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Vendredi 06/02/2026
Crise agricole : derrière l'accalmie, les inquiétudes persistent
[Edito] Les manifestations, actions coup-de-poing et blocages de routes se sont apaisés, mais la colère agricole demeure vive face à une crise multifactorielle. Plusieurs textes législatifs sont attendus d'ici le Salon de l'agriculture fin février à Paris. Un événement qui se déroulera sans bovins cette année, mais certainement pas sans revendications.
Malgré le répit offert par le report du vote du Parlement européen sur l’accord UE-Mercosur, ainsi que par l’absence de nouveau foyer de DNC depuis plus d’un mois, la colère et l’inquiétude demeure dans une grande partie du monde agricole, tant le contexte économique reste fragile.
« Nous en alertons le gouvernement depuis des mois : chaque centime et chaque jour comptent ! » a proclamé Éric Thirouin, président de l'association générale des producteurs de blé (AGPB), alors que les céréaliers accumulent depuis trois ans des exercices déficitaires. Le 29 janvier, l'annonce d'un fonds d'urgence débloqué par l'État pour les grandes cultures, doté de 35 millions d'euros sous forme d'aides de trésorerie et d'une prise en charge des cotisations sociales à hauteur de 5 millions d'euros, « témoigne enfin de premières réponses concrètes à notre combat pour la survie des exploitations céréalières… se félicite-t-il. Mais au regard de la gravité de la situation, le combat doit aller encore plus loin ».
Appel à l'Europe
Ce « plus loin » correspond au déblocage de la réserve de crise européenne de 100 millions d'euros, que l'association réclame depuis des mois, et qui demeure en attente d'activation par Bruxelles. « 40 millions d'euros d'aides alors que nos exploitations accusent plus de 2 milliards d'euros de pertes de chiffre d'affaires rien qu'en 2025 : le calcul est malheureusement sans appel, nous ne pourrons maintenir notre activité si l'Europe reste sourde à nos propositions pour soulager nos trésoreries et sécuriser nos charges ! », poursuit Éric Thirouin.
La situation reste préoccupante avec des cours du blé toujours au plus bas et des prix des engrais qui repartent à la hausse. Par ailleurs, malgré les annonces concernant le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), aucune mesure concrète n'a encore été formalisée.
Alertes sur le prix du lait
Du côté des éleveurs, le prix du lait connaît également une baisse inquiétante et risque de passer sous les coûts de production. La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) annonce une mobilisation nationale avec des actions syndicales, initiées le 30 janvier dans la Manche au siège d'Agrial, qui se poursuivront jusqu'au Salon de l'agriculture (SIA), qui débutera à Paris le 21 février, et probablement jusqu'au 1er mars, date de clôture des négociations commerciales.
En réponse aux importantes mobilisations agricoles de ces dernières semaines, Sébastien Lecornu a annoncé une « loi d'urgence agricole », articulée autour de trois priorités : l'eau, la prédation et les moyens de production. Le Premier ministre a mandaté la ministre de l'Agriculture pour préparer cette législation avant le SIA. Sébastien Lecornu a également évoqué l’échéance du Salon pour fixer un « cap clair » en matière de politique de l’eau, décrite comme un « immense chantier ».
Face à toutes ces promesses, le SIA s'annonce particulièrement politique cette année. S'il l'est déjà traditionnellement, cette édition verra de nombreuses filières en attente de réponses concrètes. Plusieurs organismes professionnels ont déjà transformé leur absence en acte politique. Quant aux responsables politiques, leur présence sera sans nul doute massive à un an de l'élection présidentielle. A défaut de tâter la croupe des vaches cette année, ils pourront toujours afficher leur soutien à la filière viticole, un verre à la main.