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Mardi 13/01/2026
Taxe carbone sur les engrais azotés : la voix discordante de l’UNIFA
Les fabricants d’engrais s’inquiètent de la suspension du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui risque d’affaiblir les industriels européens et in fine la souveraineté alimentaire de l’UE, en maintenant les distorsions de concurrence avec les fabricants extra-européens.
« Toute remise en cause du MACF exacerberait des distorsions de concurrence déjà existantes, mettant en péril des sites industriels, des emplois et des capacités de production stratégiques en France et en Europe ». Tel est l’avertissement lancé par l’Union des industries de la fertilisation (UNIFA), représentant les industriels de la nutrition des plantes et de la santé des sols, en réaction à la décision de la Commission européenne d’aménager le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, entré en vigueur le 1er janvier dernier.
Émanation du Green deal, visant à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 dans l’UE, le MACF est destiné à soumettre tous les producteurs d’engrais, européens et extra-européens, aux mêmes exigences carbone, un dispositif qui concerne également l’acier, l’aluminium ou encore le ciment. Indirectement, le MACF incite les fabricants européens à investir dans la décarbonation de leur process sans altérer leur compétitivité par rapport aux engrais importés de pays tiers, taxés dès lors qu’ils s’avèrent moins vertueux au plan environnemental. « L’industrie des engrais a déjà investi massivement pour réduire ses émissions, avec des résultats significatifs. Mais les investissements nécessaires pour aller au-delà sont colossaux et de plus en plus difficiles à absorber », avance l’UNIFA.
La neutralisation du MACF pour les engrais
Face à la contestation des agriculteurs dans plusieurs pays membres, l’UE a décidé d’aménager mécanisme, ce dont s’est réjouie la France. « L’effet de la suspension sera rétroactif au 1er janvier 2026 » a assuré la ministre de l’Agriculture Annie Genevard le 9 janvier lors d’une conférence de presse au cours de laquelle elle a présenté un « paquet » de solutions censés résoudre la crise. « Il n’y a donc pas de raison que les importateurs répercutent les surcouts du MACF sur le prix des engrais ».
Selon l’UNIFA, ces propositions d’aménagement sont « des réponses d’urgence qui fragilisent les industriels de l’azote et qui ne répondent pas aux véritables causes des problèmes de fond des agriculteurs (…) Il n’y aura ni souveraineté alimentaire ni transition climatique sans une industrie européenne forte. La réponse aux défis agricoles doit renforcer, et non affaiblir, la base industrielle de l’Europe (…) Les investissements nécessaires à la décarbonation de l’industrie des engrais ne peuvent être engagés que dans un environnement lisible, cohérent et prévisible ». « Industrie des engrais et agriculture ne relèvent pas de logiques opposées mais constituent deux maillons indissociables de la souveraineté alimentaire. Fragiliser l’outil industriel reviendrait à accroître la dépendance aux importations et à exposer les agriculteurs à des intrants plus carbonés aux prix beaucoup plus volatils », prévient l’UNIFA. « Pour réussir la transition, industrie et agriculture doivent être accompagnées et soutenues ensemble ».