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Vendredi 09/01/2026

Traité UE-Mercosur : pour la France, c’est « non »

Le président de la République a emboité le pas aux gouvernement, syndicats, députés, sénateurs et partis politiques, rejetant le projet d’accord commercial entre l’UE et le Mercosur datant de 1999, mais dont la signature est néanmoins imminente.

« La France a décidé de voter contre la signature de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur » : C’est ce qu’a fait savoir Emmanuel Macron jeudi soir dans un communiqué. « La France est favorable au commerce international, mais l’accord UE-Mercosur est un accord d’un autre âge, négocié depuis trop longtemps sur des bases trop anciennes ».

Le chef de l’Etat a ainsi mis fin aux spéculations sur la position ultime de la France, à quelques heures d’un vote au sein du Conseil de l’UE qui, sauf coup de théâtre, devrait délivrer à la présidente de la Commission européenne, son billet d’avion pour le Paraguay, où elle devrait parapher l’accord le 12 janvier avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay).

Concorde nationale

Et pourtant, dans un rare moment de concorde nationale, de l’Assemblée nationale au Sénat en passant par tout le spectre politique et l’ensemble des syndicats, personne n’en voulait de cet accord. Et pour cause : les modes de production sont aux antipodes de ceux que l’UE forge depuis des décennies à coups de réglementations, de normes, voire de surtranspositions franco-françaises, et qui font que l’UE dispose d’un cadre agricole et alimentaire parmi les plus sûrs et les plus durables au monde. Las, la France n’est pas parvenue à rallier une minorité de blocage au sein du Conseil de l’UE.

Des garde-fous d’ordre commercial et sanitaire

Face à une situation mal embarquée, la France s’est résolue à négocier des garde-fous d’ordre commercial et sanitaire, à commencer par une clause de sauvegarde spécifique, un « frein d’urgence » sur les importations agricoles des pays du Mercosur en cas de déstabilisations de marché en Europe, qui pourra être activé en cas de variation de seulement 5% des prix et des volumes des produits agricoles importés, à la demande d‘un seul Etat membre ou de représentants de filières. La France met aussi en avant les mesures de réciprocité (mesures miroirs) en matière de pesticides, d’alimentation animale ou d’usage d’antibiotiques, l’UE ayant déjà ramené à zéro les LMR de la carbendazime, du bénomyl et du thiophanate-méthyl, emboitant le pas à la France qui y a adjoint le mancozèbe et le glufosinate. L’Elysée évoque enfin un renforcement des contrôles sanitaires en Europe et des audits vétérinaires et phytosanitaires dans les pays tiers, « afin de garantir que les producteurs, notamment du Mercosur, respectent nos règles ». Autant d’avancées « incontestables » juge l’Elysée.

« L’histoire n’est pas finie »

Emmanuel Macron assure que « l’étape de la signature de l’accord ne constitue pas la fin de l’histoire », sans toutefois préciser quels pourraient être les épisodes suivants. Si l’accord est effectivement signé le 12 janvier, la balle sera dans le camp du Parlement européen, qui pourrait saisir la Cour de justice de l’UE et qui en dernier ressort, aura aussi voix au chapitre avec un vote des eurodéputés à la majorité simple.