Charges de mécanisation (1/5) : la banque, l’État, le conseil, le concessionnaire et moi

Une étude commanditée par le ministère de l’Agriculture décrypte la logique d’investissement dans les agroéquipements. Elle formule plusieurs recommandations parmi lesquelles l’élaboration d’un conseil global et stratégique.

« Le poids des charges de mécanisation et la faiblesse des revenus moyens en agriculture posent nécessairement la question des économies possibles à faire en matière d’investissement et ce d’autant plus que l’agriculture française est souvent présentée comme très bien équipée ». Tel est le préambule de l’étude conduite par le Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux (CGAAER) sur les charges de mécanisation. Elle était commanditée, en juin 2020, par le ministère de l’Agriculture, au motif que « plusieurs travaux récents ont montré que la compétitivité des exploitations françaises était handicapée par un suréquipement conduisant à des charges de mécanisation excessives ».

Atouts, faiblesses, opportunités et menaces en matière de pilotage des charges de mécanisation (Source : CGAAER)
Atouts, faiblesses, opportunités et menaces en matière de pilotage des charges de mécanisation (Source : CGAAER)

Les trois déterminants motivant l’investissement

L’étude pointe trois éléments incitant à l’achat de matériel, à commencer par les offres de financement. « Globalement le financement de l’agroéquipement est assez simple et facile, il y a toujours une solution pour pouvoir financer l’acquisition d’un matériel quand l’agriculteur a décidé de s’équiper. Mais il ne s’agit pas toujours d’une décision d’achat qui repose sur une stratégie précise et ordonnée », relève l’étude.

Le deuxième déterminant à l’investissement réside dans la quête de minoration des prélèvements fiscaux et sociaux. D’agissant de la fiscalité, sont pointés du doigt les mécanismes de suramortissement et de surloyer, « qui ont pour objet d’encourager l’investissement (...) avec l’idée de bénéficier d’une plus grosse exonération de la plus-value lors de la cession du matériel (...). L’exonération de la plus-value joue un effet amplificateur et explique que dans de nombreux cas, la discussion porte plus sur la valeur de reprise du matériel d’occasion que sur le prix du neuf ». Le CGAAER cite également d’autres politiques publiques incitatives telles que le Plan de relance et les Plans de compétitivité et d’adaptation des entreprises (PCAE) des Régions.

"Le développement agricole s’est dessaisi du conseil en agroéquipement, à l’exception des Cuma"

Le troisième déterminant est bien évidemment lié au besoin de l’exploitation, aux multiples ressorts tels que la quête de productivité et de performance, la transition agroécologique, l’amélioration du confort et de la sécurité des opérateurs, avec en ligne de mire le renforcement de l’attractivité du métier vis-à-vis des salariés.

Ce dernier point, à savoir les bases du raisonnement des investissements, n’a pas manqué d’interroger les auteurs de l’étude. « Les échanges ont révélé une quasi-absence d’outils d’aide à la décision mis à disposition des agriculteurs, écrivent-ils. L’investissement fait le plus souvent l’objet d’une étude financière en réponse à une demande de la banque, mais il est rarement construit autour d’une méthode de projet au sens d’une étude d'opportunité ».

"Les centres de gestion enregistrent peu de demande d’études poussées en matière de stratégie d’investissement"

La mission note que le développement agricole s’est dessaisi du conseil en agroéquipement, à l’exception des Cuma. Ce qui ne semble pas chagriner les agriculteurs : « absence de demande », tranche le CGAAER qui constate que les centres de gestion « enregistrent peu de demande d’études poussées en la matière ».

La mission s’est penchée sur l’organisation du marché et sur la relation particulière liant les grands constructeurs aux concessionnaires, non sans un regard critique. « Les contrats d’exclusivité passés entre les constructeurs et les distributeurs réduisent fortement les marges de manœuvre des concessionnaires et orientent leur politique commerciale. Face à cela, les agriculteurs apparaissent souvent en position difficile pour mener leurs négociations commerciales », est-il écrit dans le rapport. Celui-ci évoque certes les initiatives de la FNEDT et de la FNCUMA pour opérer des achats groupés par appels d’offre mais « ces actions restent trop marginales et créent de surcroît des tensions dans la filière ».

« Cette structuration pyramidale descendante de l’organisation du marché réduit les opportunités de mise en concurrence et interroge au regard du tissu industriel composé aussi de PME et de PMI qui doivent aussi accéder à ces réseaux de distribution pour commercialiser leurs produits ».

Faisant le constat de l’absence de lieu d’échanges regroupant l’ensemble des acteurs de la filière, la mission la mission recommande de créer un Comité de filière où l’on pourrait discuter, entre autres choses, de « la question des prix des matériels en augmentation régulière mais peu abordée ».

Vers une stratégie nationale

Outre les acteurs économiques et les organisations en charge du développement, la mission interpelle la puissance publique au sujet d’un secteur aussi déterminant pour les exploitations et pour leur adaptation aux transitions climatique et environnementale. Rassembler les forces de l’État dans une stratégie interministérielle (économie, numérique, éducation, développement durable, agriculture, travail) de l’agroéquipement serait une première étape, avec un chef de file clairement identifié. La deuxième étape pourrait dessiner l’architecture de la stratégie nationale de l’agroéquipement avec l’apport des Régions et en proximité du Comité de filière, conclut l’étude. Y seraient abordés la réglementation, la promotion de l’emploi et de la formation aux métiers de l’agroéquipement, la recherche et l’innovation, le numérique, les plans de soutien et la bonne articulation entre État et Régions.