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Mercredi 27/05/2026
Le retour d'El Niño fait craindre une crise alimentaire mondiale
Pendant plusieurs semaines, les tensions autour de l’Iran ont surtout été analysées sous l’angle militaire et énergétique. Mais pour les marchés agricoles, un autre scénario inquiète désormais : celui d’une crise alimentaire qui serait provoquée par l’accumulation simultanée de chocs géopolitiques, climatiques et logistiques.
C'est peut-être passé plus inaperçu dans l'actualité, mais la FAO multiplie les alertes : si la fermeture du détroit d'Ormuz se prolonge, elle pourrait causer un « choc agroalimentaire systémique » dans les prochains mois. À cela, le Programme alimentaire mondial (PAM) redoute qu’une aggravation simultanée des tensions énergétiques et agricoles fasse basculer 45 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire aiguë, qui s’ajoutent aux 318 millions déjà concernées dans le monde. Cette hypothèse intervient au moment où les climatologues anticipent le retour progressif d’El Niño à partir du second semestre 2026. Ce phénomène climatique naturel, lié à un réchauffement anormal des eaux du Pacifique équatorial, modifie les régimes météorologiques mondiaux et entraîne sécheresses, inondations ou vagues de chaleur dans de multiples grandes régions agricoles de la planète. Dans sa note de conjoncture de mai 2026 intitulée El Niño amplifiera considérablement les chocs tels que celui de la guerre en Iran, l’Institut Iris estime que ce phénomène pourrait agir comme un facteur aggravant des pressions déjà observées sur les marchés énergétiques et alimentaires.
El Niño menace les grandes régions agricoles
Le retour d’El Niño vient compliquer la situation. Historiquement, ce phénomène climatique perturbe régulièrement de grandes zones de production agricole mondiale. Les précédents épisodes d'El Niño ont provoqué des sécheresses dans certaines régions productrices de maïs, des difficultés pour le blé dans quelques zones méditerranéennes ou australiennes et des déséquilibres sur la production rizicole asiatique. Cette fois-ci, les marchés redoutent surtout une simultanéité des perturbations. En Amérique centrale, les cultures de maïs figurent parmi les plus exposées aux périodes de sécheresse. Or, ces régions occupent une place stratégique dans les équilibres agricoles internationaux. L’Asie concentre l’essentiel de la production mondiale de riz, tandis que certaines régions d’Amérique centrale, d’Afrique australe ou d’Amérique du Sud jouent un rôle majeur sur le maïs. Une baisse concomitante des rendements dans plusieurs zones exportatrices pourrait rapidement entraîner une nouvelle flambée des prix alimentaires internationaux.
La France touchée indirectement mais durablement
La France ne figure pas parmi les régions les plus directement exposées aux effets climatiques d’El Niño. Néanmoins, elle pourrait en subir les conséquences économiques. Le maïs apparaît particulièrement sensible à ce scénario. Une baisse des récoltes dans les principaux pays producteurs pourrait engendrer une hausse des prix des matières premières agricoles et donc augmenter le coût de l’alimentation animale. Les marchés commencent d’ailleurs à intégrer ce risque. Selon Argus Media, le maïs Euronext échéance août 2026 a gagné plus de 8 €/t depuis la mi-mai et affiche désormais une prime proche de 10 €/t par rapport au blé échéance septembre. Ce niveau traduit une tension croissante sur les disponibilités avant l’arrivée de la prochaine récolte. Au Brésil, la récolte de maïs Safrinha sera déterminante pour l’équilibre mondial du marché. À ces déséquilibres sur les marchés des grains s’ajoute une autre inquiétude : celle des coûts de production.
Les engrais redeviennent un sujet explosif
Dans les exploitations agricoles, les premières conséquences du conflit en Iran sont déjà visibles : les tensions énergétiques ont immédiatement engendré une remontée des prix des fertilisants. Selon les projections présentées par le chef économiste de la FAO, Máximo Torero, les prix mondiaux des engrais pourraient rester en moyenne de 15 à 20 % supérieurs au premier semestre 2026 si les perturbations liées au conflit au Moyen-Orient persistent. Ces hausses de prix se traduisent déjà sur les marchés : l’urée granulée du Moyen-Orient a progressé d’environ 19 % depuis le début de la crise, tandis que certaines références égyptiennes ont gagné près de 28 %. Dans ce contexte, certains céréaliers européens commencent à revoir leurs assolements. Le maïs, culture particulièrement dépendante des engrais azotés et de l’irrigation, apparaît de plus en plus risqué économiquement. D'après les estimations de l’AGPM, les surfaces françaises pourraient reculer de 10 à 15 % en 2026. À l’inverse, le colza ou le tournesol attirent davantage d’agriculteurs, moins gourmands en engrais. Le ministère de l’Agriculture estime déjà les surfaces de colza à 1,38 million d’hectares, en hausse de 9 % sur un an. Pour la FAO, une baisse d’utilisation des engrais pourrait provoquer des reculs de rendement sur des cultures stratégiques comme le riz, le blé ou le maïs et accroitre les risques de pénurie alimentaire dans certaines régions du monde.