Plan de relance agricole (3/4) : des légumineuses pour tous

Le nouveau Plan protéines vise à endiguer notre déficit structurel en protéines végétales alimentant le bétail. Il soutient dans le même temps la production et la consommation de protéines végétales contribuant à l’adoption de régimes alimentaires équilibrés. Le tout avec un minimum d’impact environnemental. 100 millions d’euros sont sur la table (et à l’auge).

Alors qu’elle est l'un des tout premiers producteurs de bétail en Europe, la France n’a pas à rougir de son bilan protéinique, tout du moins au regard de celui de l’Union européenne. A l’échelle du continent, le déficit de production de protéines végétales s’établit à 65 %, contre 40 % pour la France. Une relative prouesse que notre pays doit notamment à sa production de colza et de tournesol, dont les tourteaux renferment 30% à 35% de protéines.

On est loin du soja, paré de la plus haute teneur protéique (48 %) et qui plus est, d’une qualité inégalée, due à sa richesse en lysine, acide aminé indispensable. En prime, la légumineuse est créditée d’une très bonne digestibilité. Problème : le soja n’est pas dans son assiette sous nos latitudes et la sole reste cantonnée sous les 200.000 ha, mais en progression constante depuis bientôt dix ans. La France n’a pas renoncé à produire davantage de soja. Terres Univia, l’interprofession des huiles et protéines françaises, s’est fixée pour objectif d’atteindre les 250.000 ha en 2025, équivalant à une production de 650.000 t de graines. Cette surface permettrait à la France d’assurer son autonomie en tourteaux de soja non OGM.

Un plan doublement transverse

Nul doute que le Plan de relance et ses 100 millions d’euros dédiés aux protéines végétales, auxquels s’ajoutent des fonds du Programme d’investissements d’avenir (PIA), va encourager la filière dans cette voie. Mais le Plan protéines, baptisé en réalité Stratégie nationale sur les protéines végétales, comme pour mieux conjurer les ex-plans plan-plan, ne se cantonne pas au soja. Mieux : il est totalement et doublement transverse.

D’une part parce qu’il démarre avec des actions de recherche fondamentale et appliquée pour combler le déficit historique de recherche sur les espèces légumineuses, notamment en matière de création variétale et qu’il s’achève avec la recherche de procédés innovants de transformation des protéines pour les valoriser en alimentation humaine, en passant par le soutien aux producteurs et aux organismes stockeurs.

D’autre part parce qu’il cible toute la panoplie d’espèces riches en protéines, qu’il s’agisse des légumineuses fourragères (luzerne, sainfoin, lotier, trèfles blanc et violet), des légumineuses à graines destinées à l’alimentation animale (soja, pois protéagineux, féverole, lupin) et enfin des légumineuses destinées à l’alimentation humaine (haricots, pois chiches, lentilles).

Vertus alimentaires et environnementales

R. Lecocq
Micro-parcelle de pois chiche

Si le Plan a pour trajectoire l’indépendance et l’autonomie protéinique des élevages (sans se fixer d’objectifs ni chiffrés ni datés), il n’élude pas la question de l’évolution des comportements alimentaires, sous l’impulsion des autorités de santé et notamment du Programme national de nutrition santé (PNNS), sinon des consommateurs en quêtes d’alternatives aux protéines animales, qu’ils soient végétariens ou flexitariens.

Dans ce domaine, outre la recherche de nouveaux process évoqués plus haut, le Plan réservera des actions de promotion des produits transformés à base de légumineuses, de formation des cuisiniers et des gestionnaires de restauration collective et comportera un volet éducation à l’alimentation. Exemptes de gluten, les légumes secs renferment entre 22 % et 44 % de protéines selon les espèces, contre 10 à 15 % pour les céréales.

Au plan agronomique, toutes espèces confondues, les légumineuses, grâce aux nodosités qu’elles forment avec des bactéries au niveau des racines, sont capables de fixer l’azote de l’air. Elles sont ainsi dispensées de fertilisation minérale azotée et libèrent, en prime, de l’azote aux cultures suivantes ou associées. Elles participent ainsi à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Elles permettent également de diversifier les assolements et contribuent à une gestion plus durable des différents parasites des cultures.