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Mercredi 25/03/2026
Cadmium : l’Anses lance l’alerte pour abaisser les teneurs dans les fertilisants et les aliments
Une expertise de l’Anses documente la sur-imprégnation « préoccupante » des Français au cadmium et appelle l’Etat à appliquer les valeurs limites dans les fertilisants, et les consommateurs à réduire la consommation de céréales du petit-déjeuner, gâteaux ou encore biscuits afin de réduire leur exposition à un métal lourd classé CMR, qui n’épargne pas l’agriculture bio.
« Si les niveaux d’expositions actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population ». Telle est l’alerte lancée par l’agence sanitaire après la publication mercredi 25 mars 2026 d’un rapport d’expertise collective, documentant l’état et l’évolution de la sur-imprégnation, ses causes, ses méfaits sur la santé et les moyens de la diminuer.
Classé CMR (cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction), le cadmium est reconnu comme cancérogène certain pour le poumon en milieu professionnel. Il est aussi suspecté d’induire d’autres cancers (pancréas, vessie, prostate et sein). En cas d’exposition prolongée, même à faible dose par voie orale, principalement par l’alimentation, le cadmium entraîne des atteintes rénales, pouvant évoluer à terme vers une insuffisance rénale et une fragilité osseuse, augmentant le risque d’ostéoporose et de fractures. D’autres effets indésirables sont également identifiés notamment sur le neurodéveloppement et le système cardio vasculaire.
Près d’un Français sur deux au-dessus la valeur toxicologique de référence
Depuis une quinzaine d’années, les travaux de l’Anses mettent en évidence une surexposition d’une partie de la population française au cadmium par l’alimentation. « Chez les Français, le niveau de cadmiurie [concentration urinaire de cadmium] présente un facteur trois à quatre fois supérieur par rapport aux autres pays européens et américain, a expliqué Géraldine Carne en conférence de presse. Le cadmium n’a aucune fonction biologique, c’est un élément toxique, bioaccumulable, à la demi-vie d’élimination biologique comprise entre 10 et 30 ans ».
La part de la population française présentant des imprégnations qui dépassent la valeur toxicologique de référence a significativement augmenté. Elle est ainsi passé de 3,7% en 2006-2007 à 47,7% en 2014. L’expertise publiée par l’Anses, intégrant une modélisation de la cadmiurie pour la population en 2025, confirme que des dépassements persistent pour une partie de la population. La Dose journalière tolérable (DJT) est ainsi dépassée chez 36% des enfants de moins de 3 ans, chez 23% à 27% des 3 à 17 ans (contre 14% en 2011) et chez 1,4% à 1,7% des adultes (contre 0,6% en 2011).
Dans son évaluation, l’Anses a étudié l’ensemble des sources d’expositions possibles : alimentation, eau, air, poussières, sol, produits cosmétiques, tabagisme, ainsi que les différentes voies d’exposition (ingestion, inhalation, cutanée). Les résultats confirment que l’alimentation est de loin la source majeure d’exposition, représentant jusqu’à 98% de l’imprégnation au cadmium dans la population non fumeuse, le tabagisme constituant une source supplémentaire d’exposition.
Présent naturellement dans les sols, à des niveaux variables selon les territoires, le cadmium pénètre facilement dans les végétaux par leurs racines et contamine ainsi la chaîne alimentaire. En France, les matières fertilisantes représentent en moyenne plus de 80% des apports en cadmium aux sols agricoles, avec en tête les engrais minéraux phosphatés (55%), suivis des effluents d'élevage (25%) puis des boues et composts (5%). « Le mode de production biologique ne permet pas, à lui seul, d’éviter l’exposition au cadmium », indique l’Anses, du fait de sa présence naturelle dans les sols ainsi que dans certaines matières fertilisantes autorisées en AB, comme les engrais minéraux phosphatés (la roche broyée étant considérée comme un produit naturel) et matières fertilisantes organiques.
Les recommandations de l’Anses en matière de fertilisants
Pour réduire la contamination des sols et par voie de conséquence nos aliments et organismes, l’Anses appelle à appliquer dès que possible des valeurs limites en cadmium pour les matières fertilisantes, à savoir 20 mg de cadmium par kilogramme de P₂O₅ dans les produits de type engrais minéraux phosphatés, alors que le règlement (UE) 2019/1009 fixe une limite à hauteur de 60 mg/kg P₂O5 tandis que la France tolère 90 mg/kg P₂O5 90. « Il s’agit du seuil limite permettant de respecter un flux d’apport de 2g/ha/an de cadmium dans les sols et, à terme, de contribuer à réduire l’exposition au cadmium par l’alimentation », précise l’agence sanitaire qui recommande également la révision de l’étiquetage des engrais, en mentionnant leur teneur en cadmium.
Pour réduire les apports de cadmium par les engrais minéraux phosphatés commercialisés en France, l’Agence recommande le recours à des sources d’approvisionnement en roche phosphatée ou produits dérivés contenant moins de cadmium. Lorsque cela n’est pas possible, elle préconise la mise en œuvre de procédés de décadmiation. « Les opérations de décadmiation méritent d’être développées à une échelle plus importante, souligne Géraldine Carne. Elles présentent des surcouts agricoles limités comparativement au fardeau sanitaire que représente le cadmium pour l’état de la santé de la population ».
L’agence sanitaire invite par ailleurs à se pencher sur les effluents d’élevage et boues de station d’épuration des eaux usées. « Les effluents d’élevage ne faisant pas l’objet d’une réglementation spécifique au cadmium, il est également recommandé d’engager une réflexion pour mieux connaitre la composition et la concentration en cadmium des effluents et d’explorer par ailleurs plus précisément les voies de remédiation du cadmium dans les boues de stations d’épuration qui résultent du traitement des eaux usées », explique Yann Le Bodo, chargé de projets à la Direction sciences sociales, économie et société de l’Anses.
L’agence sanitaire soutient par ailleurs la promotion de nouvelles pratiques agricoles, telles que l’ajustement du type et des quantités des matières fertilisantes utilisées en fonction des sols et des cultures, le recours à des techniques permettant de mobiliser le phosphore déjà présent dans les sols afin d’éviter de nouveaux apports, ou encore l’utilisation de variétés végétales moins accumulatrices en cadmium. « Il existe des variétés moins accumulatrices de cadmium au niveau des céréales et du blé dur en particulier, poursuit Yann Le Bodo. Mais l’accumulation en cadmium n’est pas forcément priorisée dans les critères de sélection des variétés. Elle pourrait être davantage prise en compte ».
Les recommandations de l’Anses pour les consommateurs
Si l’enjeu de l’imprégnation de la population en cadmium se joue à la source, c’est-à-dire au niveau des sols et des fertilisants, l’agence sanitaire estime que le respect des repères de consommations établis dans le cadre du Plan national nutrition et santé peut contribuer, en partie, à réduire le niveau des expositions tout en ayant des bénéficies nutritionnels. Il est notamment recommandé de limiter la consommation de produits à base de blé sucrés et salés tels que les céréales du petit-déjeuner, gâteaux, biscuits et d’introduire plus de légumineuses dans les repas à la place des aliments à base de blé comme les pâtes. Le chocolat, qui contribue pour moins de 3% de l’exposition quelle que soit la classe d’âge considérée de la population française, ne fait donc pas partie des aliments les plus contributeurs.
L’Anses recommande enfin de revoir à moyen terme les teneurs maximums en cadmium pour les aliments les plus forts contributeurs à l’exposition afin de réduire l’exposition globale de la population indépendamment de leur provenance.



