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Mardi 31/03/2026
Cadmium et expertise de l’Anses : la FNAB dénonce des « erreurs et imprécisions » préjudiciables à l'AB
La FNAB fait grief à l’agence sanitaire d’avoir fait l’impasse sur des études attestant de la moindre imprégnation des produits bio et d’avoir mis agriculture conventionnelle et bio « dans le même sac » s’agissant des seuils de cadmium dans les fertilisants. La FNAB demande un correctif.
« Le mode de production biologique ne permet pas, à lui seul, d’éviter l’exposition au cadmium ». C’est ce qu’affirme l’Anses dans un rapport d’expertise collective, publié le 25 mars dernier. Celui-ci pointe une sur-imprégnation « préoccupante » et grandissante de la population française, y compris infantile, au cadmium, un agent métallique classé CMR (cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction) par la voie quasi-exclusive de l’alimentation chez les non-fumeurs. L’agent métallique est présent à l’état naturel dans les sols et sa concentration est susceptible d’augmenter sous l’effet de l’apport de matières fertilisantes, qui représentent en moyenne plus de 80% des apports en cadmium aux sols agricoles, avec en tête les engrais minéraux phosphatés (55%), suivis des effluents d'élevage (25%) puis des boues et composts (5%) selon l’Anses.
La FNAB s’est émue des conclusions du rapport et l’a fait savoir à l’Anses, dans un courrier daté du 30 mars. « Le rapport affirme à plusieurs reprises que l’agriculture biologique n’apporterait pas de plus-value par rapport à l’agriculture conventionnelle vis-à-vis du cadmium. Cette présentation est factuellement inexacte et porte un préjudice important à notre filière », écrivent les co-présidents Olivier Chaloche et Loïc Madeline.
S’agissant des seuils limites de cadmium présents dans les fertilisants, la FNAB souligne que le règlement bio impose des seuils limites plus restrictifs qu’en conventionnel : 60 mg/kg pour les phosphates miniers (contre 90 mg/kg en conventionnel) et 0,7 mg/kg pour les composts de biodéchets (contre 3 mg/kg en conventionnel). La FNAB conteste par ailleurs l’assertion selon laquelle « en conditions réelles, le phosphate naturel tendre est utilisé dans de nombreuses exploitations en AB ». Dans la pratique, le recours aux phosphates miniers est marginal, voire inexistant en bio, corrige la bio, se référant à l'étude PhosphoBio (2024) qui a compilé 866 situations d’apports de phosphore en bio sur plus de 170 parcelles. Sur l’ensemble de ces apports, un seul avait recours à des roches phosphatées. « Les agriculteurs bio privilégient les engrais organiques et les effluents d'élevage, favorisant la matière organique qui, d’ailleurs, peut permettre de piéger le cadmium et limiter son absorption par les plantes », argumente la FNAB qui juge « inexact » d’affirmer que l’agriculture biologique est « est potentiellement tout aussi impactée que l'agriculture conventionnelle par la présence de cadmium ».
La FNAB dénonce des « erreurs », des « incohérences » et des études « écartées »…
La Fédération fait par ailleurs grief à l’agence sanitaire d’écarter, « sans explication », des études favorables à la bio, mentionnant une étude de 2014 concluant à un écart de 48% de teneur en cadmium entre aliments bio et non bio. « Quand on lit ce travail de l’Anses, on voit non seulement des erreurs mais aussi des incohérences comme par exemple cette recommandation de favoriser le développement d’une agriculture durable. Mais de quelle agriculture “durable” parlons-nous si ce n’est pas la bio ? », s’interroge Loïc Madeline.
… et demande un addendum en attendant des études complémentaires
La FNAB demande à m’agence sanitaire de publier un addendum de son expertise « afin de garantir une juste information des pouvoirs publics et des consommateurs, et attend les études complémentaires annoncées par l’Anses pour comparer bio et non bio (…) Le cadmium est un problème majeur de santé publique que l’agriculture ne peut plus ignorer, mais l’Anses commet une erreur grave en laissant penser à la population qu’il n’y a pas de solution et que bio et conventionnel seraient identiques » explique Olivier Chaloche.
Les extraits du rapport du l’Anses relatifs à l'AB
- cadmium et qualité des sols : « Certaines informations sur la qualité du sol ne sont pas connues par les agriculteurs : le fond géochimique naturel, certaines pollutions anciennes, etc. En AB comme en agriculture conventionnelle, l’exploitation n’est pas soumise à une analyse de sol, donc un agriculteur en AB peut s’installer à son insu sur un sol déjà contaminé en cadmium. Ainsi, en l’état, sauf à reconsidérer le cahier des charges de l’AB, celle-ci peut comme l'agriculture conventionnelle être impactée par la présence de cadmium. Ce constat renforce la nécessité d’une action globale et à la source sur l’évolution des pratiques agricoles et l’amélioration de la qualité des Matières fertilisantes et supports de culture (MFSC) »
- cadmium et engrais minéraux phosphatés : « L’apport d’engrais minéraux phosphatés est autorisé en agriculture biologique (AB), par exemple sous forme de phosphate naturel tendre ou de phosphate aluminocalcique (Règlement d’exécution UE 2021/1165, Annexe II). Pour ces intrants, les concentrations limites en cadmium sont les mêmes que celles figurant dans le règlement (UE) 2019/1009 relatif à l’harmonisation de la réglementation des fertilisants sur le marché européen (60 mg Cd kg-1 P2O5). Ainsi, en l’état, sauf à reconsidérer le cahier des charges de l’agriculture biologique (AB), celle-ci est potentiellement tout aussi impactée que l'agriculture conventionnelle par la présence de cadmium »
- cadmium et MAFOR (Matières fertilisantes d’origine résiduaire - effluents d’élevage, boues d’épuration, composts de déchets organiques, digestats de méthaniseurs, cendres de biomasse) : « L’usage de MAFOR peut être source de cadmium, en agriculture conventionnelle comme biologique, c'est pourquoi le groupe de travail insiste sur l'amélioration de la qualité de l'ensemble des MFSC (faible concentration en cadmium) afin de réduire les apports de cadmium au sol ».
- cadmium et teneurs dans les aliments : « Dans leur revue de littérature comparant les implications pour la santé de l’AB et de l’agriculture conventionnelle, Mie et al. (2017) concluent à une teneur probablement plus faible en cadmium dans les cultures céréalières en AB (pas de différence pour les autres cultures), sur la base des résultats de deux méta-analyses, dont les résultats sont toutefois divergents. Plus récemment, dans leur revue de littérature portant sur la gestion des sols et des cultures en AB, Rempelos et al. (2022) exposent les conclusions de revues de littérature et métaanalyses sur le sujet, et signalent qu’une moindre contamination en cadmium des céréales produites en AB a été constatée par rapport à l’agriculture conventionnelle d’après des études expérimentales. Les auteurs concluent aussi que les données d’enquêtes auprès des exploitations agricoles et détaillants ne montraient pas de différences significatives. Selon les auteurs, cette divergence pourrait s’expliquer par le fait que, dans les études expérimentales, l’usage d’engrais minéraux était généralement exclu des parcelles en AB, alors qu’en conditions réelles, le phosphate naturel tendre est utilisé dans de nombreuses exploitations en AB. Par ailleurs, des matières organiques sont largement apportées sur les parcelles en AB (Centre d’études et de prospective, 2023). Or, elles sont susceptibles d’être contaminées en métaux (cf. 7.3.2.4.1), puisque la matière organique a une forte affinité pour ces éléments dont le cadmium (capacité d’adsorption et complexation), qu’elle peut immobiliser ou rendre mobile en fonction des conditions du milieu (Yu et al., 2023) »