ZNT : qu’en pensent les riverains ?

En matière de Zone de non traitement, on entend souvent la voix des agriculteurs et des associations environnementalistes, confinant au clivage voire à la guerre de tranchées. Et si la modération venait des premiers concernés, à savoir les riverains ? C’est ce que suggèrent trois témoignages captés en bord de champ, au hasard d’un micro-trottoir, ou plus exactement d’un « micro-ZNT ».

Le contexte : une ZNT de 10 mètres implantée en trèfle le long d’un lotissement

A Moncel-sur-Vair (Vosges), Florent Claudon a récupéré depuis deux ans l’exploitation d’une parcelle de 8,40 ha, située en bordure d’un lotissement. Éleveur de vaches laitières au sein du Gaec de Juan, il a fait le choix d’implanter du trèfle, qu’il exploite en fourrage. La ZNT de 0,30 ha offre l’avantage d’être accessible à ces deux extrémités, ce qui facilite grandement son exploitation et donc sa valorisation. Dans une autre parcelle elle aussi concernée par une ZNT mais sans accès direct, l’éleveur a fait le choix la cultiver intégralement, mais en coupant les buses pour respecter la réglementation.

Thierry et Maïté : « On pensait que c’était pour améliorer le rendement »

Âgés d’une quarantaine d’années, Maïté et Thierry ont acheté leur résidence en 2018. Lui travaille sur une base militaire. Elle est intérimaire dans l’industrie. « La bande nous a interpelé, explique Thierry. Je pensais que c’était pour améliorer le rendement et pas pour des questions réglementaires ». Ils ont un regard lucide sur les pesticides. « A force de faire de l’agriculture intensive, on est obligé de venir à ce genre de produit mais on ne sait pas trop quel effet il y a derrière. Et malgré les précautions prises par les agriculteurs, on retrouve toujours des molécules dans les prélèvements réalisés au niveau des sources. J’ai l’impression que l’on voit moins d’hirondelles aussi, peut-être parce qu’il y a moins d’insectes ».

Le couple n’est pas effrayé par la vue du pulvérisateur. « On ne le voit jamais », affirment-ils. A la limite, ils seraient plus incommodés par la poussière de la batteuse ou par l’encombrement routier des engins lors des moissons et ensilages. « Au moment des récoltes, on sait que ça va être la cata sur la route ». Les aliments bio ? « On essaie le plus possible, surtout les fruits et légumes, déclare Maïté. Mais bio ne veut pas dire qualité. Ce n’est pas parce que c’est bio qu’il n’y a pas d’additifs ».

Maïté et Thierry n’ont pas de lien particulier avec le monde agricole. « Habiter en campagne et vivre à côté d’agriculteurs qui font leur boulot, ça ne me pose pas de souci, déclare Thierry. On fait partie des gens qui pensent que l’on a besoin des agriculteurs pour vivre. C’est un métier de base que l’on dénigre de plus en plus, y compris à l’école, comme les métiers manuels en général ».

Mireille et Patrick, qui ont un regard bienveillant sur l’agriculture et les agriculteurs, apprécient la mise en place de la ZNT de 10 mètres en bordure de leur pavillon

Mireille et Patrick : « Lui au moins il respecte, ce n’est pas le cas de tous »

Mireille et Patrick résident depuis plus de 25 ans dans leur pavillon. « J’avais entendu parler du fait que les cultivateurs étaient obligés de laisser une bande non traitée le long des lotissements, déclare Mireille. Mais avant, c’était un autre agriculteur et lui ne respectait pas la bande. C’est d’ailleurs le cas pour d’autres parcelles dans le village. Lui au moins il respecte, ce n’est pas le cas de tous ». Originaires du village, le couple connaît les contraintes et les astreintes des agriculteurs. « Quand vous décidez de vivre à la campagne, il faut accepter qu’un éleveur épande son fumier à neuf heures du soir. Ça sent mauvais, on rouspète toujours un peu bien sûr, mais à la fin, il faut manger ».

Le couple constate avec satisfaction l’évolution des pratiques. « Il y a des changements, c’est positif, la bande de trèfle nous arrange bien », confie Patrick, chauffeur routier. Mireille travaille dans une usine d’ameublement. « Il y a des vapeurs de vernis qui s’échappent dans l’air mais personne n’y prête attention, dit-elle. Et là parce que c’est un agriculteur, il faudrait que l’on soit plus regardant ? ». Accessoirement, la présence de la bande de trèfle va faciliter l’évacuation des thuyas malades et voués à être arrachés, le tout en bonne intelligence avec l’agriculteur. La haie qu’ils formaient et la protection qu’ils apportaient vont disparaître. « Ce n’est pas grave puisqu’il y a la bande de 10 mètres ».

La nature ayant horreur du vide, certains prennent leur aise sur la ZNT...

Thierry : « C’est un progrès mais il ne faut pas que le vent soit défavorable »

Formateur en espaces verts, Pierre est à la retraite depuis peu et réside depuis plus de 25 ans dans la maison en bord de champ. « J’ai bien pensé que c’était obligatoire car il y a nécessairement une perte de rendement, déclare-t-il. J’ai apprécié que ce soit du trèfle et cette année, il me semble qu’il y avait plus d’insectes mais c’est peut-être un effet de l’année, il faudra voir avec le temps. Les pesticides, je pense que l’on en utilise trop, on le voit bien avec la disparition des insectes, des vers de terre, on voit bien que ça meurt donc c’est trop. Pris individuellement, les agriculteurs seraient tous d’accords pour faire une agriculture respectueuse de l’environnement mais c’est peu compatible avec une agriculture intensive. Les bandes non traitées, c’est un progrès mais il ne faut pas que le vent soit défavorable. Une année, on a eu un problème avec le Roundup qui a fait effet jusque dans le jardin. Et si on pouvait être prévenu avant le traitement, ça serait encore mieux ».

Florent Claudon, éleveur : « Personnellement, j’aimerais me passer du pulvérisateur. Mais pour passer au bio, il faut être "meilleur que bon" »

Et que pense l'agriculteur des ZNT ?

« En tant qu’éleveur, et grâce à l’accès direct à la parcelle, j’ai pu réaliser trois coupes de trèfle. Ce n’est pas ce qui va me sauver la mise par rapport à la sécheresse mais c’est un avantage que je n’ai pas dans une autre parcelle concernée par une ZNT, et que je cultive en coupant les buses. Pour moi, au-delà du respect de la loi, c’est important que montrer que les agriculteurs évoluent dans leurs pratiques. Mais j'ai quand même un riverain, retraité, qui ne comprend pas pourquoi j’ai mis en place la ZNT alors qu’il a une balançoire dans son jardin. Mais le respect, ça marche dans les deux sens. Or je constate qu’un riverain commence à déborder sur la ZNT. J’ai du mal avec le discours de certains agriculteurs qui disent qu’eux étaient là avant les riverains. Mais à un moment donné, c’est bien un agriculteur qui a vendu une portion de sa parcelle. En matière de produits phytos ou d’épandage de lisiers en bord de rivière, on est allé loin. On en paie les conséquences aujourd’hui. Mais il faut trouver le juste milieu. Aujourd’hui, face à un cours d’eau bouché et qui déborde, on ne peut plus y toucher. L’information des riverains en amont des traitements, c’est quelque chose de complètement illusoire. Personnellement, j’aimerais me passer du pulvérisateur. Mais pour passer au bio, il faut être « meilleur que bon ». Il y a 25 ans, on prenait les bios pour des fous et on jetait leur lait au caniveau car il n’y avait pas les débouchés. Aujourd’hui, tout le monde veut du lait bio mais il est payé au même prix que le conventionnel, ce n’est pas normal ».