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Jeudi 23/07/2026
Acétamipride : le satisfecit de la filière noisette
La coopérative Unicoque, premier producteur tricolore de noisettes, mise sur l’usage dérogatoire et temporaire de l’insecticide néonicotinoïde pour parachever son programme de recherche d’alternatives, entamé il y a plus de 10 ans.
Deux campagnes de répit : c’est ce que laisse présager pour la filière noisettes l’adoption par le parlement de la loi pour la protection et la souveraineté agricoles, mardi 21 juillet. Le texte ouvre en effet la possibilité, dans les trois ans suivant sa promulgation, la possibilité de réintroduire à titre dérogatoire pour une campagne, renouvelable une fois, l’usage de l’acétamipride, sous l’autorité de l’Anses.
« Invasion biologique »
L’insecticide de la famille des néonicotinoïdes était jusqu’en 2020 la béquille d’une filière en proie à une « invasion biologique » de la punaise diabolique, comme l’a qualifiée l’INRAE dans son rapport intitulé « Alternatives chimiques et non chimiques à l’usage des néonicotinoïdes », publié en octobre dernier, avant l’épuisement des dernières dérogations permises par la loi d’août 2016 pour la reconquête de la biodiversité.
En 2024, la filière a connu des niveaux d’attaques inédits, la punaise trouvant le renfort du balanin. La coopérative Unicoque (Lot-et-Garonne), qui produit 90% des noisettes tricolores (7000 ha, 350 producteurs), a vu sa récolte divisée par deux (soit 6500 tonnes) dont 30% non commercialisables.
Des recherches initiées dès 2015
Si l’Etat est venu au secours des nuciculteurs, avec une aide exceptionnelle de 3 millions d’euros, la filière demeure dans une situation d’impasse phytosanitaire, non démentie par l’INRAE. « La lutte chimique reste pour le moment le seul levier efficace, mais qui repose sur un usage déraisonnable des pyréthrinoïdes. C’est ce qui conduit la filière à demander une dérogation pour l’utilisation de l’acétamipride pendant une période transitoire ».
La filière noisettes ne peut pas faire l’objet d’un procès en attentisme. En effet, dès 2015, l’Association nationale des producteurs de noisettes de France (ANPN), le bras « armé recherche » d’Unicoque, s’est lancée, avec l’appui de l’INRAE, dans la quête d’alternatives avec notamment comme piste prometteuse une technique de lutte biologique reposant sur le recours à des parasitoïdes de la punaise, mais pas encore aboutie.
Sous réserve que l’article relatif à l’acétamipride ne soit pas censuré par le Conseil constitutionnel, comme ce fut le cas en août 2025 avec la proposition de de loi anti-entraves portée par les sénateurs Duplomb et Ménonville, la filière noisettes pourrait bénéficier de deux années supplémentaires pour échafauder des stratégies de lutte alternatives, plus sûrement combinatoires que mono-spécifiques.
Dans un communiqué, l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF) affirme engager « les recours juridiques nécessaires » pour obtenir le retrait des dispositions de la loi relatives aux néonicotinoïdes, revendiquant une victoire passée contre un autre insecticide de cette famille, le sulfoxaflor.
En attendant, Unicoque et l’ANPN savent gré le gouvernement et les parlementaires d’avoir « réaffirmé le respect simple du droit européen », en évitant « de donner de la compétitivité aux importations de noisettes sans garantie de traçabilité, de sécurité et protégées par des produits phytosanitaires interdits sur le territoire français et européen ».