Téléchargez la nouvelle application Pleinchamp !
Vendredi 09/01/2026

Pas de trêve hivernale pour la colère agricole

[Edito] Malgré les concessions françaises et européennes, la colère d’une partie des agriculteurs s’intensifie, avec, en point d’orgue, la signature imminente de l’accord avec le Mercosur.

Après avoir enflé toute l’année, la colère agricole est montée d’un cran. Pas de trêve hivernale qui tienne : les blocages de routes, initiés en fin d’année dans le Sud-Ouest, se sont propagés sur tout le territoire, les tracteurs arrivant le 8 janvier jusqu’au cœur de Paris.

Comment apaiser une colère multifactorielle, une détresse sourde, un ras-le-bol qui ne date pas d’hier ? La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a appelé au calme et au dialogue, face à des revendications et inquiétudes qu’elle a qualifiées de « légitimes ».

Concessions insuffisantes

Mais le gouvernement français et l’exécutif européen ont beau faire des concessions, rien n’y fait. Ni l’aménagement de la taxe carbone aux frontières, ni la rallonge budgétaire de la PAC, ni la suspension d’importation de denrées contenant des résidus de pesticides interdits dans l’UE.

Abattage total des troupeaux face à la DNC, trésoreries exsangues, distorsions de concurrence, normes déconnectées du terrain… les doléances sont nombreuses, et de nombreux agriculteurs ont le sentiment que leurs revendications des années précédentes n’ont pas été écoutées. L’accord commercial avec le Mercosur ne fait qu’accentuer ce sentiment d’abandon de la part des politiques.

Les manifestants réclament un cap clair pour l’agriculture française, permettant de sécuriser les revenus, relocaliser les productions et endiguer la hausse des importations.

Dans ses vœux aux Français, Emmanuel Macron a eu un mot pour l’agriculture, comme quasiment chaque année depuis qu’il est président : « Dès le début de l'année 2026, il faudra agir, soutenir nos agriculteurs face aux crises et les protéger de décisions qui peuvent menacer notre capacité à produire, comme notre sécurité alimentaire », a-t-il dit.

Dans ses propres vœux présentés à la presse le 8 janvier, la FNSEA semblait déjà porter ses espoirs sur la future présidence en 2027, en appelant à « questionner les futurs candidats sur leur vision ».

Un président isolé

De fait, le président de la République est de plus en plus isolé. Malgré sa prise de position claire hier, affirmant que la France voterait contre la signature de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, il fait désormais face au risque de censure de son gouvernement.

Au niveau européen, les pays se positionnant contre l’accord ne sont pas en nombre suffisant pour constituer une minorité de blocage, l’Italie ayant finalement choisi de soutenir l’accord.

Si tout se passe comme prévu, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen devrait donc signer l’accord lundi 12 janvier, au Paraguay. Cependant, « l’étape de la signature de l’accord ne constitue pas la fin de l’histoire », a rappelé Emmanuel Macron.

De fait, le traité de libre-échange doit encore être approuvé par le Parlement européen, où le vote risque d’être serré.

Dernier espoir pour les opposants : le Parlement européen pourrait saisir la Cour de justice de l’Union européenne et ainsi interrompre la procédure d’adoption du Mercosur pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. L’épilogue de cette crise est encore loin d’être écrit.