Quel avenir pour le biométhane carburant ?

New Holland escompte bien ancrer son T6 Méthane Power dans le paysage agricole et pas seulement chez les agriculteurs méthaniseurs, au sein d’un mix de carburants mêlant à terme gaz vert, électricité, hydrogène mais aussi gazole.

Le tracteur au biométhane est-il réservé aux agriculteurs méthaniseurs ? Est-il aussi performant que le modèle diesel ? Est-il plus cher à l’achat ? Quel est son coût de revient à l’usage ? Que se passe-t-il en cas de panne sèche ? Comment ravitailler au champ ? Quelle est l’autonomie réelle du tracteur ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles fait face Nicolas Morel, dans les allées d’Innov-Agri. Nicolas Morel, c’est le « monsieur carburants alternatifs » chez New Holland. « Je passe une bonne partie de mon temps à répondre aux objections », déclare-t-il, amusé et non sans un certain déplaisir car l’homme a évidemment réponse à toutes les objections. « Le modèle de la station de gazole à la ferme et de la citerne embarquée sur le pick-up est si ancré que la solution au biométhane perturbe et c’est bien légitime ».

Nicolas Morel : « Au printemps dernier, avec un GNR à 1,60€/l TTC, le coût à l’usage du T6 Méthane Power était 30% inférieur à l’équivalent diesel. Aujourd’hui, avec la baisse de prix du GNR, on est encore sur un différentiel de 10% au profit du biométhane »

Plus cher à l’achat, moins à l’usage

Le T6.180 Méthane Power est au catalogue depuis 2021. Comme son homologue diesel, il est doté du moteur NEF 6,7 litres et déploie strictement les mêmes performances, soit une puissance maxi de 180 ch et un couple à 740 Nm. Mais son prix catalogue est 20% plus élevé. « Le surcoût est en grande partie lié à des composants spécifiques au biométhane, qui ont pour partie à voir avec la sécurité, avec notamment de tuyaux en inox et des bouteilles homologuées », indique le spécialiste. Selon New Holland, le différentiel devrait perdurer quand bien même la production de série monterait en puissance.

Pour réduire la surcoût à l’achat, certains agriculteurs ont fait valoir les bénéfices environnementaux pour tenter d’accéder à des aides de collectivités ou encore de l’Ademe, l’Agence de la transition écologique. De son côté, New Holland fait pression sur les pouvoir publics pour tenter de bénéficier de dispositifs fiscaux attribués aux camions. « Dans cet univers, il existe des systèmes de suramortissement à hauteur de 130% ou 160% selon le niveau de puissance », fait savoir Nicolas Morel. Le suramortissement, ça parle aux agriculteurs et à un certain Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie sous le quinquennat de François Hollande.

Coûts et rentabilité comparées du GNR et du biométhane

En attendant cet hypothétique coup de pouce, New Holland capitalise sur le coût à l’usage. « Au printemps dernier, avec un GNR à 1,63€/l TTC, le coût à l’usage du T6 Méthane Power était 21% inférieur à l’équivalent diesel, affirme Nicolas Morel. Aujourd’hui, avec la baisse de prix du GNR, on est encore sur un différentiel de 10% au profit du biométhane. Cette solution énergétique a en outre l’avantage de lisser le coût du carburant ».

La seule motorisation à empreinte carbone négative

Les bénéfices environnementaux peuvent être monnayés en espèces sonnantes et trébuchantes. New Holland songe notamment aux dispositifs de compensation écologique générateurs de crédits carbone au profit des agriculteurs engagés dans des programmes de décarbonation. « Si vous considérez l’essence, le gazole, le gaz fossile, le biométhane issu de stations d’épuration ou encore le méthane de synthèse, le biométhane issu des effluents d’élevage est le seul crédité d’une empreinte carbone négative, affirme Nicolas Morel. Comparativement au diesel, à raison de 600 heures annuelles, c’est 400 t de CO2 économisées sur 5 ans, soit une valorisation potentielle de 24 000€ sur la base de crédits carbone valorisés 60€/t ».

Le tracteur fonctionnant au biométhane issu des effluents d’élevage est le seul crédité d’une empreinte carbone négative

Autonomie et ravitaillement

Demeurent des questions hautement sensibles comme l’autonomie et le ravitaillement. « Les plus ambitieux attèlent une tonne de 18m3, partent avec le plein de digestat et reviennent avec le plein de lisier. Le tracteur crache ses poumons non-stop pendant une demi-journée, avant de refaire le plein en huit minutes pour une autre demi-journée, Avec une herse étrille, un andaineur, un plateau à paille, une benne à ensilage ou encore une épareuse, le plein tient la journée », rassure Nicolas Morel. Et le risque de panne sèche en plein champ ? « Nous avons diverses solutions de ravitaillement mobile, répond le spécialiste. Et en ce qui concerne la station à la ferme, nous proposons des modules de stockage ».

Les bouteilles sont localisées à la place des réservoirs à GNR et à AdBlue, ainsi que des dispositifs anti-pollution, sous la cabine et à l’avant du tracteur

Le constructeur annonce une vingtaine de T6 Méthane Power en parc actuellement en France. S’ils sont principalement localisés au sein de méthaniseurs, le constructeur escompte bien essaimer au-delà, en misant sur le développement de stations de ravitaillement, par des agriculteurs méthaniseurs, sinon d’autres acteurs.

"En 2030, aucune énergie n’aura gagné"

Pour New Holland, le biométhane fera inéluctablement partie du paysage des carburants agricoles dans les années à venir. « En 2030, aucune énergie n’aura gagné, devise Nicolas Morel. Le gazole devrait perdurer notamment pour les moissonneuses-batteuses et les ensileuses. Nous travaillons sur l’électricité mais aussi sur l’hydrogène. Actuellement, nous avons 40 tracteurs à bi-carburation gazole et hydrogène en service aux Pays-Bas, un modèle plus pertinent au plan économique que la pile à combustible, que nous avions présentée en 2009 sur le NH2 ».

Preuve que New Holland croit au biométhane, le constructeur songe à étoffer sa gamme, avec une montée en puissance et l’application de cette motorisation à la manutention, via une chargeuse articulée. Grâce à bouteilles localisées à la place des réservoirs à GNR et à AdBlue, ainsi que des dispositifs anti-pollution, le T6 Méthane Power peut d’ores-et-déjà recevoir un chargeur frontal en se délestant des bouteilles embarquées sur le relevage avant.