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Mardi 10/02/2026
Blé tendre : combien d’années comme 2003, 2007, 2016 ou 2024 d’ici à 2100 ?
Des scientifiques de l’INRAE ont mis au point une méthode pour mesurer à quelle fréquence les années à risques de fortes pertes de production, similaires à 2003, 2007, 2016 ou 2024, pourraient se produire d’ici la fin du siècle selon différentes trajectoires climatiques. Autant dire que la tendance est mal engagée.
Dans un scénario de changement climatique modéré (correspondant à de faibles émissions de gaz à effet de serre), conforme aux objectifs de l’accord de Paris, les risques climatiques resteraient similaires aux conditions actuelles. En revanche, dans un scénario de changement climatique marqué (correspondant à de fortes émissions de gaz à effet de serre), les événements de sécheresse avec canicules pourraient être 3 à 6 fois plus fréquents selon les régions, et les hivers doux accompagnés de printemps trop humides pourraient être jusqu’à 12 fois plus fréquents dans le nord de la France, ce qui affecterait directement les rendements du blé. Tels sont les enseignements d’une étude de l’INRAE publiée dans publiés dans Agricultural and Forest Meteorology,
Les scientifiques d’INRAE ont développé une méthode combinant des modèles de développement de variétés de blé (précoces ou tardives), les données climatiques historiques et les projections climatiques du GIEC et des modèles statistiques, pour évaluer la fréquence des risques climatiques et la probabilité de « pires récoltes ».
Pour définir les années de pires récoltes, les scientifiques ont analysé les données de rendement du blé de 1980 à 2024 en France pour isoler les variations de rendement non liées aux progrès technologiques. Un seuil de -10 % par rapport à la tendance d’évolution moyenne des rendements sur cette période a été retenu pour définir les années de très faibles rendements. Les années 2003, 2007, 2016 et 2024 se démarquent ainsi comme les années de pires récoltes. Elles sont toutes marquées par des conditions climatiques défavorables au blé, comme la sécheresse et la canicule en 2003, un hiver trop doux, un printemps trop humide et un ensoleillement insuffisant en 2007, 2016 ou 2024.
Le résultat le plus marquant de cette étude est la transformation de la fréquence d’événements climatiques extrêmes dans le scénario de fortes émissions de gaz à effet de serre d’ici 2100. Ces événements extrêmes passeraient de « rares » dans les données climatiques historiques à « courants » dans les données climatiques futures, avec de fréquentes situations de combinaison de ces événements. De nouveaux risques climatiques pourraient également apparaître pour le blé, comme un stress thermique précoce et des nuits trop chaudes qui affecteraient le développement de la plante et la maturité des grains. En revanche les risques liés au froid diminueraient.
Par contraste, dans le scénario à faibles émissions de gaz à effet de serre, conforme aux objectifs de l’accord de Paris, les risques climatiques à l’horizon 2100 resteraient similaires aux conditions actuelles. « Ces résultats soulignent l’importance d’agir dès aujourd’hui pour réduire nos émissions et éviter un effort d’adaptation beaucoup plus lourd à l’avenir » indique l’INRAE. Problème : ce n’est pas exactement la trajectoire qui se dessine. « Limiter le réchauffement planétaire sous 1,5°C n'est désormais plus atteignable » concluait l’an passé un consortium international de soixante chercheurs, impliquant principalement en France des scientifiques de Météo-France, du CEA, du CNRS et de Mercator Ocean International, à l’occasion de leur dernière actualisation (2024) des indicateurs géophysiques clés du changement climatique planétaire.