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Vendredi 27/03/2026

Accord UE-Australie : la surdité de la Commission européenne face à ses éleveurs

Publié par Pleinchamp

[Edito] Bis repetita : après l’accord UE-Mercosur, Ursula von der Leyen a conclu avec l’Australie un nouvel accord de libre-échange ouvrant la porte à plusieurs dizaines de milliers de tonnes de viande bovine et ovine australienne à droits de douane réduits. Une nouvelle fois, les éleveurs européens ont le sentiment d’être les dindons de la farce, et ce, dans un contexte de flambée des coûts de production.

Le moment ne pouvait être moins bien choisi. Quelques semaines à peine après avoir décrété l’application provisoire de l’accord UE-Mercosur, faisant fi du vote du Parlement européen, et alors que le monde agricole est confronté à une flambée des prix de l’énergie en raison de la guerre au Moyen-Orient, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a conclu le 24 mars un accord de libre-échange avec l’Australie.

Le continent, qui compte plus de têtes de bovins que d’habitants, a une politique commerciale majoritairement tournée vers l’export. Environ 70% de sa production agricole est exportée. Avec une superficie qui dépasse largement celle de l’Union européenne, le pays fait partie des plus importants exportateurs mondiaux de blé et de viande bovine.

La Commission européenne, qui reconnait le caractère « sensible » des élevages européens, affirme que cet accord va « protéger ses producteurs agricoles », grâce à des contingents « limités », un mécanisme de « sauvegarde renforcé », la protection d’indications géographiques, ainsi que le respect des exigences sanitaires européennes.

Las, comme pour le Mercosur, l’ensemble des syndicats agricoles dénoncent ce nouvel accord de libre-échange, qualifié ça et là de « dévastateur », « inacceptable », et même de « pure folie ».

La filière ovine française, dont le taux d’autosuffisance est inférieur à 50%, est particulièrement menacée. Le quota de 25 000 tonnes de viande ovine et caprine négocié dans l’accord représente plus d’un tiers de la production française et 5% de la production totale européenne. Il vient s’ajouter aux contingents octroyés par les autres accords conclus ces dernières années avec le Canada, le Mercosur ou la Nouvelle-Zélande.

« L’absence d’une approche globale pour gérer l’impact cumulatif de ces accords continue de soulever des questions fondamentales quant à la cohérence et à la durabilité de la politique commerciale de l’UE », ont alerté les organisations et coopératives agricoles européennes (Copa-Cogeca) à la suite de l’annonce de la conclusion de l’accord UE-Australie.

Pour l’Australie, dont les exportations sont très dépendantes de la Chine, l’accès aux marché européen est une aubaine, même si les contingents négociés de viande bovine et ovine sont très inférieurs aux attentes australiennes.

En finalisant cet accord - qui doit encore être approuvé par le Conseil et par le Parlement européen avant son éventuelle entrée en vigueur, la Commission européenne entend notamment sécuriser ses approvisionnements en matières premières critiques comme le lithium, le cobalt, le nickel ou les terres rares, dont regorgent les sols australiens.

Dans un contexte géopolitique tendu, où les accords bilatéraux se multiplient dans une logique de sécurisation de l’accès aux ressources stratégiques, les éleveurs le constatent encore une fois : ils servent de monnaie d’échange.