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Jeudi 11/06/2026

Avec 33 Mt de blé, la France retrouve des couleurs, mais les débouchés inquiètent pour la prochaine campagne

Publié par Pleinchamp

La récolte française de blé retrouve des couleurs avec 33 millions de tonnes attendues. Reste à savoir si les exportateurs parviendront à tirer leur épingle du jeu face à la Russie et au recul attendu de la demande marocaine. Entretien avec Xavier Cassedanne, expert Filière grandes cultures, nutrition animale Crédit Agricole S.A et Édouard Lasserre, Head of Unit, institutional Sales - Commodities Deritatives, CACEIS.

La campagne de blé française touche à sa fin sur une note globalement positive. Avec une production estimée à 33 millions de tonnes et une qualité jugée satisfaisante, la France a retrouvé sa place de premier exportateur européen de blé. Depuis la fin février, le conflit entre Israël et l'Iran a toutefois rebattu les cartes sur les marchés. La hausse des prix de l'énergie a entraîné celle des engrais et du GNR, renchérissant les coûts de production pour les agriculteurs. Pour autant, l'impact sur la récolte 2026 devrait rester limité. Les céréales d'hiver ont été semées à l'automne 2025 dans de bonnes conditions et de nombreux producteurs avaient déjà sécurisé leurs achats d'engrais avant la flambée des prix. « Sur les céréales d'hiver, très honnêtement, en termes de volume, le conflit n'aura a priori pas d'impact sur le niveau de production », souligne Xavier Cassedanne. Quelques interrogations subsistent néanmoins sur la qualité finale, notamment sur les teneurs en protéines. Certains agriculteurs pourraient être tentés de limiter les derniers apports d'azote afin de contenir leurs charges. « Sur les qualités, peut-être un petit bémol, mais encore une fois, globalement, pas d'inquiétude sur les céréales d'hiver », tempère-t-il.

Le maïs davantage exposé

La situation apparaît plus délicate pour les cultures d'été, en particulier le maïs. Les surfaces emblavées seraient en recul d'environ 15 % par rapport à 2025. Un choix qui reflète directement les inquiétudes des producteurs face à la hausse du coût des intrants, notamment pour ceux qui n'étaient pas couverts sur leurs achats d'engrais. Cette baisse des surfaces pourrait peser davantage sur les disponibilités futures que sur le blé d'hiver, dont le potentiel reste globalement préservé.

Maroc : un client majeur qui risque de moins importer

Sur le front des exportations, les perspectives sont plus contrastées. Comme le soulignait Édouard Lasserre lors de cet entretien, le Maroc, premier débouché du blé tendre français vers les pays tiers lors de la dernière campagne, s'oriente vers une récolte nettement meilleure après plusieurs années de sécheresse. La production marocaine de blé tendre pourrait atteindre entre 4 et 5 millions de tonnes. Dans le même temps, Rabat a instauré des droits de douane entre le 1er juin et le 1er août, un élément supplémentaire qui pourrait freiner les achats. Or, ces dernières années, le Maroc représentait près de 50 % des exportations françaises de blé tendre vers les pays tiers. « Ces derniers temps, les exportations de blé tendre français vers le Maroc, c'était quand même pratiquement 50 % des exportations destinées aux pays tiers », rappelle Xavier Cassedanne. Les analystes anticipent désormais une baisse d'environ 40 % des volumes importés. Pour les exportateurs français, la situation est d'autant plus délicate que l'Algérie, autre client historique, reste absente. Malgré l'amélioration des relations diplomatiques, les exportations françaises vers ce marché demeurent nulles depuis deux campagnes.

La Russie conserve une longueur d'avance

Autre défi majeur : la concurrence russe. Le cabinet Sovecon a récemment relevé son estimation de récolte à 91,5 millions de tonnes de blé. Si ce chiffre se confirme, la Russie disposerait d'un potentiel exportable compris entre 45 et 50 millions de tonnes. « Ils disposeront, si les 91 millions de tonnes étaient confirmés, d'un disponible exportable particulièrement important, entre 45 et 50 millions de tonnes ». À titre de comparaison, une récolte française de 33 millions de tonnes dégagerait environ 15 millions de tonnes disponibles à l'export. Au-delà des volumes, la Russie conserve également un avantage qualitatif sur certains marchés grâce à des teneurs en protéines souvent proches de 12 %, quand le blé français peine régulièrement à dépasser 11,5 %.

L'Australie et l'Argentine pourraient rebattre les cartes

Tout n'est cependant pas défavorable pour l'origine française. Les marchés surveillent de près les perspectives de production dans l'hémisphère sud. En Amérique du Sud, la hausse du coût des engrais pourrait conduire à de nouvelles réductions de surfaces de blé. L'Australie fait face à un autre risque : le retour d'un phénomène climatique susceptible de favoriser des épisodes de sécheresse. L'organisme australien ABARES (Australian Bureau of Agricultural and Resource Economics and Sciences) anticipe déjà une baisse de production de l'ordre de 26 % par rapport à l'excellente récolte de 2025. Si l'Argentine et l'Australie, deux acteurs majeurs du commerce mondial, devaient réduire leur présence sur les marchés internationaux, cela pourrait ouvrir des opportunités supplémentaires pour les exportateurs français. « Si ces deux pays que sont l'Argentine et l'Australie sont potentiellement un peu moins présents, ce serait plutôt une bonne nouvelle pour le blé français », estime Xavier Cassedanne.

Une campagne sous surveillance

La récolte française 2026 semble aujourd'hui sécurisée sur le plan des volumes. Mais la campagne commerciale 2026-2027 s'annonce plus complexe. Entre la hausse durable du coût des intrants, le recul probable de la demande marocaine et la pression persistante du blé russe, les opérateurs devront composer avec un environnement concurrentiel exigeant. Dans ce contexte, les évolutions climatiques et économiques dans l'hémisphère sud pourraient bien devenir l'un des principaux facteurs de soutien du marché dans les prochains mois.