Soja sans complexe (4/4) : 26 q/ha en sec, en bio et sans binage dans la Meuse

Polyculteur-éleveur, Sébastien Trambloy s’est doublement converti à la bio et au soja, avec des résultats très prometteurs. D’autres légumineuses gagnent aussi du terrain dans son assolement, telles les lentilles et le pois chiche, au détriment du maïs.

La Meuse (le département), ce n’est pas vraiment l’Amazonie, et la Meuse (le fleuve), ce n’est pas l’Amazone. Et à Brixey-aux Chanoines, dans la Meuse et en bord de Meuse, foin de déforestation, de monoculture et d’OGM mais le soja commence néanmoins à se faire une petite place dans l’assolement de Sébastien Trambloy, avec une bonne dose d’audace. Jugez plutôt : des semences autoproduites, une date de semis un peu tardive (25 mai), à la fois pour contourner les mauvaises herbes et pour bénéficier d’une valorisation AB, des tests de semis à 16 cm et 32 cm d’écartement pour jauger la résistance à l’enherbement, l’extrusion maison d’une partie de sa récolte pour voir l’effet sur ses agneaux Suffolk.

En dépiit de rendements honorables, le maïs ne sera pas reconduit cette année, le blé (bio) accusant le coup dans la rotation

L’agriculteur s’est même payé le luxe de semer des variétés 00 quand des 000 sont fortement recommandées sous ces latitudes. « La récolte a été compliquée, reconnait-il. En 2021, les sojas ont été très arrosés et sont restés verts très longtemps. J’ai récolté autour du 10 octobre à 16-17% d’humidité mais je me suis battu avec des tiges restées vertes de 1,40 m de long et grosses comme mon petit doigt ».

"L’an passé, j’ai semé le soja et je suis revenu pour le moissonner, sans biner une seule fois"

Si l’agriculteur a dû y aller à la serpe, c’est tout de même en grande partie grâce à la pluviométrie exceptionnelle qu’il a pu engranger une moyenne de 26 q/ha sur une surface de 10 ha. Quand on sait que la moyenne nationale s’est établie à 29 q/ha en 2021, avec une bonne part de soja irrigué cultivé dans le Sud-Ouest, la performance est notable. « En 2020, année plutôt sèche, j’avais récolté 15 q/ha sur 2 ha », relativise Sébastien Trambloy. En 2022, il va semer plus tôt (autour du 10 mai) et introduire avec Abelina une variété 000 aux côtés de ES Mentor 00, le tout semé à 16 cm d’écartement. « L’an passé, j’ai semé le soja et je suis revenu pour le moissonner, sans biner une seule fois. D’ailleurs, je n’ai pas de bineuse, je n’ai qu’une herse étrille ». En 2021, les sojas ont été semés après un apport de fumier, un labour, un passage de herses lourdes puis de vibro. Le fumier est acheté auprès de voisins éleveurs.

Le soja a surperformé en 2021 mais pour ce qui est des lentilles, Sébastien Trambloy a récolté tout juste de quoi ressemer cette année

Un effet précédent fatal au maïs

Cette année, l’agriculteur va réserver 17 ha au soja sur une SAU totale de 150 ha, qui ménage des surfaces fourragères (dont la luzerne) pour la vingtaine de vaches allaitantes. Ses brebis Suffolk pâturent quant à elles des surfaces agrivoltaïques à quelques encablures du village. Les rendements enregistrés, doublés de la valorisation en bio, font évidemment le jeu du soja même si l’agriculteur se défend de spéculer. « En bio, les cours ne suivent pas exactement les soubresauts du conventionnel », explique le coopérateur convaincu, qui confie toute sa collecte à la coopérative Probiolor (Meurthe-et-Moselle). Presque toute. En 2021, l’éleveur a extrudé 3 tonnes de soja pour finir ses agneaux, une expérience zootechniquement très concluante mais économiquement inopportune, du fait de la valorisation relative des agneaux bio.

Le soja marche sur les plates-bandes du maïs qui disparaît de l’assolement en 2022. « Les rendements ne sont pas en cause puisque j’ai récolté 62q/ha l’an passé. Mais derrière le maïs, le blé est beaucoup moins bien que derrière un soja ».

L’agriculteur autoproduit ses semences qu’il inocule systématiquement

Des lentilles et des pois chiche

Cette année, le pois chiche va faire son apparition dans l’assolement, avec toujours la même formule : quelques hectares pour se faire la main, générer la semence et assurer la montée en puissance l’année d’après. La lentille avait respecté cette règle l’an passé mais la formule n’a pas pris. « Elles se sont salies et j’ai dû les faucher avant des les moissonner, explique l'agriculteur. J’ai récolté 400 kg/ha, juste de quoi en ressemer cette année ». Et en déguster avec l’agneau maison fini au soja maison.

Tous les articles de la série :

Soja sans complexe (1/4) : l’Europe potentiellement autonome, selon l’Inrae

Soja sans complexe (2/4) : la ruée vers le Nord

Soja sans complexe (3/4) : 100% soja, 100 % alimentaire, 100% exporté, une « soy touch » à la sauce toulousaine

Soja sans complexe (4/4) : 26 q/ha en sec, en bio et sans binage dans la Meuse