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Lundi 23/02/2026
Au Salon International de l’Agriculture 2026, les Ovinpiades mettent en lumière la “manucure” des brebis
Privée de bovins, l’édition 2026 du Salon de l’Agriculture a mis la filière ovine en première ligne. Sur le Grand Ring, la finale des Ovinpiades a permis au jury d’évaluer la maîtrise de gestes essentiels du métier, parfois peu visibles du grand public, comme le parage : entretenir les sabots pour prévenir les boiteries et assurer la santé du troupeau.
La brebis bascule dans la cage de contention, les sabots tournés vers la lumière crue du Grand Ring. Eloïse Mure‑Ravaud ajuste ses gants, inspire profondément, puis s’attaque à l’épreuve du parage : un pied à observer, un onglon à tailler, un geste à maîtriser. En moins de deux minutes, elle doit prouver qu’elle sait regarder juste, couper net, préserver l’animal et se protéger des coups de sabots imprévisibles.
Originaire de Saint-Romans, en Isère, Eloïse a gagné sa place à Paris lors de la finale territoriale de la Côte‑Saint‑André en décembre. Étudiante en deuxième année de BTS Productions animales au lycée agricole de Cibeins, elle connaît la procédure par cœur. « Je vais devoir parer, donc attraper l’animal, le mettre en contention, l’emmener jusqu’à la caisse de parage et le retourner. Je vais être notée sur tout ça, et bien évidemment sur la coupe des onglons. C’est comme une manucure », explique‑t‑elle avant d’entrer en piste.
Le parage, un geste clé du métier
Une fois la brebis installée, Eloïse enchaîne les gestes avec méthode. Elle observe le pied, évalue l’onglon, choisit son angle. « Il faut savoir où couper et faire des coupes franches. (…) C’est un peu une part de chance cette épreuve, parce que ça dépend du pied de la brebis. » Certaines présentent des onglons irréguliers, d’autres des débuts de lésions. Toutes ces étapes comptent dans la note finale. Le jury scrute sa précision, sa prise de décision, l’ordre dans lequel elle aborde les pattes. Dans sa main, le coupe‑onglons s’affaire. Lame vers le sol, gestes courts, précis, sur les bords du sabot, dessous et dans la fente. Cette étape est essentielle pour le bien‑être de la brebis : le parage prévient les boiteries, assure de bons aplombs et évite les blessures.
« C’est un concours, mais qui reste dans la pédagogie »
À quelques mètres de là, Claude Font suit l’épreuve avec attention. Éleveur en Haute‑Loire et habitué des Ovinpiades, il fait partie du jury national. « Chaque année, je ne loupe pas ! Je participe aussi au niveau de mon département et de la région », explique‑t‑il. Pour lui, l’enjeu dépasse largement le classement du jour : « Ce concours permet de mettre en avant notre production ovine. On a besoin de renouveler les éleveurs. Les Ovinpiades sont un excellent tremplin pour les jeunes. »
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Éloïse retourne la brebis, qui se met à bêler. La porte métallique s’ouvre et l’animal retrouve les siens en sautillant. Pendant cette courte accalmie, Claude Font insiste sur la dimension formatrice du concours : « On prend la peine d’expliquer aux jeunes les gestes d’éleveur, ce qu’il faut privilégier et ce qu’il vaut mieux éviter. C’est indispensable pour le bien‑être de la brebis, le bien‑être de la production et le bien‑être de l’éleveur. » Il désigne les quelques brebis qui attendent leur tour : « Là, ils n’en ont qu’une à tailler, mais quand on a un troupeau entier, il faut aller vite, être précis, se ménager le dos, tailler en sécurité par rapport aux coupures ou aux coups de pied, et surtout ne pas faire saigner, ne pas blesser la brebis. »
Deux minutes sous tension
À la sortie de l’épreuve, Eloïse laisse retomber la pression. « Ça s’est bien passé. J’ai fait moins de deux minutes. J’espérais faire moins d’une minute trente, mais bon, c’est pas grave. » Autour d’elle, les autres finalistes enchaînent les ateliers : tri électronique, état corporel, choix d’un bélier qualifié, reconnaissance des races… Autant de gestes qui composent le quotidien d’un éleveur de brebis, et que les Ovinpiades rassemblent depuis 2005 pour révéler une nouvelle génération. Cette année, c’est Romain Rogemont, 21 ans, qui a été sacré Meilleur Jeune Berger de France 2026 et Meilleur Jeune Berger d’Europe 2026. Manon Devez remporte le titre de Meilleure Jeune Bergère de France 2026. Si Eloïse Mure‑Ravaud n’a pas fini première, elle a déjà des gestes assurés, ceux d’une éleveuse expérimentée. Lundi, c’est la rentrée. Elle doit maintenant se préparer à son prochain examen : vétérinaire.


