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Lundi 26/10/2026
Le début des négociations commerciales s'annonce déjà sous haute tension
Les principaux distributeurs ont menacé vendredi de boycotter une réunion organisée mercredi à Bercy à un mois du début de leurs négociations tarifaires annuelles avec les industriels de l'agroalimentaire qui, appelés à plus de "transparence", ont dénoncé en retour un "cynisme" indécent.
La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) ne "participera pas" au "comité de préparation des négociations commerciales" prévu mercredi 28 octobre sous l'égide des ministres du Commerce, Serge Papin, et de l'Agriculture, Annie Genevard, "tant que deux exigences fondamentales n'auront pas été reconnues et partagées par tous", a-t-elle annoncé dans un communiqué, citant "la transparence" sur les coûts de la matière première agricole et un traitement différencié pour les PME. Contacté par l'AFP, le ministère du Commerce a indiqué avoir "pris note" de ce communiqué et "maintenir la réunion du 28 octobre".
Des négociations annuelles sous tension
Chaque année, du 1er décembre au 1er mars, supermarchés et fournisseurs alimentaires mènent des négociations, parfois brutales, qui déterminent in fine les prix en rayon (hors marques propres des distributeurs) et sont régulièrement accusées de mettre sous pression la rétribution des agriculteurs. Alors que le cru 2026-2027 s'annonce particulièrement tendu, et l'inflation inéluctable, le gouvernement avait annoncé la semaine dernière vouloir réunir les parties prenantes en amont, en vue d'un "pacte de responsabilité".
Voir aussi : prix du lait, les distributeurs réclament "plus de transparence" aux industriels au "bénéfice" des éleveurs
Un contexte de crise agricole et de mobilisations
"L'heure est grave", a concédé la FCD, qui représente les principales enseignes comme E.Leclerc, Carrefour et Intermarché, rappelant que "des commerces ont été pillés et saccagés" et que "d'autres mobilisations s'annoncent", dans un contexte difficile pour les éleveurs, "fragilisés" notamment par les canicules et la sécheresse de l'été, et de "vie chère" pour les Français. Or "l'urgence n'est pas de réunir une instance de plus, mais de répondre aux difficultés des agriculteurs, des TPE, PME et petites ETI, des coopératives agricoles-PME et des consommateurs", estime l'organisation sectorielle, appelant à "changer de paradigme".
Deux conditions non négociables
Sa "première exigence", a trait à la "transparence" due selon elle au monde agricole. La FCD réclame que les industriels "affichent dans leurs conditions générales de vente la part de chaque matière première agricole, ou leur part globale" utilisée dans leurs produits. La deuxième concerne "la différenciation" lors des négociations entre les multinationales et les entreprises plus modestes. "Une PME fragilisée ne peut être traitée comme un groupe industriel mondial affichant près de 50 % de marge brute, une marge nette supérieure à 10 %", clame la FCD, appelant les industriels à "cesser de défendre leurs seuls intérêts au détriment des autres acteurs". "Ces deux exigences sont des préalables non négociables" à acter "avant le 28 octobre", prévient-elle.
L'Ania dénonce le "cynisme" des distributeurs
Cet ultimatum a suscité l'ire de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania). "De qui se moque-t-on ?", a réagi son président, Jean-François Loiseau, dans une déclaration transmise à l'AFP. "Le cynisme des distributeurs dépasse la décence", a-t-il ajouté, leur reprochant de refuser "depuis le début de la crise au Moyen-Orient de prendre en compte les surcoûts" supportés par les entreprises agroalimentaires.
En annonçant boycotter une réunion organisée par le gouvernement "pour trouver un équilibre" au sortir "d'une crise agricole catastrophique", les distributeurs offrent "une démonstration des pratiques que nous dénonçons depuis des années", estime M. Loiseau. Ils "ne sont pas à la hauteur du moment" et "vont sacrifier l'agriculture française et nos entreprises", fustige-t-il.