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Jeudi 01/10/2026
Transition agroécologique : comment le Futuroscope finance ses agriculteurs voisins
Réduire ses émissions de carbone en soutenant les agriculteurs locaux : c'est le pari du Futuroscope. Avec l'aide de la start-up Resoil, le parc d'attraction finance les pratiques agroécologiques de quatre exploitations de la région, dont celle de Damien Berthonneau.
Quel est le point commun entre le Futuroscope, parc d’attraction créé en 1987, et Damien Berthonneau, agriculteur installé en 2002 en grandes cultures diversifiées ? Tous deux puisent dans la zone de pompage du Clain, située dans la Vienne, à quelques kilomètres de Poitiers.
Chacun, à son échelle, est activement engagé dans des démarches d’économies d’eau et de réduction des gaz à effet de serre. Grâce à l’entremise de Resoil, une entreprise visant à financer la transition agroécologique des fermes, le Futuroscope et Damien Berthonneau sont désormais liés par un contrat de crédits carbone, le premier versant au second un financement permettant d’accélérer la mise en place de ses pratiques d’agriculture régénératrice.
Le 30 septembre, les trois protagonistes témoignaient de cette collaboration au salon Produrable, à Paris.
Un parc d'attraction engagé dans la sobriété énergétique
Bien que le Futuroscope ait créé un parc aquatique en 2024, il poursuit une politique volontariste de réduction de sa consommation d'eau, via notamment la réutilisation de l’eau du parc aquatique sur le site, ou encore l’infiltration des eaux pluviales dans les sols.
« Le parc consomme aujourd’hui 300 000 mètres cubes d’eau par an, précise Christine De Sami, responsable client et environnement au Futuroscope. En cinq ans, nous avons réduit la consommation d’eau par visiteur de 30% ».
Sur le volet carbone, le Futuroscope vise d’ici 2027 la neutralité carbone sur ses émissions relatives à l’énergie et à la chaleur. Le parc a bâti un programme de réduction de ses consommations et a investi dans des panneaux photovoltaïques, des thermofrigopompes et une chaudière biomasse, le tout lui ayant permis de réduire ses émissions de 80%.
Pour compenser ses émissions restantes, le parc a choisi d’acheter des crédits carbone auprès d’agriculteurs locaux, restant ainsi fidèle à sa vocation initiale : soutenir le développement territorial et stimuler l’économie locale.
Damien Berthonneau, adepte de l'agriculture régénératrice
Le Futuroscope finance ainsi quatre exploitations agricoles locales, dont celle de Damien Berthonneau. Depuis la reprise de l’exploitation familiale, ce dernier a considérablement fait évoluer ses pratiques, sa rotation et ses débouchés. Il cultive aujourd’hui une douzaine de cultures en agriculture de conservation des sols, qu’il transforme à la ferme et vend en direct.
« J’ai économisé du temps, du carburant, j’ai relancé la vie du sol, et les rendements qui étaient en baisse ont commencé à se stabiliser, et même à légèrement remonter », témoigne-t-il.
Il va même plus loin, avec la mise en place de couverts permanents, la culture d’espèces associées et le mélange de variétés. Les légumineuses occupent une place importante dans son système, puisqu’elles interviennent à la fois comme engrais verts et comme cultures de vente.
En plus des économies de carburant, ces pratiques permettent aussi de réduire les apports d’azote minéral. « Après un couvert de lentilles, on peut gagner jusqu’à 60 unités d’azote, ce qui revient environ à un tiers de la consommation azotée d’un blé », indique Damien Berthonneau.
En perturbant le moins possible le sol et en gardant une couverture végétale, le semis direct sous couvert permet également de maintenir l’humidité du sol. Cette année, malgré la sécheresse, les couverts de Damien semés en direct ont levé. « Et ils ne sont pas morts », assure-t-il.
Resoil : le maillon manquant
Le lien entre l’agriculteur et le Futuroscope s’est noué grâce à la start-up Resoil, qui a rencontré Damien en 2023. « Notre équipe s’est occupée de la labellisation bas carbone de la ferme, puis de la mise en relation avec le Futuroscope », explique Grégoire Alston, co-fondateur de Resoil.
Le financement de Futuroscope permet de couvrir les charges supplémentaires liées à la gestion des couverts : achat des semences, semis, destruction… « Ce financement ne va pas permettre à l’agriculteur d’acheter un semoir de semis direct, mais il permet de participer à une partie du projet de transition », précise Grégoire Alston.
La labellisation bas carbone ouvre aussi des débouchés supplémentaires à Damien Berthonneau. « Cela m’a permis d’atteindre plus de restauration collective », indique-t-il, puisque la loi Egalim impose à la restauration collective au moins 50% de produits durables et de qualité, y compris labellisés.
Vers l'agriculture bio régénérative
L’agriculteur vient d’ajouter un nouveau label à son exploitation, en l’occurrence celui de l’agriculture biologique. « J’ai 80 hectares qui passent en agriculture bio régénérative, déclare-t-il. Je crois que je suis un peu seul à faire ça dans le secteur ».
Damien Berthonneau reconnaît volontiers la difficulté pour les agriculteurs de se lancer dans ces démarches : « C’est un changement, il faut le vouloir, il faut apprendre, il faut y passer du temps. Il peut y avoir des échecs ».
Boucler la boucle
Le Futuroscope, de son côté, envisage d’aller encore plus loin dans sa démarche de développement territorial, en menant une réflexion autour de l’approvisionnement local de ses restaurants. Les lentilles et les pois chiches de Damien, en partie financés par le parc, pourraient bientôt être dégustés par les visiteurs. Un bel exemple d’économie circulaire.