[Paroles de citoyens] « On reste des viandards, mais... »

La consommation de viande interroge de plus en plus nos concitoyens. Franciliens, Emmanuelle, Olivier et Christian assument leur statut de carnivore. Mais leur consommation, leur regard et leurs exigences changent. Et les enfants adolescents sont tentés par le végétarisme.

On les a surpris dans le pavillon 3, le temple des produits du terroir. Rien de répréhensible, évidemment. Tous les produits exposés sont bien évidemment licites, cela va sans dire et beaucoup d'entre eux sont en prime estampillés d'une fameuse feuille de chêne, teintée de bronze, d'argent ou d'or, témoignant d'une récompense au Concours général de l'agriculture. Et c'est précisément le logo de la médaille d'argent qui a retenu l'attention de nos visiteurs sur le stand de la Ferme Elizaldia, basée au pays Basque, spécialisée dans l'élevage et la transformation de porc en jambons (IGP Bayonne) et autres saucissons. On nous invite très vite à déguster le jambon sec. Le verdict tombe aussi vite (et sec)  : « excellent ». Mais est-ce sociétalement correct de consommer du cochon, à l'heure où la viande est associée à la maltraitance animale, à la pollution et à l'épuisement de la ressource en eau, au détournement de protéines végétales et à des risques pathologiques tels que cancer ou maladies cardio-vasculaires. « On reste des viandards », assume Olivier.

Le bien-être animal, une ligne rouge trans-générationnelle

Deux caddies en bout de bras, Olivier et Emmanuelle sont venus faire leur marché au Salon, en quasi-voisins, domiciliés qu'ils sont à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) pour le couple quadragénaire et en Seine-et-Marne pour le père d'Olivier, Christian. Ce dernier, carnivore assumé lui aussi, n'est pas insensible à la question du bien-être animal « On ne peut pas tolérer des pratiques telles que celles que l'on voit dans les vidéos de L214 », déclare-t-il. « Je suis pour boycotter les entreprises qui ne respectent pas les animaux ».

La question du bien-être animal traverse les trois générations, Emmanuelle et Olivier étant parents de trois adolescents. « Nous sommes tous sensibles à cette cause », explique Emmanuelle. « Et si je ne privilégie pas le bio ou d'autres labels dans mes achats, je suis en revanche demandeuse d'informations et d'assurance quant au respect des conditions de vie et d'abattage des animaux ».

Cette exigence et cette sensibilité sont particulièrement fortes chez les trois adolescents. « Mes deux filles mangent de moins en moins de viande et tendraient à devenir végétariennes », explique leur maman. « J'essaie de faire en sorte que leur alimentation soit diversifiée et que leurs choix n'engendrent pas de carence ».

« Pas tous les jours, mais jusqu'à la fin de mes jours »

Le couple affirme consentir à payer plus cher des produits carnés leur donnant toutes les garanties en terme de bien-être animal. Autre critère d'achat : le modèle agricole, même s'ils ne l'expriment pas ainsi. Depuis quelques années, ils bannissent les produits qu'ils soupçonnent provenir d'élevages en batterie. Au prix parfois de certaines contorsions, s'agissant du foie gras par exemple. « Oui mais là c'est culturel », se dédouane Olivier. « Et puis les parents de mon épouse habitent dans le Périgord ». Imparable.

La famille privilégie les achats en circuits courts dès que la possibilité s'offre à eux. « Plus que des logos AB ou label Rouge, je suis sensible au côté artisanal de production et de fabrication », avoue Emmanuelle. « Il faut conserver des petites exploitations ». Et la viande artificielle ? « N'y pensez pas », rétorque Olivier. « Mais on a goûté des biscuits apéritifs à base d'insectes ».

Emmanuelle et Olivier reconnaissent consommer moins de viande que par le passé. « C'est aussi pour garder la ligne », poursuit le père de famille. « Je ne mange pas de la viande tous les jours mais je pense que j'en mangerai jusqu'à la fin de mes jours », conclut Olivier.

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