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Vendredi 29/05/2026
Face à la crise climatique, la révolution verte ou le chaos
[Edito] La célérité avec laquelle opère le réchauffement climatique surprend jusqu’aux experts, étouffant et submergeant toujours un peu plus les capacités d’adaptation des exploitations, que seules des transformations systémiques, soutenues par la puissance publique et par le marché, c’est-à-dire chacun d’entre nous, seront à-même de sauvegarder. L’espoir n’est pas interdit.
« Jusqu’à cette année, notre fenêtre d’adaptation à la canicule qui était explorée, elle allait de fin juin à début septembre, là on vient d’augmenter d’un mois et on n’a pas forcément de connaissances quant aux conséquences quantitatives et qualitatives sur les différentes productions en cours ». C’est ce qu’a déclaré cette semaine Iñaki García de Cortázar-Atauri, agronome et directeur de l'unité Agroclim de l’INRAE, à propos de la vague de chaleur qui frappe l’Hexagone depuis le 21 mai, doublée d’un épisode caniculaire sur la moitié Ouest du territoire, en alerte jaune ou orange selon les départements.
L’épisode a fait exploser nombre de records, dont celui du jour le plus chaud pour un mois de mai, avec un indice thermique national de 24,8°C mardi 26, ou encore un pic de chaleur de 37,8°C jeudi 28 en Charente. En attendant les prochains.
Historique mais pas surprenant
L’épisode est historique, au point d’avoir été qualifié d’« ovni climatique » par le climatologue Christophe Cassou, sans toutefois se déclarer « surpris ». Les vagues de chaleur, plus fréquentes, plus intenses et plus précoces, sont en effet l’un des (nombreux) méfaits du changement climatique. Le dôme de chaleur, qui s’est formé au-dessus de l’Europe de l’Ouest, pas inédit en soi, a emprisonné de l’air toujours plus chaud car dopé aux émissions de gaz à effet de serre, avant d’être comprimé par les hautes pressions d’un anticyclone, le réchauffant un peu plus. Une sorte d’effet boule de neige, la fraicheur en moins.
Des impacts immédiats et rémanents
Les records explosent et avec eux les impacts sur le vivant : êtres humains, animaux, cultures, forêts, écosystèmes. « On s’attend à avoir des conséquences importantes sur l’élevage », a emboité David Renaudeau, directeur de recherche à l’UMR Pegase de l’INRAE, évoquant, pour les vaches laitières, une baisse instantanée de la production de 5%, un lait moins riche en protéines mais plus riche en cellules ou encore une surmortalité de +10%, sans oublier des conséquences sur la descendance du fait d’impacts sur les fœtus. Les autres espèces ne sont pas épargnées. Sur les cultures, Iñaki García de Cortázar-Atauri a énuméré des incidences sur les grains des cultures d’hiver, sur la taille des baies de raisin ainsi que celle des fruits, évoquant lui aussi le cas d’un effet à retardement sur cerisier, du fait de l’impact sur l’induction florale.
Nous citoyens, nous consommateurs
Au-delà de quelques mesures d’urgence susceptibles de soulager, en partie, les animaux, le défi climatique ne fera pas l’économie de transformations profondes. En élevage, le parc de bâtiments vieillissant est largement inadapté, exposant les filières à un mur d’investissement. En grandes cultures, la résilience passera par des systèmes culturaux disruptifs tels qu’explorés par le projet Syppre et les fermes Dephy, par l’agriculture de conservation, l’agroforesterie, l’hydrologie régénérative, le génie génétique, la reconnexion à l’élevage, etc. Mais cette reconception des systèmes, accessoirement bénéfique aux milieux et à la biodiversité, aura peu de chance de se produire si les politiques publiques et si le marché ne les commanditent pas et ne les financent pas. Les politiques publiques, c’est nous citoyens. Le marché, c’est nous consommateurs. Cette nouvelle révolution « verte », qui ne dépend que de nous, n’est pas une option. Et l’espoir n’est pas interdit.