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Jeudi 30/04/2026

Recycler, biodégrader, remplacer ? Le casse-tête des plastiques maraîchers

Publié par Pleinchamp

Les maraîchers utilisent régulièrement des films plastiques pour couvrir leurs sols et protéger leurs cultures. Potentielles sources de pollution, ces plastiques doivent être recyclés. Mais ils pourraient aussi être biodégradés sur place, voire remplacés par des couverts végétaux. Les stations d’expérimentation du réseau Irfel explorent les solutions entre lesquelles les producteurs devront arbitrer.

Les agriculteurs n’ont pas attendu l’obligation de la Loi Agec (Anti gaspillage et économie circulaire) pour s’intéresser au recyclage de leurs déchets plastiques : ils le font depuis plus de 25 ans, grâce à l’éco-organisme Adivalor.

Mais même s’ils sont plutôt performants (a priori les plus performants du monde), il leur faut encore s’améliorer : la feuille de route économie circulaire de 2018 avait fixé un objectif de 100% de plastiques recyclés à l’horizon 2025 : « En maraîchage, il n’a pas été totalement atteint. Nous sommes à environ 80% », explique Maet Le Lan, responsable de la station expérimentale d’Auray, qui, avec d’autres collègues membres du réseau Irfel (Association française de17 stations d’expérimentation en fruits et légumes), étudie ce sujet.

Les souillures imposent aux agriculteurs de payer des frais de reprise

La problématique est plus complexe qu’il n’y parait car les plastiques maraîchers qui ont servi de paillage au sol sont souvent souillés : leur taux de souillure moyen est de 70%, c’est-à-dire qu’ils contiennent plus de deux fois plus de terre et de débris végétaux que de matière à recycler. Toutes les opérations de transport, de traitement et de recyclage, même si elles sont possibles grâce notamment à l’usine Plasticlean, sont moins rentables que pour des plastiques non souillés.

Maët Le Lan, responsable de la station expérimentale d’Auray, lors d’une présentation réalisée en janvier dernier sur les plastiques biodégradables © Catherine Perrot
Maët Le Lan, responsable de la station expérimentale d’Auray, lors d’une présentation réalisée en janvier dernier sur les plastiques biodégradables © Catherine Perrot

« Les films de maraîchage sont ainsi les seuls produits usagés dont l’écocontribution ne couvre pas l’intégralité de coûts de gestion : les agriculteurs doivent compléter la contribution avec des frais de reprises » poursuit Maët Le Lan. Pour favoriser la collecte de films plastiques moins souillés, Adivalor a mis en place un barème de remboursement de tout ou partie des frais de reprise, inversement proportionnel au taux de souillure.

Nettoyer mécaniquement ?

Une partie des travaux engagés dans les stations d’expérimentation s’est donc intéressée à la possibilité du nettoyage de ces plastiques souillés dans les exploitations. Dans le cadre du projet Rafu porté par le Comité de la plasticulture et de l’agroenvironnement, la station Invenio (Aquitaine) a mis au point des machines intégrant un processus de nettoyage (raclage, brossage et/ou soufflerie), capable de laisser la terre au champ au moment de la dépose mécanique des films.

Les machines s’avèrent efficaces, diminuant le taux de souillure à moins de 50%, tout en limitant les impacts sur le débit de chantier. Quatre machines commercialisées tournent actuellement en production de carottes, deux en échalotes, une en cultures sous abris et un prototype « cultures plein champ » est aujourd’hui en démonstration à la station d’Auray (Morbihan). Un plan stratégique Rafu a été lancé début 2026 pour une diffusion large de ces solutions techniques avec des machinistes du secteur.

Des films biodégradables ?

Autre solution explorée, notamment à la station d’Auray depuis plus de 25 ans : remplacer les films plastiques par des films biodégradables (certifiés EN17033 a minima et labelisé « OK Biodegradable Soil » ou « Biodegradable in Soil »), directement enfouis dans les sols en fin de culture.

Film de paillage plastique en boule © Adivalor
Film de paillage plastique en boule © Adivalor

L’utilisation de ces films affranchit les producteurs de l’opération de dépose, très pénible lorsqu’elle est manuelle, de la collecte et du recyclage. Mais leur utilisation ouvre d’autres questions : ces plastiques sont-ils aussi pratiques que les films de référence ? Risquent-ils de se biodégrader trop vite et de ne pas « tenir » toute la durée de la culture ? Sont-ils vraiment biodégradables et dans quelles conditions ?

Les essais menés dans plusieurs stations du réseau, notamment dans le cadre du programme Tissus (FranceAgrimer Co-innovation porté par la station d’Auray), montrent des rendements équivalents pour différents légumes (tomates, échalotes, salades…), avec parfois une altération de certains plastiques en cours de culture (sans incidence).

Biodégradés à 90 % en deux ans, est-ce suffisant ?

L’analyse des sols après enfouissement post cultural de ces films biodégradables montre qu’ils ont bien été dégradés : deux ans après la culture, il reste moins de 10% en masse des films d’origine sous forme de microparticules et aucun impact sur la vie biologique n’est mesurable. « Mais qu’en est-il de l’accumulation temporaire de ces matières dans les parcelles, si le rythme de pose excède celui de l’assimilation possible par le sol ? », interroge Maët le Lan, « faut-il alors envisager une alternance entre paillages biodégradables et recyclables ? »

Par ailleurs, ces campagnes d’analyses de sol ont montré la forte pollution engendrée par les films fragmentables ou oxodégradables (plus de 1000 particules par kg de sol). Autrefois utilisés, ces films fragmentables sont aujourd’hui interdits car ils ne sont pas conformes à la norme sur la biodégradabilité.

C’est du côté de la commercialisation que les films biodégradables peuvent cependant poser des problèmes : sur melons et potimarrons, des paillettes de plastiques sont présentes sur certains fruits. Sans incidence sanitaire, elles pourraient néanmoins rebuter les consommateurs : il faudrait donc brosser les fruits avant leur mise sur le marché.

Remplacer le plastique par un couvert végétal ?

Enfin d’autres expérimentations ont porté sur le fait de se passer totalement de plastique pour couvrir le sol : des essais de couvert vivant, roulé ou broyé avant la mise en place de la culture sur une parcelle, ont été conduits à la station Acpel (Nouvelle-Aquitaine). Les résultats sont en demi-teinte : certes, le sol s’enrichit en matière organique, mais les rendements de la culture sont inférieurs au témoin. Selon Samuel Ménard, ingénieur de la station, « l’itinéraire est particulièrement technique, nécessitant de maîtriser la culture du couvert et la culture légumière ».

L’apport d’un couvert exogène sous forme de mulch est également étudié, dans le cadre du projet Altermulch (FAM connaissance porté par Inrae). Ce procédé semble aussi très technique et pourrait se retrouver limité par la superficie des exploitations maraichères : cultiver un mulch qui fournirait une épaisseur suffisante (6 à 8 cm) pour protéger les cultures impliquerait de tripler les surfaces dédiées. « Nous continuons à étudier les différentes solutions en prenant en compte leur durabilité », assure Samuel Ménard.

Tous ces travaux montrent qu’il n’existe pas une solution unique ou parfaite à la problématique du recyclage des plastiques : ils donnent cependant des informations de terrain aux agriculteurs, pour leur permettre de trouver les meilleurs compromis adaptés à leur situation.