La culture du bambou pointe le bout de sa tige en France - Pleinchamp

La culture du bambou pointe le bout de sa tige en France

En 2020, une trentaine de producteurs pionniers se sont déjà lancés dans la production de cette culture exotique. La multitude de débouchés laisse présager d’un bel avenir pour le bambou français si les agriculteurs s’en emparent. D’autant plus que l’Europe en est la première importatrice mondiale.

À l’image de la croissance très rapide de ce végétal au printemps, la production de bambou en France pourrait se développer de manière exponentielle dans les années à venir. L’intérêt des agriculteurs pour cette culture est déjà là, en témoigne cette journée technique que la Chambre d’agriculture de l’Aisne a organisé en septembre dernier.

Derrière ce développement, c’est la société Onlymoso qui est à la baguette. « Nous avons deux activités. Une pépinière en Italie qui produit les plans d'une part et un axe de développement sur la valorisation du bambou sous toutes ses formes, dont une unité de transformation des pousses de bambou en pesto, pousses de bambou à la truffe et quatre autres recettes sous la marque Bambit  », explique Mathieu Gilard, le représentant ouest de la France pour l’entreprise et lui-même producteur. Il y a deux ans, il a planté 1,5 ha de bambou sur l’exploitation agricole familiale au sud de Rennes (Ille-et-Vilaine).

Dans l’hexagone, ce sont aujourd’hui 75 ha de bambou qui sont cultivés chez 36 producteurs. Onlymoso prévoit une implantation sur 5 000 ha à horizon 10 ans. En Italie, où l’entreprise est déjà bien installée, ce sont 2 200 ha qui sont déjà cultivés.

Des débouchés alimentaires et non-alimentaires

Le bambou se récolte en deux fois. Les jeunes pousses à destination de l’alimentation sont coupées au printemps, alors que les chaumes utilisés en ameublement et décoration sont prélevés durant l’automne et l’hiver. « Les rendements sont respectivement de 7 à 10 t/ha pour les jeunes pousses et de 500 à 2 500 chaumes/ha », détaille Mathieu Gilard.

En terme de valorisation, Onlymoso propose une contractualisation sur dix ans renouvelable. En face de ces rendements, les prix affichés pour les jeunes pousses sont de 2€ et plus en fonction du diamètre et plus de 12€/unité pour les chaumes. « Il y a également le débouché des usines qui utilisent de la biomasse que nous n’avions pas forcément prévu. Ce sont elles qui nous approchent au cas par cas. Le bambou est alors récolté en ensilage un rang sur deux avec un rendement de 100 t/ha », relève le producteur. Il cite aussi les cosmétiques, le textile ou encore la pâte à papier comme autant de débouchés pour cette culture.

Jeunes pousses de bam ou qui seront récoltées au printemps avant la croissance en hauteur des chaumes.

Bien que difficile à vérifier, puisque les premières plantations entrent seulement en production en France, les chiffres du business plan d’Onlymoso donnent le tournis. Après 20 ans de culture, l’entreprise calcule une marge moyenne annuelle de plus de 11 000 €/ha pour le producteur qui aurait opté pour une implantation relativement dense de 1 800 plants/ha. En terme d’investissement, le bambou s’apparente à la production arboricole avec un coût de plantation important, plus de 30 000 €/ha et les cinq premières années non productives.

Une culture qui nécessite très peu d’intervention

Le choix de la parcelle est prépondérant pour la culture du bambou. Trois critères permettent de trouver l’emplacement idéal. « Il faut que le terrain puisse être irrigué en goutte à goutte, sinon nous ne réalisons pas la plantation, insiste Mathieu Gilard. La terre doit être riche et drainante. Les sols asphyxiants et argileux ne sont pas adaptés ». Il conseille également de planter sur un terrain en propriété car la durée de vie du bambou est comprise entre 60 et 120 ans. « C’est le temps qu’il met pour fleurir. Ensuite il meurt », explique le producteur breton.

Concernant l’itinéraire cultural, le bambou se conduit sans traitement. Le désherbage est nécessaire les deux premières années avant qu’il couvre naturellement le sol, mais cette opération peut se faire au broyeur dans l’inter-rang de 3,70m et manuellement au pied des plants. « La fertilisation et la récolte se rapprochent des cultures riches en eau telles que les légumes. Une partie de l’apport se fait en granulé et une autre en fertirigation », commente Mathieu Gilard.

Onlymoso recommande 200 U d’azote et 100 de potassium et de phosphore chaque année. Pour la récolte, l’agriculteur breton se sert d’un couteau pour les jeunes pousses et d’une scie pour les chaumes. Ces derniers sont ensuite débités par l’exploitant en tronçons de 2 à 3 mètres avant d’être expédiées. Chaque année, les trois-quarts des bambous sont récoltés en jeunes pousses et le quart restant est coupé en chaumes avec un diamètre plus important dans les années suivantes.

« Attention à ne pas trop attendre, au bout de 7 à 8 ans, les chaumes se lignifient et ne sont plus exploitables », prévient-t-il. Pour éviter le développement du bambou dans les cultures adjacentes, il a creusé une tranchée de 80x80 cm tout autour de sa parcelle. « 90 % des rhizomes se développent dans les 30 premiers centimètres », précise-t-il.

Une culture de bambou mature en Italie.

>> A lire aussi : retrouvez la série « Nouveaux débouchés »

Nouveaux débouchés (1/4) : la stévia bio édulcore les menus, pas les revenus

Nouveaux débouchés (2/4) : le houblon bio prépare sa mise en bière

Nouveaux débouchés (3/4) : le tabac n’a pas tiré sa dernière cartouche

Nouveaux débouchés (4/4) : le soja bio, à la croisée de la transition agricole et alimentaire