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Vendredi 24/04/2026
Vers 4 à 5 % d’inflation : des négociations commerciales qui n’intègrent pas la hausse des charges, les agriculteurs paient l’addition
[Edito] Conclues début mars sur une quasi-stabilité des prix, les négociations commerciales sont déjà remises en cause par la flambée des coûts liée aux tensions au Moyen-Orient et à la fermeture du détroit d’Ormuz. Industriels et distributeurs s’opposent sur une éventuelle réouverture. En attendant, la pression se reporte sur les agriculteurs… et pourrait bientôt atteindre les consommateurs.
Les discussions entre industriels et grande distribution se sont achevées le 1er mars 2026. Elles ont abouti à des prix alimentaires quasiment stables en rayon, avec une évolution moyenne de +0,05 %, selon l’Observatoire des négociations commerciales.
Hasard du calendrier, ou plutôt mauvais timing pour les industriels et les agriculteurs : ces accords ont été signés juste avant la reprise des tensions internationales et leurs conséquences sur les coûts de l’énergie, du transport et des intrants. L'association UFC-Que Choisir alerte : une inflation alimentaire de 4 à 5 % est attendue dans les prochains mois, avec une hausse des prix progressive et non immédiate.
Rouvrir les négociations ? Le bras de fer est lancé
Côté industriels, les demandes se multiplient. Dans le secteur laitier notamment, la situation est jugée intenable. « Nos coûts explosent », alerte la FNIL (Fédération nationale de l’industrie laitière), citée par Les Echos. Même position chez le géant Lactalis, qui annonce vouloir répercuter les hausses de ses coûts de logistique et d'emballage, liées au conflit au Moyen-Orient. Pour ces acteurs, les négociations conclues début mars ne correspondent déjà plus à la réalité économique.
En face, la grande distribution refuse de rouvrir les négociations. Elle brandit la protection du pouvoir d'achat comme argument central et préfère s'appuyer sur les clauses de révision prévues dans les contrats, censées permettre d'ajuster les prix si les coûts augmentent. Mais elles s'appliquent au cas par cas.
Voir aussi : la filière laitière réclame la réouverture des négociations commerciales déjà dépassées par la flambée des charges
Des filières en première ligne
L'augmentation des prix devrait d'abord concerner les produits périssables. La filière laitière en fait déjà les frais. Le GNR, indispensable à la collecte du lait, fragilise dangereusement les trésoreries : +50 centimes par litre, soit 11,5 euros supplémentaires pour 1.000 litres de lait. Les fruits et légumes suivent une logique différente, avec des prix ajustés plus rapidement au marché. Mais là aussi, l'addition risque de monter de 10 à 15 % pour certains fruits, comme les abricots et les cerises. Pendant ce temps-là, la consommation ralentit et les Français font attention à leur porte-monnaie. Les produits de marque de distributeur et les premiers prix gagnent du terrain.
Produire sous contrainte
Derrière ces distorsions de prix, produire devient une question centrale pour les agriculteurs. Le blé est en ce moment vendu 170 euros la tonne, mais coûte plus de 200 euros à produire. Sur BFM Business, certains agriculteurs interrogés expliquent même laisser des parcelles en jachère plutôt que de semer du maïs. Conséquences : 10 à 15 % des surfaces sont en recul en France, selon les chiffres d'Arvalis, en raison du coût de l'eau, des engrais et du gaz pour le séchage. La culture n'est plus rentable cette année. D'autres remettent en question le choix des semis pour les futures récoltes. Vont-ils pouvoir vendre toute leur production ou subir le même sort que les producteurs de pomme de terre ? Dans cette filière, la surproduction a atteint environ 1 million de tonnes excédentaires. Les contrats ont été revus à la baisse, à la fois en volumes et en prix.
Un système de négociation de plus en plus contesté
Pour certains industriels et agriculteurs, le fonctionnement actuel des négociations commerciales est obsolète. Elles peinent à prendre en compte les fluctuations du marché. Le gouvernement évoque une évolution vers des contrats plus longs et plus flexibles, intégrant les enjeux de souveraineté alimentaire et de transition. Mais du côté des industriels, les critiques portent aussi sur l’application des lois Egalim, jugées trop souvent contournées. La pression des prix bas se fait en ce moment par d'autres leviers de négociation, comme les exigences de qualité ou les volumes achetés.
Les négociations commerciales 2026 ont été conclues dans un contexte qui n’existe déjà plus. La question de leur réouverture reste ouverte, mais les ajustements sont déjà à l’œuvre, souvent au détriment des agriculteurs. Si les coûts continuent de progresser, la stabilité actuelle des prix pourrait n’être qu’une passade. Et c’est l’ensemble de la chaîne — des producteurs aux consommateurs — qui devra en absorber les conséquences. Au lieu de rogner sur les marges des agriculteurs et des industriels, ne faudrait-il pas repenser le système de négociations commerciales, avec plus de souplesse et de garanties pour les producteurs ? La question se pose de plus en plus.