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Mardi 11/08/2026

De la zone intermédiaire à la jachère, le pas de côté ou la balle dans le pied ?

Publié par Pleinchamp

Alors que tous les indicateurs technico-économiques virent au rouge-pompier, la tentation de mettre au « vert » les parcelles les moins productives pourrait s’entendre. Une stratégie, hors exception, non pertinente selon Arvalis, pour qui le choix éclairé passe par le calcul des marges brutes par culture pour faire face à ses charges de structure.

Après quatre moissons atones au niveau des prix et/ou des rendements, et une grosse fièvre en GNR et azote peu réactive aux perfusions de l’Etat, à quoi bon dépenser des intrants, user des pièces et perdre du temps à sortir des quintaux pour finir en négatif ?.

Si les grains sont sous-cotés, la jachère semble avoir la cote : selon la dernière livrée d’Agreste, les surfaces en jachère agronomique pointent à 518.000 ha en 2026, en hausse de 4,8% sur un an et de 21,6% par rapport à la moyenne 2021-2025. Et pourtant. « D’un strict point de vue économique, dans une très grande majorité des cas, remplacer des cultures de vente par de la jachère et/ou une culture à faibles intrants, type légumineuses fourragères ou prairie temporaire, aura des impacts négatifs sur l’excédent brut d’exploitation et le revenu disponible », indique Arvalis.

L’institut technique s’appuie notamment des résultats de travaux récents, réalisés sous différents scénarios de prix d’engrais et de prix de vente des cultures, et qui montrent que dans des zones intermédiaires comme le Berry ou les plaines de l’Est, le remplacement des cultures par de la jachère nue à couvert spontané peut faire perdre de 25 à 80 % de la marge directe (marge brute + aides découplées – charges de mécanisation) d’une exploitation SCOP. « Ce raisonnement, vérifié dans une majorité des cas, peut se trouver invalidé dans certaines situations très particulières avec un très faible niveau de charges de structure, notamment absence d’annuités et/ou dans les cas où les marges brutes moyenne par culture sont négatives », précise Arvalis.

"La mise en place de jachère va entraîner la diminution de la marge brute totale de l’exploitation"

Selon Arvalis, les charges d’intrants diminueront, mais l’absence ou le faible niveau des produits va engendrer une marge brute négative car la conduite de la parcelle nécessitera a minima un broyage et parfois des charges d’implantation, de semences voire de désherbage. Cette marge sera au mieux très faiblement positive, mais inférieure aux marges brutes moyennes dégagées par les différentes cultures céréalières et oléo-protéagineuses, même avec le contexte économique actuel. « La mise en place de jachère et/ou de culture fourragère non valorisée économiquement va entraîner la diminution de la marge brute totale de l’exploitation, soit une diminution des ressources pour faire face aux charges de structure », à savoir fermage, annuités, assurances, honoraires, charges sociales et rémunération de l’exploitant, autant de charges qui restent stables. « Le revenu disponible va se réduire », conclut Arvalis, pour qui « calculer ses marges brutes par culture et ses besoins en ressources pour faire face à ses propres charges de structure reste le meilleur moyen de faire le choix le plus éclairé ».

Et en cas de jachère ou de prairie temporaire

Au-delà des considérations économiques de première importance qui invalident, dans la plupart des situations, la pertinence économique d’une mise en jachère, Arvalis indique que la mise en place de jachère ou de culture fourragère temporaire peut présenter un avantage agronomique à moyen terme, en particulier dans les situations à forte pression de salissement en graminées adventices même s’il faudra veiller à éviter toute grenaison des adventices par broyage uniquement (jachère) ou par broyage – fauchage avec export (dans le cas des cultures fourragères).

Pour allier gestion des adventices et autres bénéfices agronomiques (restitution azotée, structure du sol...), le recours au semis d’espèces fourragères de légumineuses pures (luzerne, trèfle violet) ou associées avec des graminées ou du trèfle blanc restent le moyen le plus indiqué. Il suppose néanmoins d’être en capacité de faire face aux charges afférentes (implantation, semences, broyage voire désherbage dans le cas des cultures fourragères) qui doivent être prises en compte dans le raisonnement économique.