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Jeudi 19/03/2026

Accord commercial UE-Australie : les éleveurs européens craignent une nouvelle trahison

Publié par Pleinchamp

Après le Mercosur, le spectre d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie, géant exportateur de viande rouge, ravive les inquiétudes des éleveurs français et européens, qui dénoncent une concurrence déloyale.

« Alors que les discussions s'intensifient autour de la possible conclusion de l'accord de libre-échange UE-Australie, de sérieuses inquiétudes persistent quant à l'équilibre et à l'équité de l'issue des négociations, notamment en ce qui concerne le secteur agricole », a alerté le Copa, syndicat agricole européen majoritaire, dans un communiqué de presse le 17 mars.

« Nos entreprises sont actuellement confrontées à une incertitude extrême, avec une hausse des coûts de production et une baisse des revenus, indique son président, Massimiliano Giansanti. Dans ce contexte difficile, l'agriculture ne peut plus servir de monnaie d'échange pour obtenir des gains dans d'autres secteurs ».

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen doit se rendre en Australie la semaine prochaine pour avancer sur la finalisation de cet accord. Lancées en 2018, les discussions butent sur quelques points sensibles, notamment concernant les volumes de viande bovine australienne pouvant entrer en Europe avec des droits de douane réduits.

L'élevage, encore une fois variable d'ajustement

Pour l’UE, l’accord s’inscrit dans une stratégie de diversification de ses partenaires commerciaux, afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine, à l’instar des autres accords déjà conclus avec le Mercosur ou avec l’Inde. L’intérêt principal est un meilleur accès au marché australien riche en matières premières telles que le lithium, le cobalt et les terres rares. Pour l’Australie, l’accord permettrait un accès plus large au marché européen, perçu comme riche mais très protégé, notamment pour la viande bovine et ovine.

Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron le 19 mars, Jean-François Guihard, président d’Interbev et Patrick Soury, président de la section ovine d’Interbev, exigent l’exclusion pure et simple des viandes bovine et ovine du champ des négociations. « Notre position est claire : puisqu’il n’y a pas de mesures miroirs et qu’une réciprocité des normes de production est impossible, les viandes bovine et ovine doivent être exclues des négociations », écrivent-ils.

« Bruxelles propose l'ouverture de notre marché à 24 000 tonnes de viande bovine et 20 000 tonnes de viande ovine australiennes à droits de douane préférentiels, soit des volumes respectivement six à sept fois supérieurs aux contingents actuels de 6 800 et 3 800 tonnes », font-ils savoir.

Or, l’Australie vise des quotas beaucoup plus conséquents. « L'Australian Meat Industry Council réclame un minimum de 50 000 tonnes de viande bovine et 67 000 tonnes de viande ovine et caprine, poursuivent les représentants d’Interbev. L'écart entre les positions des deux parties ne traduit pas une simple marge de négociation : il illustre l'ampleur des pressions exercées sur des filières européennes qui ne sauraient, une fois encore, constituer la variable d'ajustement d'un accord commercial ».

Une opinion publique beaucoup moins mobilisée que contre le Mercosur

Après les 99 000 tonnes de viande bovine concédées dans le cadre de l'accord UE-Mercosur, dont l’application provisoire a été décrétée le 27 février 2026 par la Commission européenne, ces dizaines de milliers de tonnes supplémentaires importées à droits de douanes réduits accentue la colère des syndicats. Mais cette fois-ci, « dans une indifférence quasi générale », déplore Interbev, alors que l’accord avec le Mercosur avait massivement mobilisé l’opinion publique.

Conclu en 2024, un autre accord, celui entre l’UE et la Nouvelle-Zélande, avait abouti à l’octroi de 38 000 tonnes de viande ovine supplémentaire à droit de douane nul, venant s’ajouter aux 113 000 tonnes de contingence de viande ovine déjà accordée historiquement. Pourtant, la Nouvelle-Zélande sous-utilise son contingent. « A l’inverse de la Nouvelle-Zélande, qui honore 50% de son contingent, l’Australie exploitera le sien à 100% », avait alerté Patrick Soury il y a quelques semaines.

« L'élevage australien repose sur des pratiques que la réglementation européenne interdit sur notre sol », rappellent les représentants d’Interbev. Et de citer « la mutilation des ovins avec la pratique du mulesing, le recours aux hormones et antibiotiques activateurs de croissance sur les bovins, les feedlots industriels de plusieurs milliers de têtes, les durées de transport sans commune mesure avec nos standards en matière de bien-être animal ».

En 2025, les exportations australiennes de viande bovine ont dépassé 1,5 million de tonnes, ce qui place le pays parmi les tout premiers exportateurs mondiaux.