Iran pourrait aussi avoir des conséquences sur un produit bien particulier : la pistache. Le pays est l’un des principaux fournisseurs du marché européen. Les consommateurs français doivent-ils s'attendre à une hausse des prix dans les semaines ou les mois à venir ?
L’Union européenne a importé des pistaches décortiquées iraniennes pour plus de 112 millions d’euros l’an dernier, auxquels s’ajoutent 6,7 millions d’euros pour les pistaches en coque. À elles seules, elles concentrent près de la moitié des importations agroalimentaires européennes en provenance d’Iran. Pour autant, l'arrêt des exportations de fruits et légumes de Téhéran, ne signifie pas automatiquement que les rayons français vont se vider. Le marché européen de la pistache est déjà fortement approvisionné par les États-Unis, qui restent de loin le principal fournisseur de fruits à coque de l’Union européenne. En 2024, les exportations américaines de pistaches vers le continent ont atteint près de 977 millions de dollars. Le marché s’appuie donc déjà largement sur cette offre jugée régulière et fiable.
Forte demande mondiale et volatilité : des prix à la hausse ?
Pas de pénurie en vue, mais un marché qui peut vite se tendre. Si l’offre iranienne disparaît durablement, les acheteurs européens n'auront guère d'autre choix que de se tourner davantage vers les États-Unis, les seuls capables de répondre à la demande à une telle échelle. Or ce basculement peut suffire à faire monter les prix, surtout dans un contexte où la demande mondiale reste dynamique, portée à la fois par le snacking, la transformation agroalimentaire, la restauration et la pâtisserie. Par exemple, la tablette Dubaï Chocolate avait affolé les réseaux sociaux, entraînant un engouement mondial et une tension sur l’offre de la pistache.
La Turquie pourrait, en théorie, jouer un rôle d’ajustement. Elle figure parmi les grands producteurs mondiaux de pistaches. Mais pour la campagne 2025/2026, sa récolte s'annonce en forte baisse selon le rapport de l’USDA en raison de conditions climatiques défavorables. Surtout, une large part de la production est absorbée par le marché intérieur. La Turquie est en passe de dépasser l’Iran comme deuxième fournisseur de l’Union européenne pour la pistache, mais sans détrôner la domination américaine. Pour cette année, Istamboul ne pourra pas compenser la production iranienne.
Pour la France, le risque n’est pas de manquer demain de pistaches, mais de les payer plus cher. Si les importateurs français doivent s’aligner sur un marché européen plus tendu, les hausses pourraient se répercuter, au moins en partie, sur les produits vendus au détail, qu’il s’agisse de pistaches nature, de fruits secs mélangés, de pâtisserie ou de produits transformés. L’effet dépendra surtout de la durée du blocage iranien, de l’état des récoltes concurrentes et de la capacité des opérateurs à sécuriser d’autres origines.
Une demande mondiale en hausse, une filière française encore modeste
À cette tension sur l’offre s’ajoute une demande mondiale de plus en plus soutenue. A titre d’exemple, le Maroc importe chaque année davantage de pistaches, en raison du changement de régime alimentaire de sa population, par la multiplication des offres de restauration et d’une forte consommation de fruits secs, en particulier pendant le ramadan. En 2025, le Royaume a importé 4 050 tonnes de pistaches, pour une valeur de 33,9 millions de dollars, soit une hausse de plus de 27,5 % par rapport à 2024. Et le Maroc n’est d’ailleurs pas un cas isolé.
Voir aussi : sur la piste des utopistes de la pistache de Provence
En parallèle, des pistachiers sont replantés dans le sud de la France, où la culture avait peu à peu disparu au profit de la vigne. Encore très limitée, - à 500 hectares et 1000 d'ici 2030 - cette relance ne permet pas de couvrir la consommation française. Néanmoins, les pistachiers offre aux agriculteurs une piste de diversification de revenus avec un arbre adapté au climat méditerranéen et aux conditions plus sèches.
Si le blocage iranien se prolonge et si les autres origines ne compensent qu’en partie, les pistaches ne devraient pas disparaître des rayons, mais elles pourraient donc coûter plus cher.