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Mardi 06/10/2026

[Podcast] Élevage extensif en périurbain : « Un modèle économiquement viable et écologiquement riche »

Publié par Pleinchamp

C'est ce que démontre Véronique Labille, éleveuse de vaches limousines depuis bientôt 20 ans à Brignais, à seulement 13 kilomètres du centre-ville de Lyon. Dans le nouvel épisode de « La Clé des Champs », le podcast qui donne la parole aux agriculteurs, dont Pleinchamp est partenaire, elle revient sur les réalités économiques et environnementales de son système en plein air intégral.

« Les niveaux de rentabilité observés ne traduisent donc pas, à ce stade, un modèle marginal ou non viable, contrairement aux idées reçues », pourrait-on résumer de son témoignage. Avec 120 hectares de prairies naturelles et 60 mères limousines, Véronique Labille prouve qu'il est possible de concilier proximité urbaine, qualité de vie animale et performance économique.

Une génétique qui paie

À fin septembre, les données de sélection génétique du troupeau de Véronique Labille parlent d'elles-mêmes. Ses reproducteurs se vendent entre 4 000 et 6 000 euros, tandis que ses carcasses dépassent régulièrement les 530 kilos, sans recours au maïs ou au soja. « Un signal positif, mais encore récent et fragile », reconnaît-elle, consciente que le modèle extensif demande du temps et de la présence.

Depuis son installation en 2008, après une carrière dans le tourisme, elle a progressivement construit un système fondé sur trois piliers : la sélection génétique rigoureuse (tous ses animaux sont inscrits au Herdbook Limousin depuis 1978), l'autonomie alimentaire (foin et luzerne enrubanée uniquement) et la vente directe (marché hebdomadaire le vendredi).

L'atelier de découpe, une réponse collective

Assez étonnement, c'est en rachetant la ferme d'un éleveur en burn-out qu'elle a trouvé l'outil manquant : un atelier de transformation mutualisé. Depuis huit ans, cette infrastructure accueille une douzaine d'éleveurs qui y découpent leur viande chaque semaine. « Ces décisions dépendront également de la solidarité entre agriculteurs et de l'accès à des outils collectifs », souligne Véronique.

Parallèlement, elle a créé une association pour l'abattage de volailles, où 12 éleveurs de poulets de chair viennent transformer plus de 1 200 à 1 400 volailles chaque lundi matin, aux normes européennes.

Biodiversité et résilience

Les prochains mois permettront de mesurer plus précisément les conséquences des défis climatiques sur ce type de modèle. Mais d'ores et déjà, Véronique Labille observe une richesse écologique remarquable : ses prairies naturelles, occupées par les animaux toute l'année, accueillent des orchidées et une biodiversité bien supérieure aux terres non pâturées.

Lors de la crise de FCO en 2024, son système dispersé sur sept communes a même joué un rôle protecteur. « Le fait d'avoir des lots différents et éparpillés a réparti les risques », explique-t-elle, rappelant que seul un cas a été enregistré dans le département du Rhône grâce à une vaccination rapide et organisée.

Un modèle à suivre ?

Véronique Labille ne prétend pas que son système convient à tous les territoires. « Ça convient à mon secteur », reconnaît-elle, consciente que les sols, le climat et l'altitude jouent un rôle déterminant. Mais elle invite les agriculteurs à questionner leurs pratiques : peut-on vraiment engraisser une vache en trois mois sans perdre en qualité ? Faut-il vraiment du maïs et du soja pour obtenir des carcasses de 530 kilos ?

Ces questions, elle y répond dans l'intégralité de son interview sur « La Clé des Champs ». Un témoignage riche, nuancé, loin des dogmes, qui montre qu'en agriculture, comme ailleurs, la patience et la cohérence finissent par payer.

À écouter sur notre chaîne Podcasts : [Rencontre] Véronique Laby, éleveuse Limousine