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Mardi 24/02/2026
Place des femmes en agriculture : « des constats sans appel » et un Plan d’action pour « inverser le schéma »
Le ministère de l’Agriculture a décrété un plan d’action destiné à lever les freins pesant sur les femmes à chaque étape de leur parcours agricole et à valoriser pleinement leur contribution, en les rendant visibles et reconnues. Il est décliné en 6 axes et 41 actions, assorties d’un dispositif d’évaluation continue, fondé sur des indicateurs qualitatifs et quantitatifs.
Une image masculine encore prédominante, pouvant freiner l’installation des femmes, un manque de reconnaissance et de visibilité des femmes dans les métiers agricoles, une parentalité pas assez prise en compte, des conditions de travail parfois difficiles avec du matériel parfois inadapté, des statuts encore insuffisamment protecteurs, une moindre représentation des femmes dans les instances agricoles : tels sont les enseignements principaux issus de la consultation publique organisée l’été dernier pour cerner les obstacles à l’exercice du métier d’agricultrice. « Les constats sans appel » a déclaré 23 février, au Salon de l’agriculture, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard lors de la présentation des conclusions de la consultation et du plan d’action.
« Les femmes restent insuffisamment visibles alors qu’elles contribuent pleinement à la vitalité du secteur, les conditions de travail ne sont pas adaptées à leur réalité, les statuts n’offrent pas toujours la protection nécessaire, et leur présence dans les instances agricoles, là où se prennent les décisions structurantes demeurent encore trop limitées ».
Le Plan est issu des réflexions de groupes de travail impliquant des agricultrices et des organisations professionnelles. « Quand un métier n’est incarné que par un seul visage, il devient plus difficile pour d’autres de s’y projeter », a dit la ministre. « Les femmes ne sont pas à la marge de l’agriculture française, elles en sont une des forces vitales », a déclaré de son côté Aurore Berger, ministre de l'Egalité entre les femmes et les hommes.
« Aujourd’hui, près de la moitié des élèves de l’enseignement agricole sont des femmes, les vocations sont là, les compétences sont là, l’engagement est là. Les inégalités ne tombent pas du ciel, elles relèvent de constructions historiques. Mais ce qui se construit par l’Histoire doit être transformé par la volonté commune, c’est le sens de ce Plan d’action. L’égalité n’est pas un principe abstrait, c’est une condition de notre souveraineté, une exigence d’efficacité et même une stratégie de croissance (…) Vous démontrez mesdames que l’excellence agricole française se conjugue bien évidemment au féminin, avec exigence, avec talent et avec vision ».
Le Plan est assorti d’un dispositif d’évaluation continue, fondé sur des indicateurs qualitatifs et quantitatifs. « Ce plan constitue une étape décisive mais il n’est pas un aboutissement, a conclu Annie Genevard. Il marque le début d’un mouvement que je souhaite d’ampleur et que nous accompagnerons avec constance et avec la conviction profonde que l’avenir de l’agriculture française se construira avec vous ». Les femmes.
Axe 1 : rendre les femmes du monde agricole plus visibles afin de favoriser les vocations
Action 1 : dès la publication du plan, chaque mois, le ministère de l’Agriculture réalisera un portrait de femme travaillant en agriculture. Ces portraits seront déclinés sur les réseaux sociaux sous les formes les plus appropriées (interview ou reportage vidéo, article, photos, exposition) et pourront être relayés par les réseaux sociaux partenaires. Cette action s’ajoute aux publications en faveur de la mixité des formations dans l’enseignement agricole, à la valorisation des femmes dans les métiers de l’agriculture, réalisées régulièrement.
Action 2 : des actions de communication vont être menées par l’État, au premier trimestre 2026, pour attirer plus de jeunes dans les métiers agricoles et l’enseignement agricole. Les actions de communication entreprises représenteront désormais au moins 50 % de femmes.
Action 3 : en 2026 sera lancée une expérimentation, dans plusieurs territoires, pour que sur certains produits alimentaires, une indication soit faite pour préciser que ledit produit est réalisé par une femme. Il s’agira d’une indication/logo « femmes agri ». L’objectif est de mettre en valeur les produits réalisés par des femmes et ainsi leur redonner une visibilité.
Action 4 : le prix « Femmes agricultures territoires » co-organisé par Vox Demeter, l’École supérieures des agricultures à Angers et l’Association back to earth a pour objectif de mettre en lumière des modèles féminins en agriculture. Dès 2026, la lauréate de ce prix « Femmes agricultures territoires » deviendra l’ambassadrice des actions inscrites dans ce plan pendant un an. Des opérations de communication (réseaux sociaux…) seront organisées ainsi tout au long de l’année à l’occasion d’événements, salons, tables-tondes, etc.
Action 5 : le 8 mars sera dès 2026 dédié à la mise en valeur de l’agriculture au féminin. Dans l’enseignement agricole, des événements ouverts à tous seront organisés au sein des établissements, afin de rendre visibles les métiers du vivant au féminin.
Axe 2 : faire de l’école un lieu de la construction de l’égalité et de l’émancipation des femmes
Action 1 : à partir de la rentrée scolaire 2026, tous les personnels éducatifs seront formés à l’orientation dans le cadre de leur prise de fonction. Dans ce cadre, ils recevront une sensibilisation à la lutte contre les préjugés.
Action 2 : dès novembre 2025, 60 établissements de l’enseignement agricole entrent dans la démarche de labellisation AFNOR Égalité-Diversité.
Action 3 : dès la rentrée scolaire 2026, toute personne entrant dans l’enseignement agricole pour se former recevra, au cours de sa scolarité, au moins une fois une formation/sensibilisation à l’égalité.
Action 4 : un mentorat « 1 agricultrice/1 élève » sera lancé dès 2026 afin d’accompagner et encourager les jeunes filles vers les métiers de la production agricole.
Action 5 : dès 2026, les établissements agricoles effectueront un accompagnement renforcé pour les filles dans leur recherche de stage. Les filles rencontreraient en effet plus de difficultés à trouver un stage que les garçons.
Action 6 : dès 2026, le Programme national d’orientation et de découverte des métiers prévu de la Loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture, assurera la promotion de l’accès des filles de 3e et de seconde aux stages de découverte dans les exploitations agricoles.
Action 7 : à la rentrée 2026 seront intégrés dans les formations des temps spécifiques sur l’entrepreneuriat féminin dans le monde agricole. Ces temps pourront avoir lieu pendant les cours, mais ils pourront aussi prendre la forme
d’interventions extérieures, de demi-journées d’échanges collectifs.
Action 8 : déploiement dès 2026 dans les territoires du partenariat avec l’association 100 000 entrepreneurs pour favoriser les témoignages, la sensibilisation et les réussites de l’entreprenariat au féminin.
Axe 3 : renforcer l’accompagnement et le soutien des agricultrices dans leur quotidien
Action 1 : d’ici 2027, toutes les agricultrices nouvellement installées recevront, par la MSA, une information renforcée sur leurs droits liés à la grossesse et à la maternité (congés, indemnités, service de remplacement, etc.), et toutes les femmes déclarant à la MSA leur grossesse se verront contactées par cette celle-ci dans le cadre d’un parcours maternité ajusté.
Action 2 : les femmes souhaitant se faire remplacer pendant leur congé maternité bénéficieront, à l’horizon de l’été 2027, de la possibilité d’avoir un remplaçant avec des horaires plus adaptés à leur besoin : plages horaires plus flexibles, le week-end, la nuit le cas échéant, etc. A cette fin, Service de remplacement France (SRF) et la MSA mèneront, en janvier 2026, une enquête pour déterminer les besoins spécifiques de remplacement des femmes en agriculture.
Action 3 : la MSA mènera, en concertation avec SRF, à compter de 2026, une campagne de promotion du congé de paternité et des congés liés à la parentalité auprès des chefs d’exploitation et des conjoints des cheffes d’exploitation, y compris lorsque le conjoint n’est pas affilié au même régime social que l’agricultrice.
Action 4 : à partir de 2026, la capacité d’intervention du Fonds national d’action sanitaire et sociale (FNASS) de la MSA au titre du soutien à l’accueil du jeune enfant et de la montée en charge du dispositif Grandir en milieu rural, sera renforcée, en prévoyant les moyens nécessaires dans la convention d’objectifs et de gestion (COG) 2026-2030 de la MSA. A ce titre, les caisses de MSA mèneront diverses actions visant à une meilleure conciliation des vies familiales et professionnelles pour les femmes en agriculture. Exemples : développement du soutien à la création de micro-crèches avec une tarification accessible et des horaires adaptés ; aide à l’émergence de maisons d’assistantes maternelles d’initiative publique.
Action 5 : les agricultrices (ou agriculteurs) contraints de cesser momentanément leur activité pour s’occuper de leur enfant malade, porteur d’un handicap ou victime d’un accident grave, devraient pouvoir être remplacés sur leur exploitation. Une réflexion va être menée en 2026 en ce sens.
Axe 4 : favoriser l’installation et la transmission des femmes
Action 1 : l’ensemble des conseillers des chambres d’agriculture et des structures de conseil et d’accompagnement de France service agriculture (FSA) sera sensibilisé, d’ici à 2028, aux difficultés particulières rencontrées par les femmes lors de l’installation ou de la transmission.
Action 2 : chaque cédant se verra, dans le cadre des rendez-vous de conseil et d’accompagnement à la transmission prévus par FSA, sensibilisé à ces questions.
Action 3 : les établissements bancaires Crédit Mutuel, Crédit Agricole et BPCE renforceront les actions concrètes mises en œuvre relatives à la place des femmes dans leurs campagnes de communication, les actions visant la promotion de l’entreprenariat et l’innovation agricoles féminins ainsi que les actions de sensibilisation des collaborateurs à la place des femmes dans toutes les filières agricoles.
Action 4 : toutes les structures de conseil et d’accompagnement à l’installation agréées dans le cadre de FSA remettront aux femmes qu’elles accompagnent une liste d’organismes/contacts, des leviers et des dispositifs d’aides existants pour surmonter les difficultés spécifiques à l’exercice du métier.
Action 5 : les chambres d’agriculture, dans le cadre de leur mission de service public liée à l’installation, ainsi que les structures de conseil et d’accompagnement à l’installation agréées dans le cadre de FSA organiseront des temps d’échange dédiés aux difficultés que peuvent rencontrer les femmes.
Action 6 : un réseau de mentorat entre femmes pour l’installation sera lancé lors de déploiement de FSA en 2027. Il sera déployé dans tous les départements d’ici fin 2028. Chaque femme mentor pourra ainsi accompagner une ou plusieurs femmes désireuses de s’installer en agriculture ou s’étant récemment installée.
Action 7 : dans le système d’information de FSA, une rubrique dédiée permettra d’informer toutes les femmes qui le souhaitent sur les dispositifs d’aides existants, les possibilités d’avoir recours à un mentor, les lieux où il est possible de s’informer, d’échanger entre pairs, etc. Cette fonctionnalité sera disponible en 2027.
Action 8 : les comités régionaux de l’installation transmission (CRIT) qui pilotent la politique d’installation dans les régions rendront compte, chaque année, à l’État, des actions entreprises pour faciliter l’installation et la transmission des femmes.
Axe 5 : sécuriser et améliorer le statut et les conditions de travail des femmes en agriculture
Action 1 : au moment de l’installation, les personnes seront sensibilisées par la MSA à la multiplicité des statuts et incités à opter pour les plus protecteurs.
Action 2 : la MSA renforcera ses actions de sensibilisation auprès des conjoints collaborateurs sur l’importance de disposer d’un statut et sur les conséquences fortes en son absence. A l’été 2025, les conjoints collaborateurs et les chefs d’exploitation ont été informés de l’évolution du statut par courrier et par courriel. A compter de septembre 2025, les caisses réaliseront des webinaires sur l’ensemble du territoire pour présenter la réforme aux tiers de gestion, aux conjoints collaborateurs et aux chefs d’exploitation concernés. A partir de 2026, chaque conjoint collaborateur concerné par l’évolution du statut au 1er janvier 2027 se verra proposer par la MSA un accompagnement individualisé pour définir avec lui le statut vers lequel évoluer.
Action 3 : chaque conjoint collaborateur concerné par le terme des 5 ans maximum dans ce statut et qui choisira de devenir chef d’exploitation, aura droit, s’il a plus de 40 ans (et n’est donc pas éligible au dispositif proposé aux jeunes agriculteurs), à une exonération dégressive de cotisations sociales sur 5 ans.
Action 4 : la MSA remettra, au 1er septembre 2027, un rapport au Ministre en charge de l’agriculture sur le devenir des personnes qui ont quitté le statut de conjoint-collaborateur au 1er janvier 2027, notamment au travers de statistiques précises sur leur nouveau statut.
Action 5 : une enquête du Syndicat français des acteurs industriels de l’agroéquipement et des espaces verts (AXEMA) sera lancée auprès des agricultrices au premier trimestre 2026, en concertation avec le ministère chargé de l’agriculture et la caisse centrale de MSA, en vue d’identifier quels matériels doivent être adaptés en priorité et comment.
Action 6 : la France se fixe comme objectif, dans les cinq prochaines années, d’œuvrer afin de faire inclure dans les normes en cours de révision des prescriptions techniques qui prennent en compte l’utilisation par les femmes des machines concernées. Les priorités seront : la norme NF EN ISO 4254-1 relative aux exigences générales de sécurité qui est transverse à de nombreuses machines, les trois machines automotrices les plus utilisées en agriculture hors espaces verts et les trois -machines les plus utilisées en espaces verts.
Action 7 : les constructeurs de matériel seront incités à la prise en compte de l’ergonomie et des différentes morphologies lors des commissions de normalisation au gré des révisions des normes. Les opérateurs auxquels le ministère chargé de l’agriculture fait appel en matière de normalisation (AFNOR, UNM, EUROGIP) seront sensibilisés dès 2026 à cet effet.
Action 8 : le ministère chargé de l’agriculture, en sa qualité d’autorité de surveillance du marché en charge du contrôle de la conformité des agroéquipements neufs aux règles de santé et de sécurité qui leur sont applicables, s’attachera à une vérification genrée de l’ergonomie des matériels agricoles lors de ses contrôles.
Action 9 : le Plan santé sécurité au travail (PSST) 2026-2030 de la MSA développera des actions de prévention spécifiques à ce secteur très accidentogène car exposé à des risques professionnels élevés (gestes et postures, machinisme agricole, produits phytopharmaceutiques…)
Axe 6 : développer l’engagement des femmes dans les instances agricoles
Action 1 : l’État se donne pour objectif que lors de leur prochain renouvellement, les commissions administratives agricoles aient une composition paritaire. Il s’agit notamment du conseil supérieur d’orientation et de coordination de l’économie agricole et alimentaire (CSO), de la commission technique « développement agricole et rural » du conseil supérieur d’orientation de l’agriculture (CTDAR CSO) au niveau national et de la commission départementale d’orientation de l’agriculture (CDOA) et la commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) au niveau local.
Action 2 : pour les organismes sous tutelle du ministère en charge de l’agriculture (y compris réseaux Fédération nationale des Safer (FNSafer), Caisse centrale de la MSA (CCMSA) et Chambres d’Agriculture France CDAF). Dès 2026, les organismes sous tutelle du MAASA s’engageront à publier, chaque année, un index sur la représentation des femmes dans les instances de gouvernance, accompagné au besoin d’un plan d’actions pour améliorer la situation. A partir du premier trimestre 2026, l’État va engager, avec les organismes concernés, un travail visant à faire évoluer les règles juridiques qui leur sont applicables en matière d’amélioration de la place des femmes, en vue d’une application au prochain renouvellement des instances.
Action 3 : des formations dédiées pour favoriser l’engagement dans les instances de gouvernance (formation sur la gouvernance, la prise de parole, la gestion du temps, etc) seront mises en place, notamment par Chambres d’Agriculture France.
Action 4 : CDAF, la CCMSA et la FNSAFER réaliseront des campagnes de communication dédiées à l’engagement des femmes au moment du renouvellement des instances électives. Il en sera de même pour les instances non électives des organismes sous tutelle (FAM, INAO, Odeadom, ASP, Agence Bio)
Action 5 : les organismes sous tutelle du ministère (y compris les réseaux FNSAFER, CCMSA, CDAF) s’engagent à mettre en place une charte des temps pour permettre l’équilibre des temps de vie et notamment organiser les réunions de gouvernance dans des horaires compatibles avec une vie de parent (avant 18h par exemple), en privilégiant un accès à la visioconférence. Ces engagements seront inscrits dans la lettre d’objectifs annuelle des dirigeants des organismes sous tutelle le cas échéant.
